Cobra Verde (1987)
Synopsis : Après avoir perdu tout son bétail à cause de la sécheresse, Francisco Manoel da Silva quitte le Sertao brésilien, devient hors-la-loi et se fait appeler Cobra Verde. Devenu l’intendant d’un planteur ce dernier l’envoie au Dahomey pour ramener un convoi d’esclaves, en réalité pour se débarrasser de lui. En effet le souverain local extermine impitoyablement tous les Blancs qui s’aventurent sur ses terres…
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Cobra Verde est la dernière collaboration entre Werner Herzog et Klaus Kinski. Réalisé entre Le Pays où rêvent les fourmis vertes et Wodaabe, les bergers du soleil, cette production germano-ghanéenne marque le début d’une longue traversée du désert pour le cinéaste. Cobra Verde relate la gloire et la décadence d’un bandit brésilien mandaté au début du XIXe siècle pour devenir le dernier trafiquant d’esclaves au Dahomey. Un rôle en or pour Klaus Kinski. Après Aguirre, la colère de Dieu (1972), Nosferatu, fantôme de la nuit (1979), Woyzeck (1979) et Fitzcarraldo (1982), les deux hommes se retrouvent donc pour un ultime film, marqué par un épuisement physique du comédien, qui n’entache en rien son charisme magnétique. D’après le livre de Bruce Chatwin Le Vice-roi d’Ouidah, sur une musique de Popol Vuh et une photographie intense de Viktor Ruzicka, Cobra Verde nous embarque pour une odyssée, un voyage sensoriel et inoubliable sur les côtes africaines, dans lequel la fureur de Kinski contraste avec le sourire extraordinaire des Ghanéens (plus de 30 000 figurants) lors des chants traditionnels. Si l’acteur allemand paraît constamment essoufflé, et parfois même à côté de la plaque, cela sert son personnage qui perd ses idéaux et ses rêves de grandeur et d’immortalité. Herzog se focalise totalement sur lui, ne rate rien de ses excès de folie et de son visage qui se décompose face caméra, jusqu’à la célèbre scène finale où Cobra Verde tente de s’enfuir en tirant son embarcation vers les flots, si près et pourtant trop loin. Herzog reste probablement le seul cinéaste à avoir su canaliser et « profiter » des crises de démence de Klaus Kinski. Il ne l’a jamais « lâché ». Il a su ainsi alimenter les personnages mégalomanes – pour ne pas dire illuminés – dont il voulait peindre le portrait et l’échec. À l’instar des derniers efforts vains de son personnage Cobra Verde, Klaus Kinski a trop lourd à porter à force d’avoir joué avec le feu et de s’être consumé trop vite. Il décède quatre ans plus tard en novembre 1991 à l’âge de 65 ans. Werner Herzog a avoué plus tard que leur relation avait atteint le point de non-retour sur ce tournage. Il avait décidé de ne pas aider le comédien pour Paganini, que ce dernier a finalement réalisé lui-même. Un tournage qui l’avait encore plus épuisé. Cobra Verde est l’œuvre testamentaire de Herzog et Kinski, sublime dernière partition en commun, qui ravit les sens tout en faisant chavirer le cœur à jamais.
- COBRA VERDE de Werner Herzog
- Avec : Klaus Kinski, King Ampaw, José Lewgoy, Salvatore Basile, Peter Berling, Guillermo Coronel, Nana Agyefi Kwame II…
- Scénario : Werner Herzog, d’après le roman de Bruce Chatwin
- Production : Lucki Stipetic
- Photographie : Viktor Ruzicka
- Montage : Maximiliane Mainka
- Costumes : Gisela Storch
- Musique : Popol Vuh
- Durée : 1h51
- Date de sortie initiale : 13 janvier 1988 (France)
