Synopsis : Les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt et toutes les communications sont coupées. Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante. Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Le malheur émane de l’ignorance. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier.
♥♥♥♥♥
Prodige du cinéma de genre sud-coréen, Na Hong-jin est aujourd’hui considéré comme une figure majeure de la “hallyu”, cette vague d’influence de la pop culture coréenne qui n’a de cesse de déferler sur le monde. Révélé par ses deux polars poisseux que sont The Chaser (présenté en Séance de minuit au Festival de Cannes 2008) et The Murderer (Un Certain Regard 2011), et confirmé par le thriller horrifique The Strangers (hors compétition à Cannes 2016), Na Hong-jin profite, une décennie plus tard, de l’absence de blockbusters hollywoodiens sur la Croisette, pour enfin s’offrir les honneurs de la Compétition. Il faut dire que, doté d’un budget cossu avoisinant les 46 millions de dollars, Hope serait la superproduction la plus onéreuse que la Corée ait jamais financée. La vie est (un peu trop) paisible à Hope Harbor, bourgade côtière paumée aux abords de la zone démilitarisée séparant les deux Corée. Alors qu’il enquête sur une carcasse de bœuf présentant de béantes lacérations bestiales non identifiées, un patrouilleur découvre la dévastation de la grand-rue, ravagée par une mystérieuse calamité. En parallèle, un groupe de braconniers entreprend la traque d’une créature allochtone dans les profondeurs des bois. Il y a quelque chose des frères Coen dans la scène d’exposition de Hope. Cela tient sans doute à son décor de western, sa satire cartoonesque de sherif pétochard et crédule, et son impéritie face à l’étrangeté des événements qui viennent troubler la quiétude locale, autant qu’à l’absurdité de ses dialogues décalés. Une première rupture de ton propulse rapidement le récit vers le territoire du film catastrophe, dont les accents vidéoludiques évoquent le survival horror.
S’enclenche alors une première heure de métrage virtuose, où les décors apocalyptiques de Hwo-Kyoung Lee sont sublimés par la photographie insolente de Kyung-Pyo Hong (collaborateur régulier de Bong Joon-Ho) et le score inspiré de Michael Abels (compositeur attitré de Jordan Peele). C’est une masterclass dédiée à l’art du hors champ à laquelle s’adonne Na Hong-jin. Prenant un malin plaisir à dérober son monstre à notre regard, il en suggère la silhouette colossale par des trouées percées dans des murs de briques, et la brutalité par les cadavres amputés qu’il envoie valser dans les airs, et les débris qui lui servent de projectiles.
Au terme de ce brillant prologue, à la double faveur du reveal de l’apparence du monstre et de l’entrée en scène de Hoyeon, le récit protéiforme mute cette fois vers la comédie d’action. En jeune bleue, la révélation de Squid Game incarne l’exact opposé de la bande de bras cassés qui l’entoure. Au volant, le temps d’une course poursuite ahurissante, sa dextérité de pilote est digne d’une Furiosa dans le Mad Max: Fury Road de George Miller. Le doigt sur la détente d’un lance-grenades, elle se révèle badass à souhait.
Là où le bât blesse, en revanche, c’est du côté d’un design de creature guère inventif, qui emprunte tour à tour à Predator et Prometheus, modelé par des effets numériques inégaux. La référence au prequel de la saga Alien n’est sans doute pas étrangère au casting de Michael Fassbender et sa compagne Alicia Vikander, sous-employés et méconnaissables sous leurs capteurs de mouvement. Il n’est d’ailleurs pas innocent que chacune des créatures soit incarnée par des Occidentaux, comme une riposte à l’altérisation des acteurs asiatiques dans les blockbusters hollywoodiens…
Sur ses deux derniers tiers, c’est dans le registre de la farce que Hope surprend le plus. Au détour d’une scène de dissection à la tronçonneuse, la surenchère gore de la situation est irrésistible. Plus tard, c’est le récit d’une rencontre du troisième type émaillée de force détails scatologiques qui nous cueille honteusement malgré nous. Cette tendance à ne pas se prendre trop au sérieux cohabite à merveille avec une action généreuse et débridée, au rythme effréné, qui met à l’amende bien des productions américaines. Moins bien négocié, l’ultime virage du récit vers la fable de science-fiction et sa conclusion légèrement grotesque peinent davantage à convaincre. À moins de voir dans l’annonce de sequels un nouveau pied de nez aux abus de franchisation du cinéma hollywoodien ?
Justine Autissier
- HOPE
- Sortie salle : 28 octobre 2026
- Réalisation et scénario : Na Hong-jin
- Avec : Hwang Jung-Min, Zo In-sung, Hoyeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell, Cameron Britton
- Production : Na Hong-jin, Seami et Saerom Kim
- Photographie : Kyung-Pyo Hong
- Montage : Sunmin Kim
- Décors : Hwo-Kyoung Lee
- Musique : Michael Abels
- Distribution : Universal Pictures
- Durée : 2 h 36


