Synopsis : Si tu découvrais que nous ne sommes pas seuls ? Si on te le montrait, te le prouvait, ça te ferait peur ? Les gens ont droit à la vérité. Elle appartient à sept milliards de personnes. Chaque seconde nous rapproche de l’inévitable… Disclosure Day.
♥♥♥♥♥
Nous avions quitté Steven Spielberg il y a quatre ans sur la dithyrambe critique et l’échec commercial de The Fabelmans, œuvre autobiographique magistrale qualifiée prématurément de film-testament. Car plus de vingt ans après La Guerre des mondes, le prodige renoue avec ses obsessions pour les mystères insondables de l’univers. À la veille de ses quatre-vingts printemps, il conçoit son trente-septième long-métrage comme la clôture d’une trilogie inaugurée il y a un demi-siècle par Rencontres du troisième type, et prolongée dans E.T., l’extra-terrestre. Tandis que l’humanité est au bord d’une Troisième guerre mondiale, un expert en cybersécurité se mue en lanceur d’alerte à la découverte d’archives classifiées apportant la preuve irréfutable de l’existence d’autres formes de vies dans l’univers. En cavale, il se donne pour mission de combattre l’obscurantisme en divulguant à l’humanité une vérité inconcevable, susceptible de redéfinir sa place même dans le cosmos. En parallèle, la miss météo d’une antenne de télévision locale développe en plein direct des capacités paranormales stupéfiantes (télépathie, polyglottisme)… À la façon d’un thriller conspirationniste des seventies, Disclosure Day ouvre son récit in media res sur son héros procédant à une mystérieuse transaction. Le caractère surnaturel de l’opération est souligné par les lens flares signatures de Janusz Kaminski, chef opérateur fétiche de Spielberg depuis La Liste de Schindler. D’emblée, il apparaît que le scénario de David Koepp prend pour acquis l’existence et le pacifisme des petits hommes verts tels qu’imaginés dans une mythologie spielbergienne empreinte de candeur. Ce postulat établi, la question soulevée par le film se déplace davantage sur le terrain de la disposition ou non de l’humanité à accueillir une altérité qui bouleverserait l’ensemble de ses préconceptions.
Pour ce faire, chacun des protagonistes se voit confier une fonction bien précise, au risque d’épaissir quelque peu les coutures scénaristiques… À Emily Blunt revient le statut de prophétesse messianique, véritable incarnation de l’empathie, qui constitue le cœur battant du récit. Littéralement habitée, elle transcende son matériau et livre une partition instantanément récompensable tant elle couvre une très large palette d’émotions. La trajectoire de son personnage converge avec celui de Josh O’Connor, qui aborde son rôle d’adjuvant quasi-apostolique avec une sincérité des plus désarmante.
Leur réunion est le fait du leader des dissidents (Colman Domingo), conçu comme un alter égo du metteur en scène-maïeuticien, qui orchestre la divulgation jusqu’à superviser la conception en studio d’un de ces décors de maison pavillonnaire matricielle dont Spielberg a le secret. Il oppose une éthique humaniste dépourvue de cynisme aux intérêts privés plus caricaturaux de son antagoniste, incarné par un Colin Firth moins convaincant que ses partenaires de jeu. À l’exception notable d’une séance de télépathie partagée avec Eve Hewson, qui lui vole toutefois la vedette sous les traits d’une ancienne novice animée par une foi religieuse qu’elle perçoit comme indispensable à une humanité en proie aux affres de l’existence.
Cette scène, comme celle très ingénieuse où les lanceurs d’alerte se dissimulent aux yeux de leurs poursuivants à l’aide d’un McGuffin, doit énormément à la science minutieuse du découpage de Michael Kahn. Pourtant, le monteur attitré de Spielberg depuis Rencontres du troisième type ne parvient pas à lutter contre l’arythmie quelque peu déroutante qui affecte le récit dans sa seconde partie.
Il faut dire qu’hormis une cascade parfaitement tendue voyant une berline entrer en collision à un passage à niveau avec un train de marchandise propulsé à pleine vitesse, Disclosure Day revendique un parti pris relativement anti-spectaculaire, davantage préoccupé par le bouleversement planétaire autant que par l’introspection intime causés par sa révélation. Au vu de certains effets numériques curieusement discutables, qui entament notamment la féérie d’une séquence de conte à laquelle on aurait voulu croire davantage, peut-être cette économie d’action s’avère-t-elle être un mal pour un bien…
Bien qu’on ne boude jamais son plaisir devant un Spielberg, l’attente était sans doute démesurée et la promotion de Disclosure Day en révélait peut-être trop (c’est le comble !) pour que l’expérience de cinéma soit tout à fait satisfaisante.
Justine Autissier
- DISCLOSURE DAY
- Sortie salle : 10 juin 2026
- Réalisation : Steven Spielberg
- Avec : Emily Blunt, Josh O’Connor, Colin Firth, Eve Hawson, Colman Domingo, Wyatt Russell, Henry Lloyd-Hughes, Elizabeth Marvel, Hettienne Park, Tommy Martinez…
- Scénario : David Koepp
- Production : Kristie Macosko Krieger et Steven Spielberg
- Photographie : Patrick Capone et Janusz Kaminski
- Montage : Sarah Broshar et Michael Kahn
- Décors : Adam Stockhausen
- Costumes : Paul Tazewell
- Musique : John Williams
- Distribution : Universal
- Durée : 2 h 25


