Synopsis : Jim, icône sexy de la scène gay parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier follower (et premier admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède capable de guérir Jim et d’empêcher l’extinction de l’homosexualité…
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En sélection officielle en Séance de minuit au dernier Festival de Cannes, Jim Queen est le premier long-métrage réalisé par deux animateurs formés aux Gobelins, ayant collaboré au Chat du rabbin de Joann Sfar et Antoine Delesvaux. Il s’agit également de la première incursion sur grand écran du studio d’animation Bobbypills, à qui l’on doit la série Les Kassos. Aucune chaîne de télévision ni aucune plateforme de streaming n’a eu l’audace de se positionner sur son préachat. Cette production made in France a été financée par crowdfunding. À la décharge des diffuseurs dont on déplore la frilosité, Jim Queen tient de l’OQNI (Objet Queer Non Identifié). Formellement, la comédie d’animation 2D puise son inspiration irrévérencieuse dans l’outrance camp des cartoons pour jeunes adultes de la case Adult Swim (Rick et Morty, notamment). Sur le fond, son high concept assume la carte de la satire et du manifeste queer. Dans un Marais uchronique où règne l’homonormativité, Jim, influenceur fitness, évolue au sommet de la chaîne alimentaire. Contaminé par une IST extrêmement contagieuse ayant pour symptôme la mutation des gays en hétéros, Jim assiste – interdit – à la fonte de sa communauté de followers à mesure que ses dix-huit (!) abdos se percent tour à tour telles des alvéoles de papier bulle. Les règles du hors jeu au foot n’ont soudain plus de secrets pour lui, l’appel de la doudoune sans manche se fait de plus en plus irrésistible, et le plaisir prostatique menace de ne plus être qu’un lointain souvenir. L’hétéropositivité vire au cauchemar éveillé.
Au pied du podium d’une soirée gay, il fait la rencontre de son fan ultime et ultime fan : Lucien. Androgyne au coeur pur, l’éphèbe confine littéralement ses rêves queer dans un placard, à l’abri du regard de sa ministre de mère, Christine Bayer (croisement d’une célèbre figure de la Manif pour tous et du laboratoire à l’origine du scandale du sang contaminé). Ensemble, ils s’aventurent aux confins de la galaxie LGBTQIA+, en quête de l’antidote à la conversion naissante de Jim, autant qu’à l’apocalypse gay.
Si, sur le papier, Jim Queen peut sembler niche, sa structure narrative de jeu de piste vidéoludique emprunte au territoire universel du conte de fées. Héros candide mais valeureux animé d’une noble quête, marraine drag, love interest sous créatine, Gaystapo BDSM pour némésis, Bears anthropomorphes et autres chemsexeurs zombiesques en guise de tribus fantastiques, labyrinthe du Louvre comme contrée de cruising fabuleuse, gaydar conçu comme un superpouvoir, etc. Tous les tropes picaresques du merveilleux sont réunis.
Extrêmement référencé, jusque dans son casting de doubleurs issus du stand up LGBTQIA+ (Alex Ramires, Shirley Souagnon), de la scène drag (Harald Marlot), ou encore du porno gay (François Sagat), l’abattage de gags euphorisants prend soin de ne laisser personne sur le carreau, sans jamais verser dans la leçon de culture queer pour autant. La parité hétéros/gays au sein de la writers’ room n’est sans doute pas étrangère à ce savant équilibre…
Alors certes, le récit balisé peut paraître programmatique à certains endroits, et la romance entre Lucien et Jim peut sembler quelque peu catapultée, mais on ne boude pas son plaisir devant ce bijou d’animation à la saveur de bonbon acidulé.
Justine Autissier
- JIM QUEEN
- Sortie salle : 17 juin 2026
- Réalisation : Marco Nguyen et Nicolas Athané
- Voix : Alex Ramires, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon, Elisabeth Wiener, Harald Marlot, François Sagat, Alex Brik, Philippe Katerine
- Scénario : Simon Balteaux, Marco Nguyen, Nicolas Athané et Brice Chevillard…
- Production : David Alric et Arthur Delabays
- Montage : Ivy Buirette
- Décors : Matthieu Saghezchi
- Musique : Kirosen
- Distribution : The Jokers
- Durée : 1 h 25


