Synopsis : Quatre personnages sont touchés par la toxicomanie. A mesure que leurs dépendances les emprisonnent dans un monde d’illusions et de désespoir, leurs états physiques et émotionnels se dégradent.
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Il est des films qui ne vieillissent pas tant leur intensité résiste fermement au temps. Requiem for a Dream, ressorti sur grand écran à l’occasion de la rétrospective de la filmographie de Darren Aronofsky à la Cinémathèque française, appartient à cette catégorie d’œuvres qui n’ont jamais vraiment quitté l’imaginaire collectif. Non pas en raison d’une douce nostalgie, mais plutôt à cause de cette lourde sensation d’avoir assisté, il y a vingt-cinq ans aujourd’hui, à une forme d’effondrement. Celui de corps abîmés, d’illusions collectives, et d’un rêve américain éventré. Sorti en 2000, le film de Darren Aronofsky à d’emblée pris la forme d’un uppercut visuel et sonore. Adapté du roman de Hubert Selby Jr., Requiem for a Dream raconte la descente aux enfers de quatre personnages : Harry (Jared Leto), sa mère Sara (Ellen Burstyn), sa petite amie Marianne (Jennifer Connelly) et son ami Tyrone (Marlon Wayans). Ils sont tous aspirés par différentes formes d’addictions, allant de l’héroïne à plus insidieux comme la télévision, l’obsession de la minceur ou la reconnaissance sociale. Au lieu de s’inscrire dans un réalisme social traditionnel, le film mise sur une mise en scène très stylisée pour faire ressentir la transe, l’euphorie, puis la chute. Ce qui est frappant au revisionnage, c’est à quel point Aronofsky, alors jeune cinéaste auréolé du succès de Pi, parvient à trouver un certain équilibre entre l’expérimentation formelle et l’émotion brute. Les split-screens, montages frénétiques, zooms hallucinés, plans en accéléré, tout semble pensé pour faire vivre l’addiction de l’intérieur. Le film développe une esthétique marquante, faite de répétitions visuelles et sonores, avec notamment les fast cutting qui traduisent l’obsession et la spirale de l’addiction. Si cette approche a pu être critiquée à l’époque pour son esthétisation de la douleur, elle est maintenant reconnue comme d’une efficacité redoutable, sans se cacher derrière la pudeur.
En l’an 2000, les États-Unis entrent dans une nouvelle décennie avec l’illusion d’une prospérité post-Clinton, bercés par la bulle Internet, avant l’effondrement du 11 septembre. C’est une Amérique guidée par une quête d’idéaux, fascinée par la transformation de soi et par la télévision comme vecteur de rêve, thématique centrale dans le parcours tragique de Sara Goldfarb. Son obsession de passer à la télé, de perdre du poids, de retrouver un idéal de vie passé et perdu, incarnent une folie douce et universelle : celle de la réussite à tout prix, quitte à tout sacrifier. Il n’est pas anodin que la critique la plus violente du film porte davantage sur le conditionnement médiatique, la solitude sociale et l’obsession de la perfection.
À sa sortie, Requiem for a Dream a suscité des réactions ambivalentes. Présenté hors compétition à Cannes en 2000, il choque, fascine, divise. Aux États-Unis, il hérite d’une interdiction aux moins de 17 ans, freinant sa diffusion en salle. La performance de Ellen Burstyn (Interstellar, Pieces of a woman, L’Exorciste), est unanimement saluée : elle recevra une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice. En France, les critiques oscillent entre admiration pour la radicalité et gêne devant la violence graphique. Avec le temps, le film est devenu culte, notamment chez les jeunes générations qui y ont vu un cri contre toutes les formes d’aliénation, et un avertissement autant qu’un miroir.
Aujourd’hui, dans une société encore plus saturée de contenus, de réseaux sociaux et de promesses, Requiem for a Dream n’a rien perdu de sa pertinence. Le rêve américain s’est mondialisé, ainsi que ses cauchemars. Les figures de Sara, Harry, Marianne et Tyrone résonnent peut-être plus que jamais avec notre époque, où la dépendance n’est plus seulement chimique, mais numérique et performative. Si le film est toujours aussi percutant c’est parce qu’il montre que l’addiction n’est pas seulement un problème personnel, mais le symptôme collectif d’une société aveuglée.
Pour fêter ses 25 ans, Requiem for a Dream revient en salles dans une version 4K restaurée, offrant ainsi une nouvelle opportunité de revisiter l’œuvre choc de Darren Aronofsky. La projection, prévue à partir du 9 avril 2025, sera accompagnée d’une édition en DVD et Blu-ray. Cet anniversaire coïncide avec une rétrospective consacrée au réalisateur à la Cinémathèque française du 2 au 9 avril 2025. L’occasion de redécouvrir ce chef-d’œuvre, au style visuel et sonore inoubliable.
Norane Chiali
- REQUIEM FOR A DREAM
- Ressortie salles + Blu-ray 4K UHD : 9 avril 2025
- Réalisation : Darren Aronofsky
- Avec : Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly, Marlon Wayans, Christopher McDonald, Louise Lasser, Mark Margolis, Susan Peretz, Gloria Reuben, Keith David…
- Scénario : Hubert Selby Jr. et Darren Aronofsky
- Production : Eric Watson et Palmer West
- Photographie : Matthew Libatique
- Montage : Jay Rabinowitz
- Décors : James Chinlund
- Costumes : Laura Jean Shannon
- Musique : Clint Mansell
- Distribution : Les Acacias
- Durée : 1 h 42
- Sortie initiale : 27 octobre 2000 (États-Unis) – 21 mars 2001 (France)


