Synopsis : Jone, jeune femme de 20 ans vivant à Bilbao, jongle entre un père malade, une petite sœur à charge et son premier amour. Elle cherche désespérément à fuir un quotidien trop lourd pour son âge.
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Née au Pays basque et adepte d’un cinéma profondément ancré dans le réel, la scénariste et metteuse en scène Sara Fantova signe cette année son premier long-métrage réalisé seule, Jone, Sometimes. Pour cette première fois, elle fait le choix d’explorer des trajectoires intimes marquées par la fragilité sociale et émotionnelle. Filmant avec naturalisme et sobriété, la réalisatrice s’intéresse ici à une jeune femme prise au carrefour de l’âge adulte et du devoir familial. Sélectionné dans plusieurs festivals dédiés au jeune cinéma européen, le film s’inscrit dans cette veine sensible qui scrute les existences ordinaires pour mieux révéler ce qui les fissure. Fantova y trouve un terrain fertile : un personnage qui vacille, un quotidien qui déborde, une ville qui offre l’illusion de la liberté mais rappelle sans cesse la réalité. Jone est une jeune femme qui tente de concilier une vie familiale chaotique avec un besoin pressant d’oxygène et de liberté. Le jour, elle s’occupe de son père malade et veille sur sa petite sœur, prenant en charge des responsabilités qui ne devraient pas peser sur ses épaules. La maladie qui a emporté sa mère plane encore sur leur foyer, comme une ombre étouffante qui la force à occuper tous les rôles à la fois : mère, sœur, fille, soignante. La nuit, Jone rejoint ses amis dans un Bilbao vibrant où la fête, les rires et l’alcool deviennent une échappatoire. Elle rencontre Olga, avec qui elle vivra une relation passionnelle mais heurtée, faite d’attirance, de maladresses et d’explosions silencieuses. Dans ces moments suspendus, Jone tente de croire qu’elle peut, ne serait-ce qu’un instant, être une jeune adulte comme les autres. Ce balancement constant entre la légèreté et le poids du monde constitue la force profonde de l’œuvre. Fantova met en scène une contradiction permanente : Jone veut rire, aimer, danser, mais ses yeux racontent en permanence une tout autre histoire.
Olaia Aguayo porte remarquablement cette dualité avec une justesse déconcertante. Son regard reflète une tristesse sourde, une fatigue à la fois morale et corporelle, l’épuisement d’être pour tout le monde à la fois. Elle essaie de faire au mieux, de tenir chaque rôle avec dignité, mais la réalité la dépasse. Parfois, l’insouciance de sa jeunesse remonte à la surface, tel un réflexe, puis se heurte brutalement à ce rappel constant : elle n’a pas grandi comme les autres, et endosse désormais des fardeaux dont elle ne peut se défaire.
La mise en scène accompagne cette pudeur émotionnelle. Fantova filme Jone de loin, presque toujours dans des plans d’observation où les silences disent plus que les dialogues. Durant les errances nocturnes de la protagoniste, les marches sans but apparent, les face-à-face avec son amante, la caméra se fait spectatrice du réel. Les relations semblent organiques, outrepassant la fiction : les disputes avec la sœur, les gestes tendres avec le père, les dialogues échangés dans la cuisine ou les boîtes de nuit, tout sonne juste. Le film brouille les frontières entre documentaire et mise en scène, donnant au récit une texture authentique, voire tactile.
Ce qui affleure finalement, sous la surface des nuits et des éclats de joie, c’est la maladie, au sens propre comme au figuré : la maladie du père, annoncée comme inexorable ; celle qui a emporté la mère et a forcé Jone à entrer dans l’âge adulte trop tôt ; celle, plus invisible mais tout aussi tenace, qu’elle porte en elle, cette souffrance contenue qui ne s’exprime jamais frontalement. La vie ne tient qu’à un fil, semble dire chaque scène du film. La moindre contrariété peut amener à tout faire basculer, et provoquer des dommages collatéraux profonds. C’est dans cette fragilité permanente que réside la beauté de Jone, Sometimes.
Fantova signe ainsi un portrait bouleversant d’une jeune femme qui tente de survivre à sa propre existence, de s’accorder des instants de lumière malgré une réalité qui l’étouffe. Un film discret mais puissant, mélancolique mais sans être misérabiliste, qui observe la complexité du monde intérieur de Jone avec une délicatesse rare. Jone, Sometimes représente la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus lourd, un battement de cœur vacillant, un souffle qui hésite mais persiste.
Norane Chiali
- JONE SOMETIMES
- Sortie salles : 17 décembre 2025
- Réalisation : Sara Fantova
- Avec : Olaia Aguayo, Josean Bengoetxea, Ainhoa Artetxe, Elorri Arrizabalaga…
- Scénario : Sara Fantova, Núria Dunjó, Nuria Martín
- Production : ESCAC Studio
- Photographie : Andreu Ortoll
- Montage : Oriol Milan
- Décors : Alejandro Marín
- Musique : Pablo Seijo
- Distribution : La Fidèle Studios
- Durée : 1h20

