Synopsis : à la fin de la Seconde Guerre mondiale, László Toth, un architecte juif ashkénaze né en Hongrie, a survécu aux camps de concentration. Avec son épouse Erzsébet et sa nièce Zsófia, il émigre aux États-Unis, où la famille espère connaître le rêve américain.
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L’Oscar du Meilleur acteur semble sourire à Adrien Brody pour ce nouveau rôle de rescapé juif, intellectuel, ayant survécu aux horreurs perpétrées par les nazis. Ce fut d’ailleurs déjà le cas avec Le Pianiste en 2002. L’acteur repartira-t-il une fois encore avec la précieuse récompense ? Ses chances sont fortes, au vu de sa prestation remarquable livrée dans ce nouveau long-métrage de Brady Corbet. The Brutalist signe un retour en force du réalisateur après l’échec commercial de Vox Lux sorti en 2018, avec Natalie Portman et Jude Law. Le film, d’une durée de 3 h 35, se divise en deux parties, séparées d’un entracte de 15 minutes, est déjà lauréat d’une centaine de prix et acclamé par la critique et le public. L’histoire racontée est pourtant sombre. Nous suivons le parcours de László Toth, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Architecte talentueux, hongrois et juif, il survit aux camps de concentration et arrive pour la première fois aux États-Unis, où son épouse Erzsébet et sa nièce Zsófia envisagent de le rejoindre. Prenant place à une époque où le rêve américain est dans les têtes de tous les plus démunis, le film semble d’abord soutenir cette idée de l’Amérique de tous les possibles. László est accueilli, logé. Il travaille et reprend peu à peu goût à la vie. Son début de réadaptation est cependant de courte durée et s’en suit alors une série de périodes d’espoir et de misère durant les vingt prochaines années de sa vie. La souffrance commence avec l’attente interminable de son épouse et sa nièce. Cette attente est d’ailleurs accentuée par ce long entracte, intervenant au moment où l’espoir renaît seulement. Les ellipses et changements de décors brutaux traduisent les difficultés à s’adapter à chaque nouvelle réalité. Victime d’un environnement éprouvant, toxique et raciste, László trouve refuge dans la drogue. Cette addiction le renvoie une fois encore à son statut, à son appartenance aux communautés de minorités marginalisées.
The Brutalist livre au contraire une critique acerbe du concept de rêve américain. La vérité est annoncée subtilement dès l’un des premiers plans filmant la Statue de la Liberté à l’envers, caractérisant une réalité déformée et incertaine. Manque de nourriture, conditions de vie insalubres, travaux pénibles, moqueries, voici le sort des nouveaux arrivants aux États-Unis. L’avenir n’y est pas nécessairement plus stable et prospère qu’ailleurs, comme le démontre bien l’exemple de László.
Cet « American dream » est incarné ici par Harrison Lee Van Buren, interprété avec brio par Guy Pearce. Harrison représente à lui-seul le capitalisme, le pouvoir, le succès, la richesse, mais aussi la séduction et le vice. László voit en lui une issue de secours, une porte d’entrée vers les retrouvailles de sa gloire passée en tant qu’artiste/architecte. Dans sa recherche d’un projet qui puisse lui rapporter dignité et confiance, il se perd en tant qu’homme et en tant qu’époux. Les gros plans réguliers, capturant son visage et ses expressions, soulignent ses combats intérieurs et créent une forte proximité émotionnelle avec ce personnage tourmenté.

Adrien Brody et Guy Pearce dans The Brutalist de Brady Corbet – Crédits Crédits A24/Courtesy Everett Collection
C’est à travers le viol qu’il subit par Harrison que la perversion du système prend tout son sens : un système qui le prend subtilement au piège, le brise alors qu’il se trouve être vulnérable, puis le laisse pour mort, du moins psychologiquement. C’est abject, c’est injuste, c’est une autre facette de la société capitaliste. Là est peut-être également la faiblesse d’écriture du personnage de Guy Pearce. Il manque quelque peu de nuances, représentant un archétype trop classique du prédateur puissant et manipulateur. Son côté charmeur ne dupe personne et il est assez évident que son vrai visage cynique et pervers sera dévoilé tôt ou tard, laissant ainsi peu de place à l’imprévisible.
Le format 70 mm pour lequel a opté Brady Corbet, associé à la durée du film qui peut en rebuter plus d’un, assure une immersion totale et une sensation accrue de profondeur et de réalisme. The Brutalist est une expérience visuelle, auditive et émotionnelle. La qualité de la narration est assez inégale, entre moments de grande intensité sensorielle et longueurs ralentissant l’intrigue. La fin ouverte offre matière à réflexion sur l’existence, l’espoir de rédemption et la résilience, mais beaucoup de questions demeurent sans réponses. Certains y trouveront peut-être leur compte, là où d’autres y verront plutôt une facilité scénaristique. À défaut de convaincre tout le monde, The Brutalist offre une expérience cinématographique complexe et intense de par la richesse des thématiques abordées.
Norane Chiali
- THE BRUTALIST
- Sortie salles : 12 février 2025
- Réalisation : Brady Corbet
- Avec : Adrien Brody, Felicity Jones, Guy Pearce, Joe Alwyn, Raffey Cassidy, Stacy Martin, Isaach de Bankolé, Alessandro Nivola, Jonathan Hyde, Peter Polycarpou
- Scénario : Brady Corbet et Mona Fastvold
- Production : Brady Corbet, Nick Gordon, D. J. Gugenheim, Andrew Lauren, Trevor Matthews, Andrew Morrison, Brian Young
- Photographie : Lol Crawley
- Montage : Dávid Jancsó
- Décors : Judy Becker
- Costumes : Kate Forbes
- Musique : Daniel Blumberg
- Distribution : Universal Pictures
- Durée : 215 minutes

