Série / Small Prophets (saison 1) : critique

Publié par CineChronicle le 11 octobre 2026

Synopsis : Depuis la disparition inexpliquée de sa petite amie Clea il y a sept ans, Michael dérive. Lorsque son père déterre une ancienne recette alchimique, Michael tente le tout pour le tout : créer des esprits capables de prédire l’avenir. Aidé de son amie Kacey, il cultive ces créatures dans sa remise, espérant qu’elles répondront à son unique obsession : reverra-t-il Clea ? Mais en s’éveillant, les esprits déclenchent une série d’événements étranges.

♥♥♥♥♥

 

Small Prohets affiche

Small Prohets affiche

C’est forte d’un succès surprise sur BBC Two à l’hiver dernier et d’un prix de la meilleure série au Panorama international de Séries Mania que Small Prophets nous arrive sur Apple TV cet automne. Troisième création de Mackenzie Crook (révélé par The Office UK, pirate à l’œil de bois de la saga Pirates des Caraïbes, sauvageon de Game of Thrones), cette série comique teintée de réalisme magique s’impose comme la digne héritière de Detectorists, dont elle partage une même tendresse sincère envers ses personnages marginaux. Depuis cette Saint-Sylvestre où sa compagne a disparu sans laisser de traces, Michael Sleep traverse, tel un somnambule hirsute, les limbes mélancoliques d’une existence en sommeil. Sur les conseils de son alchimiste de père, et avec la complicité d’une jeune collègue désenchantée, l’apathique vendeur en quincaillerie entreprend de concocter des homoncules dans des bocaux dissimulés dans l’appentis de son pavillon figé dans le temps. Pour Michael, c’est une tentative désespérée d’obtenir des réponses de ces esprits miniatures divinatoires. Par ce postulat fantastique ancré dans une quotidienneté, aussi banale qu’absurde, Mackenzie Crook réussit l’alchimie improbable entre tous les genres qui ont fait sa carrière. Une dose de satire sociale de la Grande-Bretagne des périphéries, une touche de workplace sitcom, et un soupçon de surnaturel. Telle est la recette de ce petit prodige de poésie qu’est Small Prophets. Avant même l’éclosion des djinns, la réalité de Michael Sleep fourmille déjà de tant d’excentricités que l’irruption du merveilleux y paraît presque organique. Lorsqu’il émerge par la petite porte rouge de son pavillon, arborant une chevelure et une barbe aussi négligées que la jungle de son front yard, on croirait voir Gandalf de visite dans un cottage hobbit. Son salon a tout d’une capsule temporelle sanctuarisant le souvenir du meilleur Noël jamais vécu par sa compagne évaporée dans la nature. Quand de l’huile de moteur s’échappe du tas de boue qui lui sert de voiture, elle laisse une tache indélébile en forme de lapin géant. Il réchappe même d’une tentative d’agression en se faisant passer pour le Père Noël !

 

Pearce Quigley dans Small Prophets - Credit Matt Squire Hot Olives Productions

Pearce Quigley dans Small Prophets / Crédit photo Matt Squire, Hot Olives Productions

 

Et c’est compter sans les personnages qui peuplent les trois principales sphères constitutives de son train-train quotidien. Sa voisine de gauche n’a de cesse de désinsectiser son jardin artificiel, tandis que la commère de droite enrage de se faire mener en bateau. À l’Ehpad, son père (Sir Michael Palin, légende des Monty Python), un esprit brillant condamné à la démence sénile, tue le temps en multipliant les jeux concours entre deux conceptions de machines de Rube Goldberg. Au travail, Michael fait tourner son petit chef zélé (Mackenzie Crook himself) en bourrique, et subit les brimades d’un agent de sécurité pauvre d’esprit.

 

Dans cet univers déjà amplement loufoque, les homoncules font effraction avec une spontanéité déconcertante. Conçues par le studio d’animation en stop motion derrière Les Noces funèbres de Tim Burton et Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson, les créatures troublent par leur texture qui semble évoquer celle des lucioles Bonux phosphorescentes, et une apparence qui tient autant du Gremlin que de l’hippocampe.

 

Mais le véritable miracle de Small Prophets n’est pas là où on l’attend. C’est finalement dans l’improbable amitié intergénérationnelle née entre Michael et Kacey qu’il se niche. Une relation totalement platonique entre un homme d’âge mûr et une jeune femme, c’est déjà suffisamment rare sur nos écrans pour mériter d’être souligné. Mais c’est surtout un formidable cocon de bienveillance que se tissent ces deux âmes emplies d’aspirations. Car entre ce grinch sarcastique et cet esprit chimérique se noue une filialité profondément attachante et touchante.

 

Petite pépite venue d’outre-Manche, Small Prophets est un coup de cœur. Née sous une bonne étoile, elle est déjà renouvelée pour une seconde saison attendue pour la fin 2027, cette fois-ci sur BBC One.

 

Justine Autissier

 

 

 

  • SMALL PROPHETS
  • Sortie : du 7 octobre au 4 novembre 2026 avec un nouvel épisode en ligne chaque mercredi
  • Plateforme : Apple TV
  • Showrunner : Mackenzie Crook
  • Avec : Pearce Quigley, Lauren Patel, Mackenzie Crook, Michael Palin, Paul Kaye, Jon Pointing, Sophie Willan, Ed Kear, Charlotte Mills, Adam Wright, Shola Adewusi
  • Production : Gill Ilses
  • Photographie : Nick Brown
  • Montage : Simon Regllar
  • Décors : Lucy Spink
  • Costumes : Sara Hassan
  • Musique : Cinder Well
  • Durée : 6 épisodes de 30 minutes

 

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 379 236 2 882 101
2 NOTRE SALUT 256 370 1 256 370
3 VERITY 235 630 1 235 630
4 RESIDENT EVIL 185 485 3 807 033
5 DIGGER 165 038 1 165 038
6 GARANCE 152 031 2 366 983
7 KRAKEN 103 671 1 103 671
8 CARS (REP 2026) 100 172 1 100 172
9 TOMBE DU CIEL 85 957 8 2 263 947
10 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 74 931 2 295 547

Source: CBO Box office

Nos Podcasts