Synopsis : Gil rencontre Jacques à Dubaï et une histoire d’amour fulgurante naît entre eux. Très vite, tout s’enchaîne : ils se marient et attendent un enfant. Mais derrière l’intensité de cette relation idéale en apparence, Gil commence peu à peu à se sentir enfermée. Progressivement, Jacques prend le contrôle de sa vie.
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Seize ans après Les Amours imaginaires, Monia Chokri (Laurence Anyways) et Niels Schneider (L’Inconnue) se retrouvent à l’écran pour jouer un couple dans Si tu penses bien, présenté à Cannes Première. Mais loin de la romance mélancolique imaginée par Xavier Dolan, Géraldine Nakache (Tout ce qui brille, J’irai où tu iras) les réunit cette fois dans un thriller psychologique étouffant autour de l’emprise conjugale. Finie ici l’image presque angélique de Niels Schneider, autrefois filmé comme une figure d’Apollon. L’acteur devient un pervers narcissique terrifiant. Et pourtant, tout commence comme un conte de fées. Entre Gil et Jacques, c’est le coup de foudre immédiat. Ils se rencontrent à Dubaï alors qu’ils traversent tous deux une période de deuil. Puis tout s’accélère : une grossesse, un mariage célébré dans l’intimité. Très vite, les premiers signaux d’alerte apparaissent. Jacques se présente comme le sauveur de Gil, il le dit d’ailleurs lui-même : « je l’ai sauvée ». Une phrase qui provoque chez elle un léger rictus, presque imperceptible, mais suffisant pour comprendre que quelque chose cloche déjà. Le ton est donné. Ce long métrage marque un véritable tournant dans la filmographie de Géraldine Nakache, jusque-là davantage associée à des comédies lumineuses et feel good. On flirte presque avec le cinéma d’horreur tant certaines situations deviennent glaçantes. Une fois rentré en France, Jacques multiplie les red flags, dans un récit construit autour d’une temporalité fragmentée, ponctuée de flashbacks.

Monia Chokri et Niels Schneider dans Si tu penses bien de Geraldine Nakache / Crédit photo Liaison Cinématographique, Pan Cinema, Artemis Productions et Les Productions du Chtimi
C’est d’ailleurs l’une des limites du film. Cette narration éclatée casse parfois le rythme et empêche de voir progressivement la transformation de Jacques, qui devient de plus en plus toxique. Une évolution plus linéaire aurait sans doute mieux montré comment l’emprise s’installe de manière insidieuse, presque invisible. Les cartes semblent déjà posées sur la table dès le départ. Certains choix interrogent, comme cette scène d’accouchement, placée tardivement alors qu’elle révèle déjà les premiers signes du contrôle exercé par Jacques, notamment lorsqu’il interdit à la famille de Gil de venir la voir sous prétexte qu’elle est fatiguée. Cette construction narrative finit par désorienter.
Malgré cela, le film compense par la puissance de ses scènes. Dès l’ouverture, Géraldine Nakache impose une séquence d’une rare force symbolique. Gil retire tout : son vernis à ongles, ses bijoux, ses accessoires. Elle doit apparaître nue, dépouillée, « pure », avant d’entrer dans le bassin du Mikvé. Ce rite de purification juif devient, sous le regard de Jacques, moins un acte de foi qu’un outil de domination. La religion occupe d’ailleurs une place centrale. Elle nourrit autant la manipulation de Jacques qu’elle interroge une certaine hypocrisie du pardon et de l’acceptation au sein des institutions religieuses. À bout, Gil, croyante mais peu pratiquante, demande de l’aide au rabbin qui l’a mariée. Son premier réflexe est pourtant de lui conseiller d’accepter, par amour, avant même de comprendre réellement ce qu’elle traverse. Un réalisme saisissant.
C’est là toute la force de Si tu penses bien. Géraldine Nakache refuse le spectaculaire. Elle filme l’emprise dans ce qu’elle a de plus quotidien, et donc de plus terrifiant. Chaque scène donne le sentiment que cela pourrait arriver à n’importe qui. Jacques utilise des phrases passives-agressives comme « on fait comme toi tu veux », avant de reprocher à Gil d’être une mauvaise mère. Il débarque sans prévenir sur son lieu de travail, installe discrètement des caméras dans la maison. Les situations s’accumulent tandis que Gil semble incapable de réagir, comme paralysée par l’emprise de Jacques.

Monia Chokri et Niels Schneider dans Si tu penses bien de Geraldine Nakache / Crédit photo Liaison Cinématographique, Pan Cinema, Artemis Productions et Les Productions du Chtimi
La mise en scène participe largement de cette montée de la tension. Les gros plans sur les visages renforcent cette sensation d’étouffement. Tout passe par les regards, les silences, les expressions figées. Même les proches de Gil semblent paralysés, incapables de savoir comment intervenir. Le choix de filmer quasi exclusivement dans la maison accentue encore davantage cette impression de huis clos claustrophobe. Cette maison devient elle aussi une prison pour le spectateur.
Mais la véritable réussite du film repose sur son duo d’acteurs. Monia Chokri est remarquable, bouleversante dans le rôle de cette femme progressivement détruite par l’emprise. Son jeu, d’un réalisme bluffant, donne l’impression de regarder une personne ordinaire : une amie, une sœur, quelqu’un que l’on connaît sans forcément pouvoir l’aider. Face à elle, Niels Schneider est méconnaissable. Certes, il avait déjà exploré des rôles plus sombres, notamment dans L’Amour Impossible de Catherine Corsini, mais il parvient ici à être profondément inquiétant sans jamais tomber dans la caricature. Une présence glaçante qui hérisse autant qu’elle fascine.
Si Si tu penses bien impressionne autant, ce n’est pas seulement parce qu’il raconte l’emprise, mais parce qu’il parvient à la faire ressentir. Géraldine Nakache filme cette violence dans ce qu’elle a de plus banal, progressif et destructeur. Et c’est précisément cette banalité qui rend le film si difficile à oublier.
Emma Pauchont
- SI TU PENSES BIEN
- Sortie en salle : 16 septembre 2026
- Réalisation : Géraldine Nakache
- Avec : Monia Chokri, Niels Schneider, Rudgy Pajany, Mina Kavani, Oussama Kheddam, Clémentine Célarié, Christian Benedetti
- Scénario : Géraldine Nakache, David Lambert
- Production : Philippe Godeau, Philippe Logie, Patrick Quinet
- Photographie : Sylvestre Vannoorenberghe
- Montage : Juliette Welfling
- Décors : Catherine Cosme
- Distribution : Pan Distribution
- Durée : 1 h 34
