Synopsis : Suite au décès de leur grand-mère, survivante de la Shoah, deux cousins entreprennent un voyage en Pologne sur les traces de leurs origines. Le voyage va raviver des tensions mais aussi leur permettre de resserrer leurs liens.
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Avec A Real Pain, Jesse Eisenberg signe son deuxième long-métrage après When You Finish Saving the World (2022), confirmant son intérêt pour les récits introspectifs. Connu avant tout comme acteur, notamment pour ses rôles dans The Social Network ou Retour à Zombieland, il s’impose comme un auteur-réalisateur à l’univers bien marqué. Il réalise ici une œuvre singulière qui navigue entre légèreté et profondeur, un équilibre surprenant compte tenu des thèmes abordés : la Shoah, les troubles psychologiques, le deuil… À travers le périple de deux cousins d’origine juive en Pologne, sur les traces de leur histoire familiale et collective, le film interroge la manière dont les individus portent et transmettent la mémoire, tout en peignant un portrait touchant des douleurs personnelles. Loin du drame solennel auquel un tel sujet pourrait donner lieu, Eisenberg adopte une approche plus intime et décalée, portée par une bande originale empreinte de douceur, à savoir les compositions du musicien polonais Frédéric Chopin. La musique vient teinter le récit de mélancolie, sans que le film ne s’enlise dans une gravité pesante. Benji (Jesse Eisenberg) et David (Kieran Culkin) incarnent deux rapports opposés à l’émotion et au deuil. Benji est un personnage instable et imprévisible, à la fois attachant et déstabilisant. Il ne travaille pas, vit chez sa mère et se caractérise par sa grande sensibilité, sans filtre ni retenue. Il se sent toujours forcé d’exprimer tout ce qu’il ressent avec une intensité souvent embarrassante. Face à lui, David est un père de famille introverti, complaisant, qui refoule ses émotions et déteste la confrontation. La dynamique de leur relation oscille entre affection et agacement, proximité et distance. Engagés dans un voyage qui les confronte au poids du passé, leurs réactions souvent antipodiques s’entrechoquent, jusqu’à l’inévitable explosion.

Jesse Eisenberg et Kieran Culkin dans A real pain de Jesse Eisenberg / Crédits photo Searchlight pictures
Le film est audacieux dans sa manière de désacraliser la douleur héritée de la Shoah. Benji refuse de se plier au traitement souvent froid et solennel de cette tragédie. Il rejette l’idée d’un devoir de mémoire rigide, figé dans la tristesse. Au contraire, il cherche à rendre cette mémoire plus vivante, plus incarnée, quitte à bousculer les conventions et à heurter certaines sensibilités. Sa démarche, maladroite mais empreinte d’humanité, brise la distance émotionnelle imposée par la solennité et permet aux autres participants du voyage de se réapproprier cette mémoire à leur manière. Benji rappelle que le souvenir ne se traduit pas forcément par les larmes ou le silence, mais par l’engagement sincère du cœur.
En explorant le passé de leur grand-mère, Benji et David ne renouent pas seulement avec l’Histoire, mais aussi avec eux-mêmes. Leur relation, marquée par une affection sincère mais aussi des non-dits et des tensions, évolue au fil du voyage. Les disputes, les silences et les moments de complicité dessinent une relation crédible, où l’amour fraternel se manifeste autant dans les conflits que dans les instants de tendresse. Ce voyage est un processus de reconstruction : renouer avec le passé permet aussi d’envisager un avenir plus apaisé.
L’interprétation de Kieran Culkin, fraîchement récompensé par l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle, est l’un des points forts du film. Il apporte à David une profondeur émotionnelle subtile, jouant entre froideur et vulnérabilité. Ses regards en particulier en disent long sur les démons intérieurs qui l’habitent. Il forme un tandem complémentaire avec un très bon Jesse Eisenberg, plus posé et discret.
A Real Pain apporte une réflexion sur la façon dont peut être portée et transformée la douleur, qu’elle qu’en soit la forme. Avec une approche mêlant humour, émotion et sensibilité, Jesse Eisenberg crée une œuvre chaleureuse et humaine, emmenée par deux excellentes interprétations.
Norane Chiali
- A REAL PAIN
- Sortie salles : depuis le 26 février 2025
- Réalisation et Scénario : Jesse Eisenberg
- Avec : Jesse Eisenberg, Kieran Culkin, Will Sharpe, Jennifer Grey, Kurt Egyiawan, Liza Sadovy, Daniel Oreskes, Ellora Torchia
- Production : Jennifer Semler, Ewa Puszczynska, Emma Stone, Dave McCary et Ali Herting
- Photographie : Michal Dymek
- Montage : Robert Nassau
- Décors : Mela Melak
- Costumes : Malgorzata Fudala
- Musique : Tzvi Erez
- Distribution : The Walt Disney Company France
- Durée : 1 h 30

