Le Chat du Rabbin Critique

Publié par Nathalie Dassa le 22 mai 2011

Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l’éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d’elle… même à faire sa bar mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de la loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l’aider, son chat commet le sacrilège d’invoquer l’Eternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d’une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale…

 

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L’adaptation cinématographique animée est à l’image de la bande dessinée de Joann Sfar : intelligente, subtile, drôle, poétique avec un dessin superbe, chaleureux et coloré d’après nature. Le scénariste, réalisateur et conteur parvient à redonner un nouveau souffle et un nouvel éveil à cette surprise qu’on a pu avoir en découvrant le premier tome paru chez Dargaud en 2002, ou – en ce qui me concerne, en supplément – avec le journal Libération le 30 juillet 2005, qui rendait hommage à un grand du Neuvième Art. Le Chat du Rabbin s’anime désormais au cinéma via une illustration traditionnelle gracieuse, faite à la plume et à l’encre de chine, qui se mêle à la modernité de la technologie 3D. Soucieux du détail et de la profondeur de champ, Joann Sfar matérialise sur grand écran les somptueux décors désertiques du Maghreb, des étendues infinies d’eau et du port d’Alger dans la casbah et joue avec les contrastes des effets du soleil. Ainsi ce créateur ingénieux et prolifique fait vivre ses personnages plongés dans cette capitale d’avant-guerre des années 1920, au travers de ce félin racé espiègle philosophico-talmudique, qui n’a pas sa langue dans la poche et s’exprime au travers de l’excellente interprétation vocale de François Morel. Joann Sfar se réinvente en gardant cette même liberté de ton par le biais du discours léger et accessible à tous, qui aborde les questions sensibles de la religion, de l’existence et du colonialisme.

 

 

Basé sur les différents volumes 1, 2 et 5, cette fable humaniste va donc au-delà de la culture religieuse juive et suit le voyage initiatique d’un juif (Maurice Bénichou) et d’un musulman (Mohamed Fellag) en quête de réponses aux mêmes questions, accompagnés d’un peintre russe pacifique, à la recherche d’une Jérusalem où l’Homme pourrait cohabiter sans discrimination, et d’un extrémiste nostalgique, fasciné par l’envie de tuer. Ensemble, ils traversent les terres d’Afrique pour « reprendre la route de l’imaginaire colonial et raconter l’universalité de la bêtise humaine ». On retrouve ici les thèmes universels évoqués dans l’univers de Sfar en général (de Klezmer au Petit Prince) et dans la série en particulier, distillés intelligemment dans ce film d’1h40 : la religion, l’amour, le racisme et l’antisémitisme, la différence, le colonialisme, les préjugés, l’éducation, la tolérance…

 

 

A l’instar de Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Le Chat du Rabbin de Joann Sfar et Antoine Delesvaux est une œuvre savoureuse, ambitieuse et créative construite de manière linéaire, qui renvoie à la conception des premiers dessins animés des studios Disney ou encore du Prince d’Egypte de DreamWorks. Le film garde une belle fluidité des mouvements grâce au jeu live des comédiens qui prêtent leurs corps et leurs voix aux différents personnages. Ainsi Maurice Bénichou en Rabbin Sfar avec son accent algérois, Fellag en Cheik Mohammed Sfar éclairé, Hafsia Herzi en magnifique et rebelle Zlabya, Jean-Pierre Kalfon en ténébreux Malka des Lions, Mathieu Amalric avec cette voix douce, calme et impassible pour incarner la fermeté du Prince du désert et enfin François Damiens représentant tout le cliché belge une fois au travers du Reporter Tintin. Tous interprètent de manière magistrale et pétillante ces personnages que l’on a suivis, enfermés dans leurs images et leurs bulles, jusqu’en 2006.

 

De Marjane Satrapi à Joann Sfar, cette génération d’artistes français contemporains, issus de l’univers de la bande dessinée, raconte leurs racines avec humour et tendresse, ses bouleversements et ses incohérences, ses mensonges et ses trahisons. Mais si le réalisateur césarisé pour Gainsbourg (vie héroïque) ne sort cette fois pas du cadre et adapte fidèlement sa série pour montrer les fréquentes absurdités de l’âme humaine, des croyances, des clichés, des certitudes et de la religion, il transmet avant tout un message simple qui est « d’aimer son prochain comme soi-même ».

 

 

 

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‘Le Chat du Rabbin’ de Joann Sfar et Antoine Delesvaux en salles le 1er juin, d’après la BD éponyme de Joann Sfar, adapté par Sandrina Jardel et Joann Sfar, avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou, Jean-Pierre Kalfon, Hafsia Herzi, Mathieu Amalric, François Damiens, Mohamed Fellag, Marguerite Abouet, Sava Lolov. Studio d’Animation : Banjo Studio. Musique : Olivier Daviaud. Distribution : UGC Distribution. Durée : 1h40.

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