Bastille Day de James Watkins : critique

Publié par Antoine Gaudé le 14 juillet 2016

Synopsis : Michael Mason, un pickpocket américain, devient l’homme le plus recherché par la CIA à Paris lorsqu’il vole ce qu’il croyait être un simple sac. Sean Briar, l’agent chargé de l’enquête, se rend rapidement compte que Michael n’est qu’un pion dans le vaste complot qui se prépare, et il le recrute pour remonter jusqu’à la source. Commence alors une course contre la montre, où les deux hommes vont devoir faire équipe pour déjouer les plans d’une puissante organisation dont ils sont désormais les cibles…

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Bastille Day - affiche

Bastille Day – affiche

Après deux premiers films d’horreur plutôt réussis (Eden Lake, La Dame en Noir), James Watkins poursuit sa carrière dans la série B en s’aventurant cette fois dans le film d’action situé en France. Bastille Day s’apparente davantage à un Taken qu’à un Jason Bourne. Visiblement peu habitué à tourner des séquences d’action (les toits de Paris), Watkins semble incapable de la moindre virtuosité tant au niveau du découpage que de la chorégraphie de corps en mouvement. Sans passion ni rythme, ces scènes semblent mort-nées. Les acteurs français sont aussi peu à l’aise avec la langue de Shakespeare et souvent ridicule dans la leur, tout en se débattant comme ils peuvent dans des décors honteux de banlieues. Autre problème, même si certains y parviennent, Bastille Day est conçu par un cinéaste britannique et interprété par des acteurs britanniques, lesquels incarnent tous des protagonistes américains. Difficile alors de voir autre chose que l’hégémonie exponentielle d’Hollywood sur le cinéma mondial, y compris lorsqu’il s’agit d’une petite série B produite en France. Bien que la CIA reste plus célèbre que le MI6 en termes d’inconscient collectif, il semblerait que pour Watkins et son coscénariste Andrew Baldwin, seul un américain soit dans la capacité physique de faire le « job » à Paris ou en Europe. Liam Neeson, Jason Statham, Gerard Butler et maintenant Idris Elba, tous ont fait leur classe dans des actioners estampillés Hollywood, mais semblent totalement déshériter de leur identité britannique. De manière plus profonde, il semble y avoir un véritable problème de renouvellement des générations aux États-Unis. Aucun acteur récent n’est manifestement en mesure de porter le cinéma d’action vers un nouveau cycle. Et lorsque les anciens ne pourront plus assumer ce type de rôle, comme Tom Cruise ou encore Matt Damon, sans parler de la famille des Expandables, l’actioner hollywoodien révèlera l’immensité de son désert.

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Bastille Day

Bastille Day

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Autre défaut majeur, l’écriture stéréotypée et grotesque des personnages. Il suffit seulement de les décrire pour se rendre compte de leur pauvreté typologique : Richard Madden (Game of Thrones) incarne un pickpocket – le « meilleur » selon lui – qui passe néanmoins ses soirées à voler des passeports de touristes japonais et le portefeuille de jeunes bourrés sur le parvis du Sacré-Cœur, pour ensuite les revendre à Barbès à des prix dérisoires. Idris Elba joue un agent de la CIA au lourd passé et aux méthodes plus que viriles avec les bad guys, en jouant davantage de la gâchette et des poings que des mots pour résoudre ses affaires. Charlotte Le Bon s’avère une anarchiste bobo trop niaise et naïve qui pose des bombes sans vouloir blesser personne. Et enfin, José Garcia se glisse dans la peau d’un ministre véreux et calculateur organisant la prochaine révolution française à des fins pécuniaires. Tout ce beau monde se contente du minimum sans jamais chercher à offrir cette petite dose de folie ou d’irrévérence propre aux meilleures séries B d’action. Tout y est trop cadenassé.

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Bastille Day

Bastille Day

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Pourtant, les auteurs ont injecté dans ce scénario éculé une dimension politique et allégorique inattendue. Ancré dans une actualité française anxiogène (menace terroriste, violence policière, débordements pendant les manifestations), Bastille Day renvoie étrangement à des événements tragiques et traumatiques encore bien présents dans l’imaginaire français. Il y est question de corruption politique, d’incitation à la haine raciale, de ville en pleine implosion et de surenchère médiatique via les réseaux sociaux et les chaînes d’infos. Quasi prophétique et donc potentiellement horrifique, le film fait preuve d’une vision extrêmement dure et réaliste. Bien que la fiction finisse par reprendre ses droits enchaînant les retournements de situations pénibles, la vision de certaines images (explosion dans un lieu public, passage à tabac relayé sur internet, actualités en boucle) hante profondément nos esprits longtemps après la vision du film. C’est la bonne idée de Bastille Day : avoir su politiser son sujet par des images marquantes, parfois déplacées ou inappropriées. Cette capacité à produire de petites « anomalies » doit conserver à tous prix la série B pour ne pas perdre charme et intérêt…

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Antoine Gaudé

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  • BASTILLE DAY de James Watkins en salles depuis le 13 juillet 2016.
  • Avec : Idris Elba, Richard Madden, Charlotte Le Bon, Kelly Reilly, José Garcia, Thierry Godard, Vincent Londez, Arieh Worthalter
  • Scénario : James Watkins, Andrew Baldwin
  • Production : Philippe Rousselet, Steve Golin, Bard Dorros, David Kanter, Fabrice Gianfermi
  • Photographie : Tim Maurice-Jones
  • Montage : Jon Harris
  • Décors : Paul Kirby
  • Costumes : Guy Speranza
  • Musique : Alex Heffes
  • Distribution : StudioCanal
  • Durée : 1h30

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