Synopsis : Peu avant le coup d’État chilien de 1973, deux agents de la CIA, Chris et Lee, sont envoyés de Santiago vers l’île de Pâques par leur supérieur, MJ. Au milieu des statues emblématiques de l’île, tandis que ces partenaires de longue date sont confrontés à leur sombre passé et aux complots en cours, Chris noue une relation avec deux étudiantes rebelles qui menace de faire basculer dans le chaos leur séjour dans ce paradis isolé…
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Martin McDonagh a décidément son rond de serviette à la Mostra de Venise. Déjà lauréat de deux Prix du meilleur scénario au titre du western contemporain Three Billboards et de la fable tragi-comique Les Banshees d’Inisherin, le dramaturge britanno-irlandais offre, avec son cinquième long-métrage, le véhicule idéal pour John Malkovich, honoré de la Coupe Volpi du Meilleur Acteur. Le compte à rebours pour le putsch imminent qui renversera la démocratie socialiste d’Allende étant lancé, deux agents de la CIA, qui l’ont largement fomenté, ont du temps à tuer. D’autant que les jours du plus vétéran des deux sont eux aussi comptés. Tandis qu’un cancer en phase terminale consume son enveloppe corporelle, une démence au stade précoce lui ronge les méninges. Sa dernière volonté ? Une ultime retraite palliative au large du Chili, sur la paradisiaque île de Pâques, afin d’y coucher ses mémoires sur le papier. Un projet pas vraiment du goût des Renseignements, quand on sait à quel point Chris Carlisle a fait et défait les régimes politiques de ce monde, au gré des ingérences impérialistes états-uniennes… Une bromance au sein d’un tandem bigénérationnel, un décor insulaire isolé propice à l’introspection, une mélancolie désabusée, des digressions triviales aux punchlines irrévérencieuses, etc. Tous les tropes récurrents de la grammaire mcdonaghienne sont convoqués dans cette savoureuse comédie noire, qui évoque les frères Coen jusque dans le casting de John Malkovich (qui interprétait déjà un analyste ingérable de la CIA rédigeant ses mémoires dans la parodie d’espionnage Burn After Reading), et le recours aux compositions de Carter Burwell, collaborateur fidèle de la fratrie.

John Malkovich, Sam Rockwell et Steve Buscemi dans Wild Horse Nine de Martin McDonagh / Crédits photo 20th Century Studios
Dans le décor volcanique de Rapa Nui, dont la cinégénie est sublimée par la photographie de Ben Davis, le sacré des vestiges mégalithiques contraste avec le profane du palmarès meurtrier dont Chris Carlisle est l’auteur. La suspension du temps en fait une sorte de purgatoire avant l’heure pour le septuagénaire rattrapé par sa culpabilité catholique et mû par une tentative désespérée de rédemption.
Las de cachetonner dans d’énièmes nanars de plateformes, John Malkovich signe ici un retour gagnant au cinéma de prestige. Avec son flegme inquiétant, sa diction traînante presque sur-articulée, et son sourire carnassier aux dents du bonheur menaçantes, on ne sait jamais si l’on à affaire à un vieil affabulateur au cynisme réactionnaire ou, au contraire, à un vieux sage lucide quant à sa postérité, conscient qu’il n’a plus rien à perdre. Généreux dans le rôle de faire-valoir comique, Sam Rockwell partage avec lui une dynamique touchante de vieux couple complice. Cette tendre alchimie est l’une des deux clés de toute l’empathie ressentie pour une véritable ordure.
L’autre réside indéniablement dans l’art de la digression tarantinesque et de la running joke qui rythment le métrage. Placé sous le signe du politiquement incorrect, il recouvre aussi bien le nanisme, que la toxicomanie, que la théorie du complot. Le tout dans un mauvais goût auquel on défie quiconque de résister.
La saison des récompenses est bel et bien lancée et Wild Horse Nine s’impose déjà comme un sérieux candidat, ne serait-ce qu’au titre de l’interprétation de sa tête d’affiche.
Justine Autissier
- WILD HORSE NINE
- Sortie : 4 novembre 2026
- Réalisation et scénario : Martin McDonagh
- Avec : John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Mariana Di Girólamo, Ailín Salas, Tom Waits et Parker Posey
- Production : Graham Broadbent, Pete Czernin, Martin McDonagh et Anita Overland
- Photographie : Ben Davis
- Montage : Mikkel E.H. Nielsen
- Décors : Denis Schnegg
- Costumes : Eimer Ni Mhaoldomhnaigh
- Musique : Carter Burwell
- Distribution : Disney
- Durée : 1 h 59
