Synopsis : Rome, 1973. Des hommes masqués kidnappent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un magnat du pétrole connu pour son avarice, mais aussi l’homme le plus riche du monde.  Pour le milliardaire, l’enlèvement de son petit-fils préféré n’est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune. Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils. Elle s’allie à Fletcher Chace, le mystérieux chef de la sécurité du milliardaire et tous deux se lancent dans une course contre la montre face à des ravisseurs déterminés, instables et brutaux.

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Tout largent du monde - affiche

Tout l’argent du monde – affiche

« Être un Getty est une chose extraordinaire (…) On vous ressemble. Mais on n’est pas comme vous. ». Ces paroles prononcées par John Paul Getty III, incarné par un délicat Charlie Plummer dont le nom n’a aucun lien de parenté avec Christopher Plummer, résume le film de Ridley Scott. Un homonyme qui fait par ailleurs subtilement écho au paradoxe familial de la dynastie Getty. Avec Tout l’argent du Monde (All money in the World), le cinéaste de 80 ans prend l’affiche pour la seconde fois cette année, après Alien Covenant, prouvant qu’il aime toujours autant alterner entre le genre fantastique/SF et un cinéma plus réaliste. Il retrace ici le fait divers qui a fait la Une des tabloïds américains dans les années 70 : le kidnapping du petit-fils du nabab du pétrole J. Paul Getty, enlevé à Rome le 10 juillet 1973 et détenu pendant plus de cinq mois dans les montagnes calabraises. Le récit, écrit par David Scarpa (Le Dernier Château), s’inspire librement du livre de John Pearson, paru en 1995, Painfully Rich : The Outrageous Fortunes and Misfortunes of the Heirs of J. Paul Getty. Tout l’argent du Monde a connu ses propres tourments, avec notamment les allégations sexuelles contre Kevin Spacey, prévu dans le rôle du magnat, qui ont poussé Ridley Scott à l’effacer du film déjà tourné et à le remplacer par Christopher Plummer un mois avant la date de sortie. Une décision qui ne semble pas si anodine ; l’acteur canadien de 88 ans fut le choix originel du cinéaste. Deux visages différents donc, pour incarner « l’homme le plus riche de l’Histoire du monde », que l’on pourra peut-être un jour comparer. Si ces reshoots ont coûté plus de dix millions de dollars, le résultat paraît sans faille à l’écran.

 

Christopher Plummer - Tout largent du monde

Christopher Plummer – Tout l’argent du monde

 

Tout l’argent du monde gagne sans doute ici en véracité, se débarrassant d’un maquillage de vieillissement sur Spacey (58 ans) qui aurait pu (ou non) gêner le déroulement de l’intrigue. Mais Plummer, le visage souriant et le regard bienveillant, étincelle dans la peau de ce milliardaire octogénaire impitoyable, avare, rusé, faux charmeur, à l’égo surdimensionné et dénué d’empathie et de compassion. Sa performance dominante, présente une vingtaine de minutes à l’écran, est l’un des points les plus exaltants de ce thriller doublé d’une tragédie familiale. Ridley Scott signe une oeuvre passionnante, pleine de contraste, de suspense, de complexité et de cruauté sur l’argent, la famille, la cupidité, le statut social, sur ce que peut signifier « être riche », sur ce que l’argent ne peut acheter aussi. Mais surtout sur l’absence de pitié ainsi que sur la peur et la faiblesse qu’engendrent la richesse. Il questionne la place paradoxale de ces jeunes et riches héritier.e.s, proies lucratives potentielles. Il montre ainsi les fêlures et les ambiguïtés d’un milliardaire, grand-père de plusieurs descendants, qui craignait de récompenser le crime par l’enlèvement. Un vieil homme avide de pouvoir, endurci par sa fortune et un marché économique toujours fluctuant, qui préférait acquérir des oeuvres d’art, rares et inestimables, pour s’abstraire de toute taxe et garnir sa demeure.

 

Michelle Williams - Tout largent du monde

Michelle Williams – Tout l’argent du monde

 

L’autre point fort du film, on le doit aussi à Michelle Williams qui tient superbement la distance, et la tête haute, dans la peau d’Abigail Harris, l’ex-épouse de John Paul Getty fils (Andrew Buchan), devenu toxicomane au Maroc. Entre désespoir et détermination, elle en impose par sa prestance, son regard, ses mots. Elle incarne avec sang froid cette mère qui tente désespérément de convaincre l’industriel de payer. Elle doit faire face aux policiers et aux paparazzi, négocier avec les ravisseurs et ce patriarche qui a toujours évalué chaque centime de son portefeuille. Ce qui lui coûte la perte de la garde de ses enfants. Car dans les faits, Getty a refusé de verser la rançon fixée à 17 millions de dollars, prétextant à un canular. Les malfaiteurs passés entre les mains d’une organisation mafieuse ont alors coupé l’oreille du petit-fils et l’ont envoyé à un journal italien. Getty a finalement accepté de payer 3 millions de dollars, en trouvant une échappatoire fiscale légale que Plummer négocie d’ailleurs sans pitié dans une scène entre ses avocats et sa belle-fille.

 

Dans les seconds couteaux, Mark Wahlberg tire son épingle du jeu en ex-agent de la CIA et garde du corps du milliardaire, devenant un allié d’Abigail dans cette course qui révèle la véritable valeur de l’amour familial face à l’argent. Quant à Romain Duris, son rôle de kidnappeur reste honnête bien qu’il bascule dans le sentimentalisme en voulant protéger ce jeune héritier aux cheveux blonds qui, dans les faits, ne s’est jamais remis de cet enlèvement.

 

Visuellement, Tout l’argent du monde est impeccable. La texture visuelle de Dariusz Wolski -fidèle des frères Scott-, le montage, les décors et la bande originale entremêlée d’excellents titres de l’époque confirment toujours les talents de Ridley Scott, véritable cinéaste d’atmosphère, dans cette fable morale contemporaine.

 

 

 

  • TOUT L’ARGENT DU MONDE (All the Money in the World)
  • Sortie salles : 27 décembre 2017
  • Réalisation : Ridley Scott
  • Avec : Michelle Williams, Christopher Plummer, Mark Wahlberg, Charlie Plummer, Timothy Hutton, Stacy Martin Marco Leonardi, Olivia Grant,…
  • Scénario : David Scarpa, d’après l’oeuvre de John Pearson
  • Production : Dan Friedkin, Bradley Thomas, Ridley Scott, Mark Huffam, Kevin Walsh, Quentin Curtis, Chris Clark
  • Photographie : Dariusz Wolski
  • Montage : Claire Simpson
  • Décors :  Kalina Ivanov
  • Costumes : Jante Yates
  • Musique : Daniel Pemberton
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2h15

 

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