Synopsis : Clarissa, romancière en panne d’inspiration, rejoint une résidence d’artistes prestigieuse équipée des dernières technologies. Elle y rencontre Dalloway, son assistante virtuelle, qui devient vite un soutien précieux, voire une confidente. Mais lorsque l’IA commence à se montrer intrusive, et qu’un autre résident l’alerte sur de possibles manipulations, Clarissa bascule dans un climat de paranoïa : simple délire ou menace bien réelle ?
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Avec Dalloway, Yann Gozlan poursuit dans la veine du thriller psychologique et technologique qu’il avait brillamment abordée avec Boîte noire. Cette fois, il transpose les inquiétudes liées à l’intelligence artificielle dans les coulisses de la création artistique. Le film, adapté du roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay, installe un climat de tension diffuse où s’entremêlent solitude, dépendance et suspicion. Cécile de France incarne Clarissa, une écrivaine en perte de vitesse, acceptée dans une résidence d’artistes high-tech qui promet un environnement propice à l’inspiration. L’architecture moderniste, aux lignes pures et froides, devient d’emblée un personnage à part entière : derrière ses vitres immaculées et ses espaces parfaitement contrôlés, on devine une surveillance constante. Gozlan filme ces lieux comme un cocon aseptisé qui glisse progressivement vers la cage dorée. C’est dans ce cadre que Clarissa fait la rencontre de Dalloway, une assistante virtuelle aux capacités quasi illimitées. Mais ce qui frappe d’abord le spectateur, c’est la voix choisie : Mylène Farmer prête son timbre à l’IA, offrant au personnage une dimension unique. Sa diction douce, reconnaissable entre toutes, oscille entre réconfort et étrangeté. Peu à peu, ce qui pouvait sembler une aide devient une présence intrusive. La voix, omniprésente, envahit l’espace mental de Clarissa comme une musique de fond qu’on ne peut plus éteindre.
Le film installe un jeu d’équilibre subtil : Dalloway est-elle vraiment menaçante ou Clarissa projette-t-elle ses angoisses dans une relation artificielle ? Pour brouiller encore davantage les repères, un autre résident, incarné par Lars Mikkelsen, alerte l’écrivaine sur les dangers de cette technologie. Mais ses discours paranoïaques apparaissent eux-mêmes suspects, plongeant Clarissa et le spectateur dans un double vertige : qui croire, l’IA trop bienveillante ou l’homme trop alarmiste ?
La mise en scène privilégie les signes discrets plutôt que l’esbroufe. Un écran qui s’allume seul, un micro-silence trop long dans la voix de l’IA, une caméra de surveillance en arrière-plan : autant de détails qui alimentent le sentiment d’inquiétude. Philippe Rombi signe une partition musicale obsédante, jouant sur les nappes électroniques et les dissonances pour renforcer l’impression de malaise. À l’instar de Boîte noire, Gozlan se plaît à construire une atmosphère paranoïaque, où l’on ne distingue plus clairement le réel de l’imaginaire.
Cécile de France porte le film avec intensité. Son interprétation tout en retenue, faite de regards perdus, de gestes nerveux, de silences prolongés, rend palpable l’état de doute et d’isolement de son personnage. Elle incarne une femme partagée entre le besoin de soutien et la peur de perdre son autonomie. Face à elle, la voix de Mylène Farmer devient un véritable partenaire de jeu : envoûtante, parfois amicale, parfois troublante, elle installe une tension permanente et donne une identité forte au film.
Présenté en avant-première à la Séance de minuit du Festival de Cannes, le film a suscité des réactions contrastées. Certains ont salué l’intensité dramatique et le choix audacieux de Mylène Farmer, d’autres ont regretté une intrigue prévisible et surchargée. Mais tous s’accordent sur un point : Dalloway ne laisse pas indifférent. Il agit comme un miroir de nos inquiétudes contemporaines, face à un futur où la frontière entre assistance et manipulation devient toujours plus fragile.
Jigisha Leclair
- DALLOWAY
- Sortie salles : depuis le 17 septembre 2025
- Réalisation : Yann Gozlan
- Scénario : Nicolas Bouvet-Levrard, Thomas Kruithof, Yann Gozlan (d’après le roman Les Fleurs de l’ombre de Tatiana de Rosnay)
- Avec : Cécile de France, Mylène Farmer, Lars Mikkelsen, Anna Mouglalis, Freya Mavor, Frédéric Pierrot, Douglas Grauwels…
- Production : Nicolas Altmayer, Eric Altmayer
- Photographie : Manu Dacosse
- Montage : Valentin Féron
- Décors : Pascal Le Guellec
- Costumes : Emmanuelle Youchnovski
- Musique : Philippe Rombi
- Distribution : Gaumont
- Durée : 1 h 50


