Douleur et Gloire de Pedro Almodóvar : critique 

Publié par Sévan Lesaffre le 18 mai 2019

Synopsis : Un cinéaste prestigieux n’arrive plus à faire de films mais renoue soudainement avec son passé amoureux, professionnel et familial. Partagé entre ses souvenirs et son quotidien fait d’opiacés, parviendra-t-il à remonter la pente ?

 

♥♥♥♥

 

Douleur et Gloire - affiche

Douleur et Gloire – affiche

Pedro Almodóvar revient au Festival de Cannes avec Douleur et Gloire, film-confession à la fois pudique, gracieux et authentique sur un réalisateur en mal d’inspiration. Salvador Mallo, interprété par un bouleversant Antonio Banderas (Attache-moi !La Piel que habito), est un cinéaste vieillissant, solitaire, fragile et dépressif qui n’attache plus d’importance à sa gloire d’artiste. Renouant soudainement avec son ancien camarade Alberto, un acteur junkie campé par Asier Etxeandia (VelvetMa Ma), il est habité par la douleur : des souffrances physiques invalidantes, un passé qui le hante, une paralysie créatrice, l’enferment dans une mélancolie profonde qui n’est pas sans rappeler celle de Julieta. Tout d’abord, l’élégante mise en scène de Douleur et Gloire impressionne par sa retenue singulière et parvient à matérialiser un mal-être latent. Ici, tout est reflet. Comme Fellini, Almodóvar dessine en filigrane son autoportrait, confronte sa propre mortalité à la longévité de son œuvre et atteint un état méditatif. En effet, Douleur et Gloire, parsemé de flashbacks – le film s’ouvre d’ailleurs sur une jolie analepse –, raconte les souvenirs d’un homme diminué et profondément meurtri : les premiers émois, les amours passées, les idoles (Marilyn Monroe dans Niagara, Natalie Wood dans La Fièvre dans le sang) et lectures de jeunesse, la pureté des paysages ruraux et enfin l’absence d’une mère idéale (incarnée avec brio par Penélope Cruz).

 

Antonio Banderas - Douleur et Gloire

Antonio Banderas – Douleur et Gloire

 

Dans la vie de Salvador, fiction et réalité s’entrecroisent et se répondent, chaque expérience devenant une émotion douce, lyrique. Almodóvar fait la part belle au corps masculin : une splendide séquence conçue en images de synthèse répertorie les souffrances physiques de Salvador via un corps modélisé en 3D, le corps d’éphèbe d’Albañil est sublimé dans une scène laissant toute latitude aux suggestions érotiques… (la question du désir est d’ailleurs au cœur des personnages). Enfin, le cinéaste espagnol qui navigue entre les temporalités en trouvant le ton juste – l’approche est plus minimaliste, moins baroque –, insiste sur la dimension corporelle de la création.

 

Penelope Cruz - Douleur et Gloire

Penelope Cruz – Douleur et Gloire

 

Le spectateur retrouve avec bonheur l’esthétique brillante et toutes les figures de style d’Almodóvar : couleurs chatoyantes, photographie lumineuse, décors enchanteurs et impeccables ainsi que la puissance émotionnelle et la touche onirique apportées par la partition du fidèle Alberto Iglesias. Antonio Banderas, en parfait alter ego, décroche l’un des plus beaux rôles de sa carrière. Leonardo Sbaraglia, quant à lui, est très émouvant dans le rôle de l’amoureux d’autrefois. La séquence mettant en scène les retrouvailles des deux amants est particulièrement réussie. Le charme d’Almodóvar opère toujours ; il synthétise ici ses obsessions et livre une introspection touchante, délicate et subtile, preuve que le cinéma sublime toutes les douleurs. Habité par ses thèmes de prédilection, Douleur et Gloire, se hisse au sommet de sa filmographie et concourt pour la Palme d’or.

 

 

 

  • DOULEUR ET GLOIRE (Dolor Y Gloria)
  • Sortie : 17 mai 2019
  • Réalisation : Pedro Almodóvar
  • Avec : Antonio Banderas, Asier Etxeandia, Penélope Cruz, Leonardo Sbaraglia, Nora Navas, Julieta Serrano, Cecilia Roth, Raúl Arévalo, Asier Flores, César Vicente…
  • Scénario : Pedro Almodóvar
  • Production : Pedro Almodóvar, Augustín Almodóvar, Esther Garcia
  • Photographie : José Luis Alcaine
  • Montage : Teresa Font
  • Décors : Antxón Gómez
  • Costumes : Paola Torres
  • Musique : Alberto Iglesias
  • Distribution : Pathé Films
  • Durée : 1h53

 

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