Silvio et les autres de Paolo Sorrentino : critique

Publié par Erica Farges le 2 novembre 2018

Synopsis : Il a habité nos imaginaires par la puissance de son empire médiatique, son ascension fulgurante et sa capacité à survivre aux revers politiques et aux déboires judiciaires. Il a incarné pendant vingt ans le laboratoire de l’Europe et le triomphe absolu du modèle libéral après la chute du communisme. Entre déclin et intimité impossible, Silvio Berlusconi incarne une époque qui se cherche, désespérée d’être vide.

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Silvio et les autres -affiche

Silvio et les autres – affiche

Loin du purement factuel, le huitième long-métrage de Paolo Sorrentino est un biopic qui propose davantage une réflexion sur ce que représente Silvio Berlusconi pour le peuple italien. Le cinéaste qui avait fait une apparition dans Le Caïman de Nanni Moretti dresse un portrait au style extravagant et flamboyant faisant ressortir la grandiosité abracadabrante de celui que l’on surnomme Il Cavaliere. Toni Servillo joue pour la cinquième fois sous la direction de Sorrentino et endosse le costume de Berlusconi, après avoir incarné Giulio Andreotti, politicien italien nommé sénateur à vie au début des années 1990 juste avant d’être enquêté pour ses liaisons supposées avec la mafia, dans Il Divo. Silvio et les autres peut être considéré comme la suite de Il Divo. En effet, la dernière réalisation du cinéaste s’inscrit dans la continuité chronologique de l’histoire du gouvernement italien avec la fin des dirigeants qui étaient connus seulement pour leurs fonctions étatiques et la naissance d’une « peopolisation politique ». À l’issue de l’opération Mani Pulite, celui qui est à la tête d’une des plus grandes fortunes du pays profite de l’occasion pour se présenter comme un politicien « hors-système » et crée le parti Forza Italia. Il promet une « Italie propre » avec la réussite de ceux qui le méritent. L’image de prospérité véhiculée par le personnage que construit Il Cavaliere autour de lui-même séduit de nombreux italiens. Comme une star, il alimente les potins mondains et devient un être mythifié que tous veulent approcher.

 

Silvio et les autres

Silvio et les autres

 

Mise en abyme sur une personnalité qui se donne en spectacle, la nouvelle œuvre de Sorrentino commence à l’aube du millénaire alors que Berlusconi vise son troisième mandat comme président du Conseil. Initialement projetée en deux parties d’environ 1h40, Loro 1 et Loro 2, certains passages sont coupés pour remonter l’ensemble dans la version internationale de 2h38. Pour la première fois depuis Les Conséquences de L’Amour, Paolo Sorrentino fut absent de la compétition cannoise, car le format binaire d’origine a rendu difficile sa projection au dernier Festival de Cannes. Cependant, Silvio et les autres est salué par la critique italienne qui le récompense d’un Ruban d’Argent pour son scénario coécrit par le réalisateur et Umberto Contarello. Elena Sofia Ricci reçoit le même prix dans la catégorie Meilleure Actrice grâce à sa performance parfaite dans le rôle de Veronica, l’épouse aussi aimée que délaissée du Caimano.

 

D’abord invisible à l’écran, le héros fantasmé est dans tous les esprits, mais mentionné du bout des lèvres, souvent par un mystérieux « Lui », son apparition physique signe le début d’un processus de démystification. L’ensemble est plutôt harmonieux et fluide, mais les nombreuses séquences de bunga bunga font un peu tourner à vide le long-métrage, laissant parfois bien ressentir les plus de 2h30. Pourtant, la succession frénétique de ces festivités se révèle extrêmement pertinente car elle semble dénoncer la vacuité sur laquelle est basée la légitimité politique de Sua Emittenza. Laissant découvrir les coulisses d’une grande mascarade, cette souveraineté en toc est signifiée par le non-sens des paroles répétitives de King Of My Castle, thème principal de la BO, et la miniature de château en plastique dans l’immense jardin de la villa sarde appartenant à Berlusconi.   

 

Toni Servillo - Silvio et les autres

Toni Servillo – Silvio et les autres

 

Dans les décors luxueux de Stefania Cella (La Grande Bellezza, This Must Be the Place) et la photographie éblouissante de Luca Bigazzi, directeur photo attiré de Sorrentino, Silvio et les autres dresse un portrait sulfureux monumental de l’homme politique que l’Italie a le plus aimé détester pour ensuite activement démonter les illusions clinquantes qui font l’aura légendaire du Cavaliere.

 

 

 

  • SILVIO ET LES AUTRES (LORO)
  • Sortie salles : 31 octobre 2018
  • Réalisation : Paolo Sorrentino
  • Avec : Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio, Kasia Smutniak, Euridice Axen, Fabrizio Bentivoglio, Dario Cantarelli, Anna Banaiuto, Roberto de Francesco, Roberto Herlitzka, Ricky Memphis, Alice Pagani, Giovanni Esposito, Ugo Pagliai, Yann Gael, Caroline Tillette, Michela Cescon
  • Scénario : Paolo Sorrentino et Umberto Contarello
  • Production : Francesca Cima, Nicola Giuliano, Viola Priestieri, Carlotta Calori, Ardavan Safaee, Muriel Sauzay, Jérôme Seydoux
  • Photographie : Luca Bigazzi
  • Montage : Cristiano Travaglioli
  • Décors : Stefania Cella
  • Costumes : Carlo Poggioli
  • Musique : Lele Marchitelli
  • Distribution : Pathé Films
  • Durée : 2h38

 

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