Synopsis : Alors que Cécile s’apprête à ouvrir son propre restaurant gastronomique, elle doit rentrer dans son village natal suite à l’infarctus de son père. Elle recroise par hasard Raphaël, son amour d’enfance. Ses souvenirs ressurgissent alors et des doutes la saisissent.
♥♥♥♥♥
Avec Partir un jour, présenté en ouverture de cette 78e édition du Festival de Cannes, Amélie Bonnin signe un premier long-métrage attachant et audacieux, qui mêle comédie dramatique et comédie musicale sur fond de chansons populaires des années 1990. Une proposition singulière portée par une Juliette Armanet à la fois fragile et lumineuse. Elle interprète Cécile, une cheffe parisienne enceinte qui revient dans son village natal après que son père (Philippe Rebbot) a été hospitalisé en urgence. Ce retour inattendu la confronte à son passé, à sa famille et à son amour de jeunesse, Raphaël (Bastien Bouillon), qu’elle n’avait pas revu depuis des années. Très vite, le passé ressurgit, aussi bien dans les mots que dans les mélodies : les personnages expriment leurs sentiments à travers des chansons pop françaises de leur adolescence, reprises à la manière d’un jukebox émotions. Le film s’ancre dans une nostalgie revendiquée, celle d’une époque marquée par les tubes de Lââm, Tragédie, ou 2be3, et dont Partir un jour, chanson-titre du film, devient un fil conducteur à la fois ironique et émouvant. Amélie Bonnin, qui adapte ici son propre court-métrage multi-récompensé, ose un mélange peu commun dans le cinéma français : faire du karaoké populaire un vecteur dramatique. Le film assume ses références, mais ne s’y noie pas. Il fait des tubes une langue universelle. Ce pari d’abord déstabilisant finit par séduire grâce à une mise en scène délicate et pudique, laissant la place à l’émotion. La réalisatrice propose en réalité une réflexion subtile sur la mémoire affective, celle que les chansons pop imprègnent en nous. Ces instants musicaux ne surgissent jamais sans raison : ils décrivent les faiblesses, les regrets, l’amour qui n’arrivent pas à être exprimés.
La chanteuse Juliette Armanet, dans son premier grand rôle au cinéma, étonne par sa justesse et sa présence. Sans surjouer, elle incarne cette femme touchante, hésitante, fatiguée, mais encore capable de rêver. Face à elle, Bastien Bouillon est un Raphaël sensible, à la virilité douce, et leur complicité fonctionne. Ce lien passé semble sincère, avec une tendresse ayant survécu aux années.
Partir un jour n’est pas seulement une romance. C’est aussi un film sur le retour aux sources, l’attachement et la transmission entre les générations. Dans un décor familial un peu figé, les personnages tentent de se réinventer, d’avancer tout en embrasant leur passé. Le film n’échappe cependant pas à quelques faiblesses. Certains passages musicaux déséquilibrent quelque peu le rythme du récit. Le mélange des genres crée parfois un flottement, malgré le charme qu’il confère à cette expérimentation.
Il reste un film audacieux. Il y a dans cette première œuvre une forte tendresse, un désir de faire du cinéma qui parle au plus grand nombre, à travers l’outil rassembleur de la musique. Sans nostalgie ni cynisme, juste un lien invisible entre passé et présent.
Norane Chiali
- PARTIR UN JOUR
- Sortie salles : depuis le 14 mai 2025
- Réalisation : Amélie Bonnin
- Avec : Juliette Armanet, Bastien Bouillon, François Rollin, Tewfik Jallab, Dominique Blanc, Mhamed Arezki, Pierre-Antoine Billon, Amandine Dewasmes…
- Scénario : Amélie Bonnin et Dimitri Lucas
- Production : Sylvie Pialat, Benoît Quainon, Bastien Daret, Arthur Goisset, Robin Robles
- Photographie : David Cailley
- Montage : Héloïse Pelloquet
- Décors : Chloé Cambournac
- Costumes : Julie Miel
- Musique : Pauline Rambeau de Baralon, Keren Ann, Thomas Krameyer, Germain Izydorczyk, Théo Kaiser, Emma Prat, Chilly Gonzales
- Distribution : Pathé Films
- Durée : 1 h 38

