Christopher Plummer ou l’art de l’éloquence

Publié par Jacques Demange le 6 février 2021
Christopher Plummer - Beginners

Christopher Plummer dans Beginners (2010)

Décédé ce 5 février 2021 à l’âge de 91 ans, l’acteur canadien Christopher Plummer laisse derrière lui une filmographie impressionnante et une carrière théâtrale prolifique.

 

 

 

Du séduisant Capitaine Georg von Trapp de La Mélodie du bonheur (Robert Wise, 1965) à l’inquiétant millionnaire de Tout l’argent du monde (Ridley Scott, 2017) et l’écrivain célèbre assassiné dans À couteaux tirés (Rian Johnson, 2019), Christopher Plummer a incarné à l’écran la figure d’une inébranlable autorité.

 

Cette assurance, l’acteur l’a patiemment rodée sur les planches de théâtre. Il débute sa carrière à Broadway en 1954 dans The Starcross Story de Diana Morgan mise en scène par John C. Wilson. Ce coup d’essai ne fut pas un coup de maître (la pièce ne connut qu’une seule représentation) mais n’éreinta pourtant pas l’ambition du jeune Plummer. En 1955, il interprète le rôle du Comte Peter Zichy dans la pièce de Christopher Fry, The Dark Is Light Enough, mise en scène par Guthrie McClintinc. Ce rôle aristocratique s’accordait avec ses attributs de jeu : un maintien marqué et un visage aux traits autoritaires qui imprègnent ses représentations d’une certaine dignité austère.

 

Cette éloquence théâtrale pouvait néanmoins s’accorder avec un registre plus naturaliste. Il collabore ainsi avec Elia Kazan pour la pièce J.B. de Archibald MacLeish qui connaîtra un immense succès (pas moins de 364 représentations entre décembre 1958 et octobre 1959). Au cinéma, ses débuts sont pareillement placés sous l’autorité d’un réalisateur acquis à la cause du style Actors Studio : Sidney Lumet, pour Les Feux du théâtre (1958).

 

Si le personnage de Commode dans La Chute de l’Empire romain (Anthony Mann, 1964) lui va comme un gant, il impressionne tout autant en producteur machiavélique dans Daisy Clover (Robert Mulligan, 1965). Dès lors, ses apparitions au cinéma se placeront sous le double signe de l’ambiguïté et de la contenance, faisant le prix de ses personnages de militaires (du Maréchal Rommel de La Nuit des généraux d’Anatole Litvak au Capitaine Sinclair du Tigre du ciel de Jack Gold en passant par le Major Alastair Wimbourne de Coupable sans visage de Michael Anderson et le Capitaine Christopher Newport du Nouveau Monde de Terrence Malick) ou de nobles (l’Empereur Atahualpa dans The Royal Hunt of the Sun d’Irving Lerner, le Duc de Wellington dans Waterloo de Serge Bondartchouk, ou l’Archiduc François-Ferdinand dans Assassinat à Sarajevo de Veljko Bulajic).

 

Chargé de nuances, son jeu lui permet d’incarner la nature de personnages aussi troublants que convaincants. On songe ainsi à l’espion de La Fantastique Histoire d’Eddie Chapman (Terence Young, 1966) ou à sa géniale interprétation d’un Sherlock Holmes lancé sur la piste de Jack l’Éventreur dans Meurtre par décret (Bob Clark, 1979).

 

Conscient des potentialités comiques de son registre théâtral, Plummer n’hésita pas à se frotter au registre de l’humour. Il apparaît ainsi dans Le Retour de la Panthère rose (1975) de Blake Edwards et s’épanouit dans l’excentricité auprès de John Boorman dans Tout pour réussir (1990). Même dans des seconds rôles, sa prestance naturelle lui permettait de s’imposer sans problème à l’écran. Empreintes de fébrilité, ses interprétations du romancier Rudyard Kipling dans L’Homme qui voulut être roi (John Huston, 1975) et du Docteur Leland Goines dans L’Armée des douze singes (Terry Gilliam, 1995) marquent ainsi durablement les esprit.

 

Éclectique, Plummer s’était parfois compromis dans des films franchement oubliables (que l’on songe seulement à ses incursions dans le genre de la science-fiction avec Starcrash : Le Choc des étoiles de Luigi Cozzi ou Star Trek 6 : Terre inconnue de Nicholas Meyer). Qu’importe, l’acteur conservera jusqu’à ses derniers films cette verve shakespearienne (rappelons qu’il interpréta à trois reprises les pièces du célèbre dramaturge à Broadway, incarnant tour à tour Iago, Macbeth et le Roi Lear) qui assura la pérennité de sa superbe.

 

Marque de cette réussite au long cours : l’obtention à l’âge de 82 ans de l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation dans Beginners (Mike Mills, 2011). Une récompense que l’on peut considérer comme un hommage à sa carrière toute entière.

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