Coffret / Douglas Fairbanks. Le roi d’Hollywood : critique

Publié par Jacques Demange le 15 janvier 2021

Résumé : Ce coffret rassemble les plus grands chefs-d’œuvre de Douglas Fairbanks ainsi qu’un documentaire sur la vie de cet acteur devenu légende, narré par Laurent Lafitte de la Comédie-Française. Surnommé « le Roi d’Hollywood », Fairbanks est devenu une légende notamment grâce à ses cascades qui lui ont permis d’incarner les premières versions de héros aujourd’hui intemporels, tels que Robin des Bois ou D’Artagnan. Fondateur du star-system hollywoodien et cofondateur du studio United Artists, on lui doit de nombreuses comédies à l’esprit déjanté dont il incarne le personnage principal. La trace de son passage dans le monde du cinéma est encore très visible aujourd’hui, plus de 80 ans après sa mort. Ce n’est pas pour rien que Douglas Fairbanks a été le premier à déposer ses empreintes sur Hollywood Boulevard ! 

♥♥♥♥♥

 

Coffret Douglas Fairbanks - Le roi dHollywood

Coffret Douglas Faibranks – Le roi dHollywood

Ce coffret consacré à Douglas Fairbanks a le mérite de synthétiser les différentes facettes de l’acteur et de la star hollywoodienne. Il y a d’abord l’image du Fairbanks qui reste à la mémoire du cinéphile : le Robin des bois (1922) d’Allan Dwan et le D’Artagnan des Trois Mousquetaires réalisé par Fred Niblo en 1921. Deux productions dont le caractère grandiose, propre au genre du film à costumes, accède au romanesque à la grâce de l’irrésistible sourire triomphant et de la maîtrise physique de leur interprète principal. Joyaux de la filmographie de Fairbanks, au même titre que Le Voleur de Bagdad (1924) et le Pirate noir (1926) d’Albert Parker, ces deux films attestent de la puissance d’imaginaire véhiculée par le cinéma hollywoodien muet. Faste des décors, organisation précise de l’espace, rythme soutenu du montage, accompagnent les compositions de Fairbanks pour assurer la valeur spectaculaire de la mise en scène. Moins connus, Le Mystère du poisson volant (Christy Cabanne et John Emerson, 1916), Cauchemars et superstitions (Victor Fleming, 1919), L’Excentrique (Theodore Reed, 1921) révèlent un pan inédit, quoique toujours souterrainement présent, du style de l’acteur. C’est en effet l’humour qui domine ces trois productions, les apparitions de Fairbanks convoquant l’énergie burlesque d’un corps tour à tour soumis aux éléments de son quotidien et révolté contre les lois de la pesanteur.

 

Douglas Fairbanks - Robin des Bois

Douglas Fairbanks – Robin des Bois

 

Le premier de ces trois films en particulier force la curiosité du spectateur. En détective carburant à la cocaïne, Fairbanks opte pour le costume mal taillé et le postiche ridiculement assumé. C’est d’ailleurs cette valeur d’exposition qui prime dans chacune de ces productions. Les surimpressions et effets spéciaux marquent par leur qualité et secondent parfaitement le caractère comique de l’argument. Fairbanks s’épanouit dans ce registre de la monstration. La sur-expressivité atteint le visage, les gestes et les postures du corps pour habiter les plans d’un esprit tirant ostensiblement vers le grotesque.

 

Si l’Histoire s’empressera de lui trouver des héritiers, que ceux-ci soient naturels (Douglas Fairbanks Jr.) ou plus symboliques (Errol Flynn), la vision de ces films suppose une reconsidération de la persona de l’acteur. Plus que l’élégance et le charme physique, c’est l’insolence et le décalage qui caractérisent ses représentations à l’écran. Entre la finesse naturelle de Max Linder et l’anarchie gargantuesque de Fatty Arbuckle, Fairbanks souligne en toute conscience (car à l’origine de la production mais aussi du scénario de ces films) toute la complexité de son identité artistique.

 

Au-delà de la seule personnalité de la star, cette édition assure le plaisir d’une redécouverte plus contextuelle. D’abord par les films eux-mêmes qui soulignent à la fois les possibilités scénaristiques offertes par l’industrie hollywoodienne de la fin des années 1910 et l’indéniable maîtrise de certains réalisateurs dont le talent ne sera que partiellement reconnu au moment de leur passage vers le parlant (Victor Fleming en tête) ; ensuite, par les deux suppléments qui clôturent cette édition.

 

Douglas Fairbanks, sur Robin des Bois - Credit Julia et Clara Kuperberg

Douglas Fairbanks, sur Robin des Bois / Credit Julia et Clara Kuperberg

 

Le documentaire réalisé par Clara et Julia Kuperberg s’inscrit dans la lignée de leurs précédents portraits de vedettes. Aux procédés traditionnels du format (narration en voix off, structure chronologique) s’ajoute la présence de nombreux et précieux documents d’archive (films, photographies) qui permettent d’offrir un panorama très complet et particulièrement instructif des débuts de l’industrialisation hollywoodienne.

 

Enfin, la maison Montparnasse a eu la bonne idée de proposer le court métrage Fenêtre sur Courts, Chloé Van Herzeele (2019) d’Anne-Sophie Girault et Clémence Bouchereau. Ce film fait de sa technique, l’animation de sable, un moyen de réfléchir son propos sur la valeur mémorielle des films. Les grains s’éparpillant et se réassemblant pour former des images renvoient à la problématique de la conservation d’un patrimoine collectif et individuel qui fait justement l’intérêt de cet excellent coffret.

 

 

 

  • DOUGLAS FAIRBANKS. LE ROI D’HOLLYWOOD
  • Format / Produit : Coffret 3 DVD
  • Date de sortie : 4 novembre 2020
  • Réalisation : Allan Dwan, Victor Fleming, Theodore Reed, Christy Carbanne, John Emerson, Fred Niblo, Clara et Julia Kuperberg, Anne-Sophie Girault, Clémence Bouchereau
  • Avec : Douglas Fairbanks, Alan Hale, Enid Bennett, Wallace Beery, Nigel de Brulier, Léon Bary, Barbara La Marr, George Siegmann, Marguerite De La Motte, William Lowery, Kathleen Clifford
  • Scénario : Douglas Fairbanks, Thomas J. Geraghty, Kenneth Davenport, Lotta Woods, Edward Knoblock, Tod Browning, Anita Loos
  • Producteur : Douglas Fairbanks, Harry E. Aitken
  • Photographie : Arthur Ederson, Charles Richardson, William C. McGann, Harris Thorpe, Charles Warrington, Arthur Edeson, John W. Leezer
  • Montage : Nellie Mason, William Nolan
  • Édition : Montparnasse
  • Durée : 11h17
  • Tarif : 35 €

 

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