Small Axe de Steve McQueen : critique

Publié par Jacques Demange le 6 mars 2021

Synopsis : L’histoire débute dans les années 1960 et raconte des histoires de la communauté antillaise de Londres, confrontée à un environnement souvent hostile.

♥♥♥♥♥

 

Small Axe - affiche

Small Axe – affiche

S’inscrivant dans la lignée de ses précédents longs métrages, la minisérie Small Axe, diffusée sur la plateforme Salto, permet au réalisateur Steve McQueen de prolonger la problématique identitaire déclinée par l’ensemble de son œuvre cinématographique. Du format sériel, le cinéaste britannique retient la possibilité d’entretenir un lien entre le caractère épique de la fresque historique et le particularisme propre à la chronique. De fait, son échelle de plan oscille principalement entre le plan d’ensemble et le plan rapproché, tissant un lien entre les situations et les personnages qui traversent les cinq épisodes de la série. Des années 1960 aux années 1980, Small Axe narre la stagnation d’une problématique raciale qui s’entremêle à l’évolution d’une culture et son intégration difficile aux mœurs britanniques. La chronologie ainsi établie permet de retracer certains des tristes soirs et des petits matins de la communauté antillaise de Londres. Le procès des Mangrove Nine (Mangrove, épisode 1) ou l’émeute de Brixton (Alex Weathle, épisode 4), les dérives du système scolaire (Education, épisode 5) et la possibilité d’une coexistence judiciaire par l’insertion associative (Red, White, Blue, épisode 3), dressent les trajectoires souterraines d’une histoire parallèle. Unis par une idée commune, les épisodes se développent à la manière de vignettes, soutenant la dimension du micro-événement comme émetteur d’un écho dont la force contextuelle permet de toucher à l’universel.

 

 

Si l’on regrette que le récit s’oriente parfois vers une forme quelque peu didactique, cette approche relève d’une certaine logique au regard de la filmographie de l’auteur. Car c’est bien la nature édifiante des récits qui intéresse McQueen. De la grève de la faim de Hunger (2008) au parcours héroïque de Twelve Years a Slave (2013) en passant par les affres de l’addiction décrites par Shame (2011), le cinéaste s’épanouit d’abord dans les extrêmes et la captation des attitudes jusqu’au-boutistes. Cette démarche renvoie à sa volonté de capturer la sève de comportements assurant la fusion entre limites physiques et corporelles.

 

Ainsi donc, Small Axe se distingue par la grande qualité de sa photographie qui parvient à sublimer l’épiderme de corps, battus ou enlacés, enfiévrés ou vindicatifs, soumis ou révoltés. La valeur de ce basculement est autant pris en charge par le prisme des lumières composant les plans que par le jeu des acteurs (notons au passage la récente distinction de John Boyega aux Golden Globes).

 

Au-delà de la singularité des différents destins racontés par la série, c’est l’impression d’ensemble qui l’emporte. Dérogeant au séquençage dramatique des séries, Small Axe s’apprécie dans son entièreté. À l’instar des Veuves (2018), McQueen privilégie l’harmonie chorale sur l’interprétation du soliste. Par moments, la minisérie prend même une valeur opératique, se rapprochant d’une sorte de variation autour du Porgy and Bess de George Gershwin, une comparaison soutenue par le rôle jouée par la bande musicale dans l’organisation du drame.

 

Small Axe - Lovers Rock

Épisode Lovers Rock – © Small Axe Productions Ltd MMXX

 

McQueen ne s’essouffle nullement sur la durée, profitant de la longueur qui lui a été octroyée pour révéler les différentes facettes de sa manière. Au béhaviorisme qui fait le prix de son cinéma, s’ajoute une attention à l’esthétique d’une image organique dont la structure visuelle se module au rythme des mouvements intérieurs qui agitent les corps se déplaçant devant sa caméra. Cette articulation rappelle le travail plastique de ses courts métrages expérimentaux et approfondit l’intérêt de son incursion sur le(s) petit(s) écran(s). Le second épisode (Lovers Rock) est sur ce point exemplaire, le titre Kunta Kinte Dub de The Revolutionaries lancé par le disc-jockey transformant progressivement les slows langoureux en une transe fédératrice.

 

De la lumière chaude de la conciliation à la lumière crue de l’amertume, Small Axe ne souffre d’aucune équivoque. Dommage diront certains, mais McQueen assume ce radicalisme qui impose une prise de conscience frontale, ancrant sa problématique historique sur les rives du contemporain. Une belle initiative soldée par une franche réussite.   

 

 

 

  • SMALL AXE
  • Diffusion : depuis le 26 février 2021
  • Plateforme / Chaîne : Salto
  • Réalisation : Steve McQueen
  • Avec : Letitia Wright, Malachi Kirby, Shaun Parkes, Micheal Ward, Amarah-Jae St. Aubyn, Kedar William-Stirling, John Boyega, Steve Toussaint, Joy Richardson, Neil Maskell, Sheyi Cole, Robbie Gee, Johann Myers, Kenyah Sandy, Sharlene Whyte, Tamara Lawrance
  • Scénario : Steve McQueen, Courttia Newland, Alastair Siddons
  • Producteurs : Anita Overland, Mike Elliot
  • Photographie : Shabier Kirchner
  • Montage : Chris Dickens, Steve McQueen
  • Durée : 5 épisodes de 63 à 128 minutes.

 

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Source: CBO Box office

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