Gare du Nord de Claire Simon: critique

Publié par CineChronicle le 11 septembre 2013

Paris, Gare du Nord, tout peut y arriver, même des trains. On aimerait y rester, mais il faut se dépêcher… Comme des milliers de vies qui s’y croisent, Ismaël, Mathilde, Sacha et Joan vont s’y rencontrer. Chaque jour, Ismaël est ébloui, fasciné, épuisé par ce lieu. C’est sur le quai du RER qu’il voit Mathilde pour la première fois. Peu à peu, ils tombent amoureux. Ils croisent Sacha et Joan. Sacha est à la recherche de sa fille disparue, Joan passe sa vie dans cette gare entre Lille, Londres et Paris. La gare est comme une bulle que tous traversent, Français, immigrés, émigrés, voyageurs, fantômes… C’est un carrefour où chaque vie passe vite et disparait.

 

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Gare du Nord afficheClaire Simon présente ici un cinéma hybride entre documentaire, fictions et fragments de vie au milieu d’une gare parisienne. Là où le réel bouscule souvent la fiction. Une foule s’excite sans cesse dans les couloirs de la gare du Nord, entre les rails de la SCNF et ceux de la RATP. Cette fourmilière exulte dans un trafic permanent. Tous les regards se croisent mais ne s’attardent jamais que sur l’horloge qui continue sa course folle. Un étudiant thésard (Reda Kateb) fait irruption, et sous couvert d’un questionnaire, se permet une ouverture dans l’intimité de l’autre, celui qui file vers son destin, sans se retourner. Mathilde (Nicole Garcia) est aussi perdue que ses types en bande, qui surveillent leurs sœurs, tiennent des propos machistes et squattent les souterrains des RER. C’est elle la première qui va réagir, s’arrêter et s’attendrir sur ce jeune étudiant sans sou ni bourse, qui tente par le biais de cette gare de décrire une société égoïste dans la meute. Son objectif est de tenter par le biais de cette gare, de décrire une société égoïste de meute. De là, la cinéaste et traqueuse d’histoires en tout genre, qui a réalisé trois longs-métrages de fictions, de nombreux documentaires et de plusieurs courts-métrages, se plonge dans une intéressante étude de population et immisce son spectateur dans le flux le laissant réagir à toutes ces histoires en attente d’être écoutées. Nous sommes assis, ils sont en mouvement permanent. Nous devenons des voyeurs devant ces milliers de visages qui font de la gare du Nord un endroit hétéroclite où s’ébranlent des corps en marche.

 

Gare du Nord Nicole Garcia Reda kateb

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Puis, la réalisatrice nous prend en otage en nous faisant circuler dans toutes les galeries des métiers, qui leur sont réservées. Si nous nous attendions à des clichés sur la préposée aux toilettes public – la fameuse dame pipi -, heureusement il n’en est rien, un cependant lui échappe sur un serveur. Le tout semble assez terne jusqu’à l’irruption de la sublime et intemporelle Monia Chokri qui porte le film en business woman sur-diplômée, dépassée et excédée. Lille, Paris, Londres, son stress, ses enfants, ses clients en retard deviennent son lot quotidien, son voyage immuable. L’affluence et les situations présentent dans cette galerie contemporaine des êtres égoïstes qui parlent avant d’écouter et renvoie le spectateur à son propre égo. Pourquoi a-t-on toujours la sensation d’être dérangés dans les gares ? Qui visionnent les enregistrements des caméras ? Qui est le plus pauvre, celui qui demande de l’argent ou celui qui reste seul au milieu de la cohue ? On ne reprochera pas à Claire Simon son montage, dans lequel chaque heure de la Gare du Nord abrite une populace différente, ou son sujet plutôt brillant, encore moins son casting où chacun sait se transformer en monsieur et madame tout-le-monde, mais on pointera du doigt certaines longueurs et un côté fantastique improbable. Pourtant cette gare nous fascine et nous rend fous. Ici ou ailleurs, c’est toujours le bordel sous couvert d’organisation du troupeau.

 

 

Chloé Anyways

 

 

GARE DU NORD de Claire Simon en salles le 4 septembre avec Nicole Garcia, Reda Kateb, François Damiens et Monia Chokri. Scénario : Claire Simon, Shirel Amitay et Olivier Lorelle. Producteurs : Richard Copans. Photographie : Claire Simon, Richard Copans et Laurent Bourgeat. Musique : Marc Ribot. Montage : Julien Lacheray. Distribution : Sophie Dulac Distribution. Durée : 1h59.

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