Calvary de John Michael McDonagh: critique

Publié par Guillaume Ménard le 3 octobre 2014

Synopsis : Après avoir été menacé lors d’une confession, un prêtre se doit de combattre le mal qui gangrène sa petite ville irlandaise.

 

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Calvary de John Michael McDonagh - affiche

Calvary de John Michael McDonagh – affiche

Dans une société où la religion catholique s’efface du quotidien et où la notion de croyance laisse place à l’athéisme, la question de la foi reste cependant un sujet dont la piété n’a pas l’exclusivité. Le cinéma irlandais, majoritairement social, a jusque-là proposé des œuvres fortes et intrinsèquement liées à son histoire, avec des réalisateurs emblématiques comme Jim Sheridan (My Left Foot, Au nom du Père) ou encore Neil Jordan (Michael Collins, Breakfast in Pluto). Si le libre arbitre se retrouve souvent au centre de ces récits cinématographiques, c’est parce que l’Histoire du pays implique à l’origine une scission : une séparation politico-sociale (l’Irlande du Nord et l’Irlande du Sud), une nuance religieuse (Le catholicisme et le protestantisme) et une césure idéologique (L’IRA et la gouvernance britannique). Dans ce cadre marqué par la dualité, le réalisateur John Michael McDonagh, responsable de l’hilarant L’Irlandais (The Guard), s’éloigne de la comédie pour livrer un drame crépusculaire puissant. Calvary s’écarte d’emblée des références politiques et préfère invoquer dans son récit les démons intérieurs. Tout commence en Irlande, dans un confessionnal. Le champ de la caméra braqué sur le Père James (Brendan Gleeson) accueille un homme prêt à se confesser. S’ensuit un dialogue acide, ce dernier révélant s’être fait violer à l’âge de sept ans par un autre prêtre. Il menace alors le Père James de le tuer dans une semaine en lui donnant rendez-vous sur une plage, tout en lui laissant le soin de mettre ses affaires en ordre avant le jour fatidique. Si cet homme désespéré ressent le besoin irrépressible d’ôter la vie d’un innocent inhérent au corps de l’Eglise, c’est non seulement par vengeance mais aussi dans le but de retrouver sa pureté.

 

Brendan Gleeson, Isaach de Bankole dans Calvary de John Michael McDonagh

Brendan Gleeson, Isaach de Bankole dans Calvary de John Michael McDonagh

 

Ce qui frappe dans la scène d’introduction, c’est la présence invisible de cet homme qui ne bénéficie pas de contrechamp dans le confessionnal. Seule la menace conduite par sa voix dans les deux premières minutes va instaurer un climat de suspicion permanent quant à son identité. Le Père James, flanqué de sa robe noire et d’une carrure impressionnante, va alors vivre chaque jour dans l’attente de la rencontre de son bourreau. Durant cette semaine, il tente de soigner les âmes des habitants du village, dont les seconds rôles sont ici déterminants dans la mesure où leurs travers mettent en lumière les défauts et la limite des pouvoirs du prêtre. Par cette dimension humaine, Calvary souligne le décalage entre l’archaïsme de la religion et l’avancée de la société dans le temps. Les notions de repentir et de pêchés sont obsolètes et n’exercent plus de véritable pression sur l’individu. C’est donc souvent de manière dépassée que le prêtre tente de sauver ces âmes en perdition, tout en gardant la foi. A l’arrivée de sa fille, il dévoile son passé, par son engagement tardif dans les ordres et son ancien rôle de père de famille. Sa culpabilité prend de plus en plus forme et se matérialise dès lors dans un combat intérieur où sa foi en la profession et en l’être humain s’effrite peu à peu.

 

Brendan Gleeson, Dylan Moran dans Calvary de John Michael McDonagh

Brendan Gleeson, Dylan Moran dans Calvary de John Michael McDonagh

 

De l’adultère à la mort en passant par l’abandon, la drogue et la pédophilie, les protagonistes sont avant tout des êtres en souffrance que le Père James s’efforce de soulager au cours de scènes de confrontation où le champ-contrechamp est sans cesse sollicité, et où l’homme d’église devient confident, juge, bourreau et victime. Le rythme est donc contrebalancé par le va-et-vient de ces figures hautes en couleur qui donnent à Brendan Gleeson l’un des rôles les plus marquants de sa carrière. Tout en retenue, il représente à lui seul la lutte de l’esprit et du cœur, du rejet et de l’acceptation. Le reste du casting – comprenant entre autres Isaach de Bankolé, Kelly Reilly, Chris O’Dowd et Marie-Josée Croze – se situe tous sur la même ligne de neutralité et de justesse. La mise en scène, encore plus affutée que dans L’Irlandais, sait allier une certaine sacralisation des plans à la légèreté de séquences plus frivoles. Car malgré la gravité du propos, le scénario de Calvary réserve des surprises d’humour noir et gonfle l’ensemble d’un second niveau de lecture, celui d’une critique acerbe d’un sacerdoce anachronique. Mais aussi d’une certaine forme de traditionalisme dans un microcosme moderne. La musique accompagne d’ailleurs à merveille la tentative de définition de ce manichéisme, entre fatalité et mélancolie, qui se réclame de l’Irlande. Ainsi, avec Calvary, John Michael McDonagh accomplit la tâche de ne pas tomber dans les archétypes du film rédempteur et de poser une vraie réflexion, à la fois émouvante et pleine de rage, sur le pouvoir de la foi sur l’homme, à la manière irlandaise…

 

 

  • CALVARY écrit et réalisé par John Michael McDonagh en salles le 26 Novembre 2014.
  • Avec: Avec Brendan Gleeson, Isaach de Bankolé, Chris O’Dowd, Marie-Josée Croze, Domhnall Gleeson, Kelly Reilly, David Wilmot, Pat Shortt, Dylan Moran, Aidan Gillen…
  • Production : Chris Clark, Flora Fernandez-Marengo, James Flynn
  • Photographie : Larry Smith
  • Montage: Chris Gill
  • Décors: Mark Geraghty
  • Costumes: Eimer Ni Mhaoldomhnaigh
  • Musique: Patrick Cassidy
  • Distribution : 20th Century Fox
  • Durée: 1h45

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