Synopsis : Le luxe et le calme d’un voyage en Orient-Express est soudainement bouleversé par un crime. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une course contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau.

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Le Crime de lOrient-Express de Kenneth Branagh - affiche

Le Crime de l’Orient-Express de Kenneth Branagh – affiche

Ce n’est pas Ratchett qui est lardé de coups de poignard par une douzaines de passagers qui veulent se venger d’un crime sordide dans le train, mais bien le spectateur par Kenneth Branagh, en découvrant cette nouvelle version insipide d’un des romans les plus populaires d’Agatha Christie. L’adaptation du Crime de l’Orient-Express par Sidney Lumet en 1974, gagnant d’un Oscar sur six nominations, servait un propos, une intrigue et un suspense grâce à une mise en scène maîtrisée, un casting prestigieux, une photographie léchée et une musique immersive. Il a su orchestrer le mystère dans l’espace exigu de ce train grand standing, avec style et élégance. Le remake de Branagh, après sa réinterprétation trop traditionnelle de Cendrillon, se fourvoie sur le terrain des refontes actuelles à Hollywood. Le cinéaste répond à un cahier des charges qui ne sert donc plus un propos mais des effets esthétiques superficielles au détriment de l’histoire. Le faste de Lumet laisse ici place a de la breloque en toc. Les costumes ont perdu le chic et le casting ne tient pas le rang de celui de Lumet. On passe sur le téléfilm anglais en 2010, avec David Suchet dans le rôle. De ce Crime de l’Orient-Express, il n’en reste donc plus grand-chose, seulement un Branagh qui s’exhibe devant et derrière la caméra, avec cette moustache grotesque qu’on a envie de cisailler pendant deux heures. Sa mise en scène est pédante, étalant toutes les techniques possibles de cinéma. Au lieu de rafraîchir le récit d’Agatha Christie paru en 1934, Branagh s’encroûte avec des éléments poussiéreux. Hercule Poirot, le fin limier belge, se révèle ici sans attrait ni relief. Une figure qui se targue sans cesse d’être le plus grand détective du monde, un génie de la déduction, avec ses monologues dramatiques sur l’équilibre des choses, et bazarde les personnages autour.

 

Le Crime de lOrient-Express - Kenneth Branagh

Kenneth Branagh – Le Crime de l’Orient-Express

 

Branagh théâtralise. Mais Le Crime de l’Orient-Express, contrairement aux drames shakespeariens qu’il a réalisé (Hamlet, Henry V,…), ne se résume pas seulement à un personnage mais sert aussi une histoire dramatique qu’il relègue au second plan. Branagh préfère se regarder jouer et filmer, sans doute pour camoufler l’inconsistance du scénario, pourtant écrit par Michael Green (Blade Runner 2049, Logan). Il en résulte une oeuvre vaniteuse, dénuée de style, de suspense et de glamour, à l’image des décors et des effets numériques artificiels. Ce Crime de l’Orient-Express verse aussi dans le mélo, appuyé par une musique omniprésente qui contraint à l’émotion. Si Lumet nous plongeait dans une froideur palpable et réelle, Branagh nous sert des scènes extérieures où Poirot et Mary Debenham (Daisy Ridley) prennent le thé et discutent des heures comme s’il faisait 30 degrés. Zéro suspense donc pour ce train luxueux bloqué dans les montagnes enneigées.

 

Pourtant, ces deux histoires ont en commun l’enlèvement d’une enfant, qui évoquait l’affaire du bébé Lindbergh de 1932, un crime sordide. Ce qui en résulte ici ne l’est pas. Branagh passe trop de temps à vouloir montrer ses mouvements de caméra et son personnage d’une intelligence extraordinaire. Mais refaire un film dont l’histoire dépend de sa révélation, qui n’est plus surprenante aujourd’hui, aurait nécessité plus de jugeote, même pour la nouvelle génération gavée à la pâle copie. Tout est superficiel ici, à l’image de cette ultime scène au bout d’un tunnel de chemin de fer, où tous les personnages sont réunis comme dans la Cène, en lieu et place du wagon-restaurant.

 

Le crime de lOrient Express - Kenneth Branagh et Daisy Ridley

Kenneth Branagh et Daisy Ridley – Le crime de l’Orient-Express

 

Quant à sa distribution all stars, c’est à se demander qui est le plus fade et sous-exploité. Car Branagh poignarde aussi son casting. Mais comment passer derrière Albert Finney, Laurent Baccall, Ingrid Bergman, Jean-Pierre Cassel, Anthony Perkins, Wendy Hiller, Sean Connery, Jacqueline Bisset, Vanessa Redgrave, Michael York, Martin Balsam… Michelle Pfeiffer reste captivante mais loin de la performance exubérante de Baccall en Mrs Hubbard. Penelope Cruz est inexistante, surtout comparée à la prestation de Bergman en névrosée religieuse qui a raflé à l’époque l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Judi Dench en princesse Dragomiroff ne sert pas à grand-chose non plus. Ou peut-être est-ce Johnny Depp en Ratchett, le visage strié de cicatrices transformant ce vil homme d’affaires en mauvais gangster à la petite semaine ? Aucun des passagers de ce train n’a d’importance car Branagh n’en a que pour lui. Ne reste alors de cette version tournée en 65mm gaspillée que l’envie de revoir celle de Sidney Lumet.

 

 

 

  • LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS (Murder on the Orient Express)
  • Sortie salles : 13 décembre 2017
  • Réalisation : Kenneth Branagh
  • Avec : Kenneth Branagh, Michelle Pfeiffer, Daisy Ridley, Penélope Cruz, Willem Dafoe, Judi Dench, Johnny Depp, Tom Bateman, Lucy Boynton, Olivia Colman, Josh Gad, Manuel Garcia-Rulfo, Derek Jacobi, Marwan Kenzari, Leslie Odom Jr., Sergei Polunin
  • Scénario : Michael Green, d’après Le Crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie
  • Production : Kenneth Branagh, Mark Gordon, Judy Hofflund, Simon Kinberg, Michael Schaefer, Ridley Scott
  • Photographie : Haris Zambarloukos
  • Montage : Mick Audsley
  • Décors : Jim Clay
  • Costumes : Alexandra Byrne
  • Musique : Patrick Doyle
  • Distribution : 20th Century Fox
  • Durée : 1h54

 

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