Coffret Alfred Hitchcock, les années Selznick : critique

Publié par Thierry Carteret le 24 novembre 2017

Synopsis :  L’année 1939 correspond à un tournant dans la carrière d’Alfred Hitchcock. Année de son départ aux États-Unis, c’est aussi celle qui marque le début d’une collaboration de près de dix ans avec le célèbre producteur américain David O. Selznick. Cette association entre le maître du suspense et l’un des plus importants représentants du système hollywoodien donnera naissance à quatre chefs-d’œuvre : la romance gothique Rebecca, le thriller psychanalytique La Maison du docteur Edwardes, le film d’espionnage Les Enchaînés et le thriller judiciaire Le Procès Paradine.

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Coffret Alfred Hitchcock les annees Selznick - jaquette

Coffret Alfred Hitchcock les années Selznick – jaquette

Carlotta films propose le 29 novembre un coffret Ultra Collector Alfred Hitchcock spécialement dédié à sa période américaine avec le producteur David O. Selznick. Un moment charnière dans la carrière du cinéaste britannique, puisque c’est là que s’ouvre pour lui les portes de Hollywood. Sont proposés en version restaurée quatre longs métrages issus de cette collaboration entre 1940 et 1947 : Rebecca, La Maison du docteur Edwardes, Les Enchaînés et Le Procès Paradine. L’édition est complétée par un magnifique ouvrage de 300 pages, illustré de photos inédites. Lorsqu’il est appelé en Amérique par David O. Selznick (Autant en emporte le ventDuel au soleil), Alfred Hitchcock est considéré comme le meilleur réalisateur britannique. Le producteur lui propose d’abord de réaliser un projet sur l’histoire vraie du Titanic, mais c’est finalement une adaptation du best-seller Rebecca de la romancière Daphné Du Maurier que Hitchcock et Selznick mettent en chantier. Hélas, la collaboration des deux hommes commence sur un malentendu.

 

Rebecca

Rebecca

 

Pour Selznick, l’adaptation du livre doit être le plus fidèle possible, alors que Hitchcock désire s’en éloigner pour en proposer sa propre vision d’auteur. Évidemment en découle des tensions, à la suite de nombreuses réécritures du scénario à la demande de Selznick. Heureusement, le résultat final n’en souffrira pas trop devenant même un chef-d’œuvre. Hitchcock y use de tout son savoir-faire en matière de suspense et compose des séquences inoubliables. Il s’appuie également sur un casting solide avec le duo Joan Fontaine/Laurence Olivier. L’histoire, proche de l’univers des sœurs Brontë (Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent) s’inscrit dans la tradition du drame victorien. Rebecca raconte la rivalité entre une jeune épouse (Joan Fontaine) de condition modeste, le « fantôme » de la précédente femme de son époux, le torturé Maxim de Winter (Laurence Olivier). Dans la grande propriété de Manderley, la gouvernante Mrs. Danvers (Judith Anderson) veille comme un cerbère sur la mémoire de l’épouse défunte, cachant de nombreux secrets. Proche du cinéma gothique, l’adaptation de Hitchcock souffre du seul défaut de ne pas être une œuvre très personnelle. La restauration 4K spécialement réalisée ici rend toute sa noblesse à la superbe photographie clair-obscur de ce drame d’une richesse infinie.

 

La Maison du Docteur Edwardes

La Maison du Docteur Edwardes

 

Avec La Maison du docteur Edwardes, adapté d’un livre de Francis Beeding par le scénariste Ben Hecht, Hitchcock va pour la première fois s’intéresser à la psychanalyse. Un thème qu’il poussera encore plus loin dans ses films à venir comme Psychose, Sueurs froides ou Pas de printemps pour Marnie. Le casting réunit Gregory Peck et Ingrid Bergman, et mélange suspense et intrigue amoureuse. Le film reste marquant pour sa séquence de rêve surréaliste réalisée avec la collaboration de Salvador Dali. Une idée alors très audacieuse et motivée par la volonté de Hitchcock de s’éloigner de tout ce qui a été montré en matière de rêve au cinéma. Hélas, le montage final ne conservera qu’une partie du travail de Dali, car la séquence devait être beaucoup plus longue au départ. À le revoir, le film semble très en avance pour l’époque par ses thématiques et sa réalisation. Mais aussi pour la dimension féministe de la relation amoureuse. Le personnage du docteur Constance Petersen, jouée par Ingrid Bergman, est d’une force face à son patient, incarné par Gregory Peck, un homme fragile et perturbé qu’elle tente d’innocenter par amour du crime du docteur. La Maison du docteur Edwardes a été un immense succès, et il est étonnant d’apprendre le peu d’intérêt que Hitchcock manifesta pour le film. L’histoire dit que c’est sans doute dû au choix de Gregory Peck imposé par Selznick et que Hitchcock n’aimait pas. Le comédien se montre pourtant excellent dans la peau de cet homme malade et hanté par un trauma de son passé.

