Synopsis : Gabrielle, cinquante-cinq ans, se consacre corps et âme à son métier. Chirurgienne et cheffe de service dans un hôpital public, elle court et se démultiplie, assaillie de responsabilités. Il lui reste peu de temps pour sa vie privée — un mari qui l’aime et une mère dont elle doit s’occuper. Lorsqu’une romancière vient passer quelques semaines dans son service pour les besoins d’un livre, son équilibre vacille. Dans le quotidien que Gabrielle s’est construit, y a-t-il de la place pour l’inattendu ?
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En compétition officielle au dernier Festival de Cannes, La Vie d’une femme est le second long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet, révélée par Les Amours d’Anaïs à la Semaine de la Critique 2021. Derrière un titre marivaudien digne d’un roman du XVIIIe siècle, se cache le portrait mosaïque d’une quinquagénaire en mouvement, séquencé – un peu artificiellement – en une dizaine de chapitres, qui se conçoivent comme autant de facettes de son héroïne. Une version mature de Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier en quelque sorte. Éminente spécialiste de la reconstruction faciale, cheffe de service à la vocation sacerdotale, épouse lasse de l’hétéronormativité de son couple, fille assumant la tutelle de sa mère Alzheimer, amie érigeant la loyauté en valeur cardinale, soeur et tante généreuse et impliquée, Gabrielle évolue par monts et par vaux, accumulant des charges mentales multiples sur ses seules épaules. À la faveur d’une immersion dans son service, une écrivaine en observation entre par effraction dans sa vie et vient bouleverser ses certitudes. Le film ouvre sur des images fragmentaires d’une étreinte sensuelle en gros plans baignés de lumière, le tout dans un ratio 5/3 favorable à la proximité. Cette exposition préfigure l’enjeu de composition de l’identité de Gabrielle au fil des chapitres, comme ces visages dont elle rassemble les morceaux dans sa pratique de la chirurgie maxillo-faciale. Dès lors, le rythme effréné des séquences hospitalières ne se suspend plus que dans les moments d’intimité. À l’image d’une étourdissante parade de séduction où naissent la confusion des sentiments et l’émoi de Gabrielle à l’égard de Frida. Ou encore d’une escapade à la montagne où les rôles de travailleuse et d’observatrice s’inversent et la passion charnelle entre les deux amantes se consomme.

Léa Drucker et Mélanie Thierry dans La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Tacquet – Crédit photo Les Films Pelleas
Toujours aussi magnétique, Léa Drucker s’empare de ce terrain de jeu existentialiste avec un naturel désarmant, malgré des dialogues parfois sur-écrits. Une fois de plus, elle incarne avec conviction l’une de ces working girls à l’autorité incontestable qui peuplent son œuvre récente. Rien que dans l’édition précédente du Festival de Cannes, elle prêtait son charisme à une enquêtrice de l’IGPN dans Dossier 137 de Dominik Moll en Compétition officielle (qui lui vaudra son second César), ainsi qu’à une infirmière en cheffe dans L’Intérêt d’Adam de Laura Wandel à la Semaine de la Critique.
Là où le bât blesse, c’est que le female gaze ne suffit pas à lui seul à rendre crédible une romance entre femmes cousue de fil blanc. Particulièrement lorsque l’alchimie entre comédiennes fait cruellement défaut. Mélanie Thierry peine à donner chair à cette trublionne sans attaches ni états d’âme, face à une Léa Drucker qui dévore l’écran. La candeur du bourgeois gaze porté par Charline Bourgeois-Tacquet sur leur idylle lesbienne n’arrange rien à l’affaire…
Relativement mineur au regard du reste de la sélection cannoise, La Vie d’une femme passe à côté de l’éveil de son héroïne à une nouvelle sexualité, pourtant au coeur de son récit. Quel dommage lorsque l’écriture excelle par ailleurs à dépeindre toutes les autres sphères relationnelles de son héroïne, à l’instar de son mariage lucide, son amitié fusionnelle et son ambivalente filiation.
Justine Autissier
- LA VIE D’UNE FEMME
- Sortie salle : 9 septembre 2026
- Réalisation et scénario : Charline Bourgeois-Tacquet
- Avec : Léa Drucker, Mélanie Thierry, Charles Berling, Laurent Capelluto, Marie-Christine Barrault…
- Production : David Thion
- Photographie : Noé Bach
- Montage : Clément Pinteaux
- Décors : Pascale Consigny
- Costumes : Léa Forest
- Musique : Thibault Deboaisne
- Distribution : Pyramide
- Durée : 1 h 38
