Prometheus : critique

Publié par Nathalie Dassa le 29 mai 2012

Une équipe d’explorateurs découvre un indice sur l’origine de l’humanité sur Terre. Cette découverte les entraîne dans un voyage fascinant jusqu’aux recoins les plus sombres de l’univers. Là-bas, un affrontement terrifiant qui décidera de l’avenir de l’humanité les attend.

 

 

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Prometheus est sans aucun doute l’un des blockbusters de science-fiction les plus attendus, appréhendés et fantasmés de cette nouvelle décennie. Ce projet ambitieux gardé secret jusqu’au bout, qui marque le retour de Ridley Scott à la science-fiction trente ans plus tard, n’a eu de cesse d’alimenter la toile spéculant à tout-va sur la base de son mythe Alien d’une puissance brute, conçu et imaginé par H.R. Giger et écrit par Dan O’Bannon, qui a redéfini le genre en 1979. Nous avons compté les jours en relayant les news régulièrement pendant plus d’un an : de l’idée initiale du prequel au diptyque en passant par Prometheus, réécrit sous la plume de Damon Lindelof, après la première mouture de Jon Spaihts, jusqu’à la bande-annonce anglaise de trois minutes qui a mis la toile en effervescence. Car bien sûr la Fox a maîtrisé toute la promo marketing poussée à son paroxysme. Le scénario a donc pris de nombreuses directions pour construire une nouvelle histoire originale faisant monter la tension crescendo de manière permanente, tout en restant solidement attaché à l’ADN Alien. Si Prometheus n’est pas aussi horrifique et viscéral que son prédécesseur perdant au passage ce cachet de série b qui a fait l’une de ses plus grandes forces à l’époque, Ridley Scott signe une œuvre de science-fiction mature, qu’on n’avait pas vu sur grand écran depuis bien longtemps, à la texture visuelle splendide et impressionnante, intensifiée par une 3D de qualité, des couleurs bleues métalliques et une atmosphère oppressante spécifique de la mythologie Alien. Ce film d’exploration s’impose alors magistralement et immerge le spectateur dans des décors spectaculaires à couper le souffle, tant dans les extérieurs décrivant la planète LV 223 (donc différente de celle d’Alien LV-426) que dans les intérieurs du vaisseau croissant extraterrestre, caverneux et labyrinthique, et de celui de l’équipage Prometheus, à la fois sobre et kubrickien. Les costumes sont également magnifiquement dessinés.

 

Si comme chacun sait, l’histoire se déroule avant l’existence du lieutenant Ripley – le plus puissant personnage féminin de tous les temps transcendé par Sigourney Weaver -, notre nouvelle protagoniste incarnée avec conviction par Noomi Rapace reprend dignement le flambeau dans la peau d’une scientifique qui a la foi. Scott délaisse le côté androgyne de Weaver tout en gardant l’aspect masculin qui émane naturellement de Rapace avec une certaine douceur éloquente. Cependant, si l’équipage était bien caractérisé dans Alien (voire Aliens), ici les passagers de cette mission, financée par Weyland Corporation, sont pour la plupart uniquement fonctionnels resserrant les interprétations des acteurs principaux. Ainsi Charlize Theron s’en sort très bien dans son jeu tout en intériorité de commandante du vaisseau qui cache des choses et Idris Elba apporte la fantaisie dans son rôle de capitaine un peu badass. Quant à Michael Fassbender, il continue royalement à confirmer ses performances en endossant ici le costume de David 8, un androïde blondinet équivoque à mi-chemin entre Ash, Bishop, David Bowie et du réplicant Roy Batty (Rutger Hauer) sorti tout droit de Blade Runner, qui déambule en tong et aime regarder Lawrence d’Arabie. Outre ses fonctions en matière d’intelligence artificielle presque indifférenciable de l’Homme, ce robot est également mû par le désir de trouver les réponses que ses propres créateurs sont incapables de donner.

Prometheus renvoie aux obsessions philosophiques et métaphysiques du cinéaste, dont le titre évoque le mythe grec de Prométhée, chassé de l’Olympe pour avoir volé le feu aux dieux au profit des humains. Et le scénariste Damon Lindelof apporte avec lui une vision parfois lostienne dans ce récit. Lancer des pistes, c’est son dada. Mais dans cette volonté de s’interroger sur les origines de l’humanité – comme 2001 et The Tree of Life – au cours de ce voyage aux confins de l’univers s’écartant dès le départ des fondements du darwinisme, le scénario soulève beaucoup de questions, dont certaines sont puissantes, mais sans fournir vraiment de réponses s’égarant parfois dans des incohérences narratives. Si cela reste la faille de ce film, d’autres éléments importants sont néanmoins donnés sur la terraformation des planètes dans le but de les rendre vivables, Peter Weyland et les mythiques Space Jockey. Au final, Prometheus prend plus volontiers la forme d’un prequel du prequel tout en nous emmenant vers quelque chose de radicalement différent. Mais il n’en reste pas moins vrai que Ridley Scott nous offre un beau cadeau sur grand écran : un ‘Alien’ nouvelle génération, qui démarre ici sur une séquence d’ouverture fascinante, puis nourrit à bon escient le spectateur de quelques scènes flippantes et viscérales pour se terminer sur une image emblématique, qu’on se gardera bien de vous révéler. On a déjà envie de dire, vivement la suite si suite il y a…

 

 

 

 

PROMETHEUS de Ridley Scott en salles le 30 mai avec Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba, Logan-Marshall-Green, Guy Pearce. Scénario : Damon Lindelof, Jon Spaihts, Ridley Scott. Producteurs : David Giler, Walter Hill, Ridley Scott, Tony Scott. Décors : Arthur Max. Costumes : Janty Yates. Musique : Marc Streitenfeld. Montage : Pietro Scalia. Directeur de la Photographie : Dariusz Wolski. Distribution : 20th Century Fox. Durée : 2h03

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