Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale, Rosa est recrutée comme « goûteuse » pour le chef du parti nazi, Adolf Hitler. Trois fois par jour, la jeune femme et d’autres camarades doivent manger afin de s’assurer que la nourriture n’est pas empoisonnée. Chaque bouchée sera peut-être la dernière…
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Adapté du bestseller éponyme de Rosella Postorino, Les Goûteuses d’Hitler romance l’histoire vraie de Margot Wölk. À l’automne de sa vie, la nonagénaire soulagea sa conscience en révélant être l’unique survivante d’un groupe de jeunes femmes employées comme cobayes pour les besoins des repas du Führer, ses camarades d’infortunes ayant toutes été fusillées par l’Armée rouge à l’issue de la guerre. Cette production italienne dirigée en langue allemande est le tout premier drame d’époque de Silvio Soldini. Méconnu de notre côté des Alpes, le prolifique italien compte pourtant pas moins d’une vingtaine de réalisations à son actif. Automne 1943, les Soviétiques sont aux portes du Troisème Reich, les bombes de la Royal Air Force pleuvent sur Berlin, le régime nazi vit ses derniers mois. Orpheline de guerre, Rosa fuit sa capitale natale pour trouver refuge auprès des parents de son mari, envoyé sur le front russe. Sur place, elle découvre que le village de Prusse orientale qui l’accueille abrite également La Tanière du loup, forteresse forestière où Hitler se terre dans son bunker, dissimulé sous une épaisse couche de végétation. À peine a-t-elle posé ses valises que la voilà réquisitionnée avec six autres jeunes femmes du cru, sélectionnées pour leur santé robuste, afin de déguster les repas du Führer et le prémunir ainsi de tout risque d’empoisonnement. Sur le papier, le concept de loterie macabre en huis clos s’avère appétissant. D’autant que Soldini sait tirer parti de sa dualité de lieux : le QG nazi d’une part, le rustique corps de ferme des beaux-parents d’autre part. Dans la profondeur des bois, le réfectoire improvisé dégage autant de froideur qu’une salle d’interrogatoire, la cour d’école fait office de salle d’attente funeste à ciel ouvert entre deux bouchées de Damoclès, et les murs du dortoir de caserne ont des oreilles… De l’autre côté des barbelés, une chambre d’enfant spartiate entretient le souvenir d’un mari porté disparu, tandis qu’à l’abri des regards, la grange à foin renferme bien des secrets…
En adoptant le point de vue intime d’un microcosme féminin sacrifié sur l’autel de la guerre des hommes, le propos déploie par ailleurs la thèse brillante de la réduction des femmes à leurs ventres : un appareil génital conçu au choix comme dédié au plaisir masculin ou bien en tant que matrice de procréation, mais aussi un système digestif qu’on gave au péril de vies féminines dépourvues de valeur.
Dans l’exécution, en revanche, au-delà de l’inéluctable écueil d’un dispositif statique et redondant, les scènes de dégustation manquent cruellement de saveur. Hormis la pression exercée par les officiers-geôliers, prêts à braquer leurs fusils sur la tempe d’une goûteuse récalcitrante pour la contraindre à ingérer un plat de force, la mise en scène du rituel des repas peine à instaurer la tension paranoïaque nécessaire.
La guerre étant reléguée au hors champ, c’est donc aux sous-intrigues fictionnelles que revient la lourde tâche d’assaisonner le récit. Car cette communauté de femmes est animée de diverses dynamiques faites de sororité, de lâchetés, de compromissions et de trahisons en tous genres. Il en va ainsi d’un avortement pratiqué dans la plus grande clandestinité, d’une liaison secrète avec un lieutenant SS agent de la solution finale, ou encore de la confidence de la judéité cachée de l’une des goûteuses.
Malgré cet effort, une certaine tendance à la linéarité didactique prive la narration de toute forme d’aspérité. Point de salut non plus sur le plan formel, la reconstitution appliquée étant embarrassée d’une facture dont l’académisme n’autorise pas la moindre audace de cadrage. Reste toutefois la photographie de Renato Berta, dont l’élégant ton bleu-gris rappelle le rendu des photos couleurs d’époque, immortalisées sur pellicules Agfa.
Pour le reste, Les Goûteuses d’Hitler ne parvient jamais vraiment à sublimer son caractère anecdotique. On renvoie l’assiette sans l’avoir saucée.
Justine Autissier
- LES GOUTEUSES D’HITLER (Le assaggiatrici)
- Sortie salle : depuis le 20 mai 2026
- Réalisation : Silvio Soldini
- Avec : Elisa Schlott, Max Riemelt, Alma Hasun, Esther Gemsch, Jürgen Wink, Emma Falck, Olga Von Luckwald, Berit Vander, Kriemhild Hamann, Thea Rasche
- Scénario : Doriana Leondeff, Silvio Soldini, Cristina Comencini, Giulia Calenda et Ilaria Macchia
- Production : Lionello Cerri et Cristina Mainardi
- Photographie : Renato Berta
- Montage : Carlotta Cristiani et Giorgio Garni
- Décors : Paola Bizzarri
- Costumes : Marina Roberti
- Musique : Mauro Pagani
- Distribution : Destiny Films
- Durée : 2 h 03


