Synopsis : Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?
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Grand habitué du Festival de Cannes dont il a présidé le jury en 2017, Pedro Almodóvar est déjà détenteur d’un Prix de la mise en scène remporté en 1999 pour Tout sur ma mère et d’un Prix du scénario décerné à Volver en 2006. Pour sa septième sélection officielle en compétition, l’éternel candidat malheureux à la Palme d’or y présente son vingt-quatrième long-métrage. L’autoportrait semi-fictif dressé dans Douleur et gloire initiait un cycle introspectif sur la maturité d’un cinéaste au crépuscule de son œuvre, hanté par sa propre finitude. C’est ce même sillon labyrinthique que creuse Autofiction. Le Madrilène élit pour alter ego de fiction à peine dissimulé une gloire du cinéma sur le retour. La tragédie vécue par sa fidèle assistante nourrit une inspiration qu’il n’espérait plus. Au travers d’un personnage de réalisatrice “culte”, il s’invente à son tour un avatar féminin menant une vie de compromissions aux côtés d’un homme trophée muy caliente, rencontré sur l’un de ces tournages de films publicitaires auxquels elle dévoie son talent. Accablée de terrassantes migraines depuis le décès de sa mère, qui se muent en foudroyantes crises de panique, elle emprunte leurs malheurs aux amies en détresse se succédant tour à tour dans sa villa des Canaries, et en tire la matière d’un scénario de cinéma en gestation. Passé maître des intrigues à tiroirs dont il a fait sa signature, Almodóvar renoue avec le récit gigogne où les mises en abyme s’encastrent les unes dans les autres dans une grande fluidité narrative. Le cinéaste met en scène un réalisateur écrivant sur une pubarde accouchant elle-même d’un scénario, pour interroger les affres du processus créatif et la collusion entre réalité et fiction. C’est ainsi qu’à plusieurs reprises le texte dactylographié par Raúl vient s’incruster sur les plans d’Elsa à la façon de sous-titres, ses mots prenant vie en direct sous nos yeux.
C’est bien là l’une des rares idées à ne pas puiser parmi les motifs d’une grammaire almodóvarienne qui peine à sa réinventer. La mise en scène conserve toute son élégance, les décors demeurent aussi stylisés que les couleurs sont saturées, des parenthèses musicales habitées suspendent le récit, la muse Rossy de Palma fait même une apparition… Bref, Almodóvar sert du Almodóvar à qui veut. Seule la direction artistique de Pau Esteve se distingue, notamment à la faveur d’un plan somptueux où la fulgurance de serviettes de couleurs vives contraste avec le sable noir d’une plage volcanique qui s’étend à perte de vue.
Pour le reste, c’est son propre mal d’inspiration qu’interroge le metteur en scène obsédé par la perte du feu sacré. Dans cet exercice mélancolique de nombrilisme autosatisfait, le geste narratif tourne à vide. À force de mises en abyme, le détachement l’emporte sur l’émotion, laissant toute latitude à un ennui poli. C’est le complexe de la poupée russe dont on est toujours déçu de découvrir que la dernière des matriochkas finit par ne plus rien contenir.
Dans la pénultième scène, un sursaut d’autodérision évoque ces œuvres mineures engendrées par des cinéastes majeurs pour les besoins des plateformes. Le commentaire est d’autant plus grinçant qu’il n’est pas certain qu’Autofiction vaille beaucoup mieux.
Justine Autissier
- AUTOFICTION
- Sortie salle : depuis le 20 mai 2026
- Réalisation et scénario : Pedro Almodóvar
- Avec : Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit, Quim Gutiérrez, Rossy De Palma, Carmen Machi, Gloria Muñoz, Amaia Romero…
- Production : Agustin Almodóvar
- Photographie : Pau Esteve Birba
- Montage : Teresa Font
- Décors : Antxón Gómez
- Costumes : Paco Delgado
- Musique : Alberto Iglesias
- Distribution : Pathé Films
- Durée : 1 h 51

