Pionnier du docu-fiction et figure radicale du cinéma d’engagement, le metteur en scène s’est éteint après une carrière consacrée à interroger les médias, la guerre et les rapports de pouvoir.
Peter Watkins est décédé à l’âge de 90 ans à Bourganeuf dans la Creuse. Né le 29 octobre 1935 à Norbiton (Surrey, Angleterre), il entreprend des études à la Royal Academy of Dramatic Art et débute dans la publicité et les courts-métrages amateurs avant d’intégrer l’unité documentaire de la BBC au début des années 1960.
Très tôt, il développe une forme hybride mêlant fiction et documentaire, questionnant les formes et les usages des médias. Ses premiers travaux amateurs, comme Journal d’un soldat inconnu (1959) et Les Visages oubliés (1960), annoncent déjà ses thèmes de prédilection : la guerre, la domination et la manipulation.
Il se fait connaître avec Culloden (1964), une reconstitution en style « reportage moderne » de la bataille de 1746 qui marque un tournant : caméra mobile, acteurs non-professionnels, présentateur fictif à la télévision, tout y passe pour installer une impression de direct.
Peu après, il réalise The War Game (1966), titré français La Bombe, qui imagine les conséquences d’une attaque nucléaire en Grande-Bretagne : le film remporte l’Oscar du meilleur documentaire mais reste vingt ans interdit d’antenne au Royaume-Uni en raison de son réalisme jugé trop dérangeant. Watkins quitte alors l’Angleterre pour travailler à l’étranger comme en Suède, aux États-Unis, au Canada ou encore en France.
Sa filmographie compte notamment Privilege (1967), Punishment Park (1971), Edvard Munch (1973), Le Voyage (1988) et La Commune (Paris 1871) (2000). Ces œuvres partagent une approche critique : médias de masse, répression, opacité du pouvoir, manipulation collective. Il a aussi théorisé ce qu’il appelait le monoforme, à savoir la domination des formats médiatiques dans la fabrication du consensus.
Watkins a souvent été en marge de l’industrie, ses films étant longs, fréquemment rejetés, refusés ou partiellement diffusés. Néanmoins, son œuvre a influencé de nombreuses générations de cinéastes et de chercheurs en médias. Il s’était installé depuis plusieurs années en France et vivait dans la Creuse.
Sa mort marque la disparition d’un cinéaste hors-norme, resté fidèle à sa vision d’un cinéma-médium de dénonciation et de réflexion.
Norane Chiali
