La plateforme d’intelligence artificielle Showrunner, soutenue par Amazon, va utiliser comme test ces 43 minutes perdues et reconstituées de La Splendeur des Amberson, longtemps considéré comme une œuvre mutilée depuis sa version originale.
Réalisé par Orson Welles en 1942, La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) était prévu en version longue de 131 minutes. Après des projections tests négatives, le studio RKO coupa le montage à 88 minutes, changea la fin, et détruisit les négatifs des scènes supprimées.
Welles, n’ayant pas conservé les droits du montage final, quitta le projet et déclara par la suite avoir été “absolument trahi” par le studio, qui réécrivit l’issue du film sans son consentement.
Pour mémoire, ce chef-d’œuvre est tiré du roman de Booth Tarkington (Prix Pulitzer) sur une famille du Midwest en déclin.
Selon The Hollywood Reporter, la plateforme de streaming d’intelligence artificielle Showrunner, dirigée par Edward Saatchi, patron et fondateur de studio Fable, ambitionne aujourd’hui de reconstruire le film durant deux ans, combinant techniques traditionnelles de tournage et intelligence artificielle.
Le cinéaste Brian Rose, déjà engagé depuis 2019 dans la reconstitution du film à travers l’animation et la modélisation 3D de 30 000 images manquantes, coordonne le projet en collaboration avec le spécialiste VFX, Tom Clive, passé par la société Metaphysic.
Showrunner prévoit des séquences tournées avec des acteurs en direct, retravaillées par IA pour faire apparaître les anciens comédiens du film original à travers l’échange de visages (face-swapping) et correspondre à leur jeu et aux mouvements de caméra documentés.
Warner Bros. Discovery détient les droits de La Splendeur des Amberson. Showrunner ne pourra donc pas commercialiser cette reconstitution, mais va utiliser ce travail à des fins démonstratives ou académiques. Edward Saatchi affirme que l’objectif est avant tout culturel : permettre au public et aux experts d’avoir une idée sur « ce que Welles aurait pu faire » si son montage original avait survécu.
Le projet suscite un débat passionné : certains accueillent cette initiative comme un hommage filmique, tandis que d’autres y voient une instrumentalisation publicitaire de l’IA utilisant un artiste disparu pour légitimer la technologie.
Variety rapporte de son côté que la succession d’Orson Welles à très vite vivement réagi, jugeant l’initiative « décevante ». Les ayants droit affirment ne pas avoir été consultés et dénoncent une tentative de capitaliser sur le génie créatif de Welles sans leur accord.
Ils rappellent que l’IA, bien qu’« inévitable », ne pourra jamais remplacer l’intuition créative humaine : la reconstitution de la Splendeur des Amberson demeure selon eux un « exercice mécanique » dépourvu de la pensée novatrice et de la vision artistique qui faisaient la singularité de Welles.
Affaire à suivre !
Anne-Gaëlle David