 

Les Enchaines

Les Enchainés

 

Pour Les Enchainés, Hitchcock a enfin les mains libres et réalise ce qui constitue l’un des plus beaux films de toute sa filmographie. Selznick, parti à l’étranger, intervient très peu sur ce drame amoureux lié à une intrigue d’espionnage. La casting est à 100% approuvé par Hitchcock et l’on retrouve Ingrid Bergman dans la peau d’une espionne, cette fois aux côté de Cary Grant (La mort aux trousses). Sorte de James Bond avant l’heure, Les Enchainés montre encore tout le savoir-faire du cinéaste dans l’art du suspense. Peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’histoire raconte la mission d’espionnage visant à découvrir un trafic d’uranium pour le régime nazi dans lequel l’industriel Alexander Sebastien (Claude Raims), ennemi et « vieux garçon » contrôlé par une mère dominatrice (Leopoldine Konstantin), joue un rôle majeur. À la fois thriller et intrigue amoureuse jouant sur le mensonge et la manipulation, Les Enchainés apparaÎt comme le manifeste du style de Hitchcock de ses futurs longs métrages américains.

 

Le Proces Paradine

Le Procès Paradine

 

Le Procès Paradine reste l’œuvre la plus mal aimée de Hitchcock. Il a d’ailleurs lui-même renié cette histoire de procès à cause du casting imposé par Selznick et qu’il désapprouvait totalement. On retrouve Gregory Peck, ici dans la peau du brillant avocat Anthony Keane, homme mature et marié, chargé de défendre sa cliente, la jeune et envoûtante Madame Paradine (Alida Valli), accusée du meurtre de son riche mari aveugle et âgé. Keane va mettre en danger sa vie privée et sa carrière à cause du désir fou et irrépressible pour celle qu’il est chargé de défendre. Une attirance qu’il prend à tort pour de l’amour. Ce suspense permet à Hitchcock d’expérimenter, comme lorsqu’il décide de filmer la longue séquence de procès à l’aide de quatre caméras tournant en simultané. Aujourd’hui, Le Procès Paradine est à réévaluer. Portée par de solides comédiens, dont Charles Laughton dans la peau du juge Thomas Horfield, l’intrigue écrite par Selznick et inspirée par un roman de Robert Smythe Hichens se révèle beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît. Sur le fond, c’est la comédie humaine du désir qui est illustrée avec une profonde subtilité et une grande justesse. Hitchcock s’est également montré peu impliqué sur cet ultime projet qui marqua la fin de sa collaboration avec Selznick. Ce coffret proposé par Carlotta films s’avère donc un sublime écrin pour (re)découvrir ces quatre grands classiques de Alfred Hitchcock.

 

 

Coffret Alfred Hitchcock les annees Selznick

Coffret Alfred Hitchcock les annees Selznick

Bonus : Côté technique, les masters en noir et blanc étincellent en HD et les pistes sonores sont claires et précises. À noter que Rebecca a même droit à une sublime restauration en 4K. Les quatre films sont enrichis de bonus passionnants. À commencer par une analyse d’une vingtaine de minutes du réalisateur Laurent Bouzereau (auteur du livre Hitchcock : pièces à conviction) qui donne un éclairage précieux sur ces mêmes œuvres. L’édition propose ensuite un décryptage audio, d’une trentaine de minutes chaque, des quatre films par Hitchcock et Truffaut tirés de leurs célèbres entretiens, suivi par l’intervention du réalisateur Nicolas Saada. Un cinquième disque spécialement dédié aux suppléments offre de voir les essais comédiens de Margaret Sullavan, Vivien Leigh et Sir Laurence Olivier pour Rebecca. Un entretien d’une vingtaine de minutes avec Daniel Selznick, le fils de David O. Selznick. Un documentaire de Robert Fischer Monsieur Truffaut Meets Mr. Hitchcock  revient sur la genèse du livre-culte d’entretien, avec les témoignages de Claude Chabrol, Laura Truffaut et Patricia Hitchcock, la fille du maître du suspense. Ce documentaire de près de quarante minutes se révèle passionnant, comme celui d’une heure de Elisabeth Aubert Schlumberger Daphné Du Maurier sur les traces de Rebecca consacré à la vie de l’auteur de Rebecca. Home Movies est le segment le plus étonnant de l’édition, puisqu’il nous propose de visionner des films amateurs sur les moments intimes de la vie de famille de Hitchcock et ceux sur les plateaux de tournage. On retrouve les bandes-annonces et enfin l’ouvrage La conquête de l’indépendance qui compile des articles pour la plupart tirés de la revue Les Cahiers du Cinéma. On y découvre notamment un très intéressant entretien de Peter Bogdanovich. Richement illustré de photos, le livre est un parfait complément aux quatre longs métrages.

 

 

 

  • COFFRET ULTRA COLLECTOR ALFRED HITCHCOCK, LES ANNÉES SELZNICK
  • Version restaurée HD et 4K (pour Rebecca)
  • Sortie vidéo : 29 novembre 2017
  • Format / Produit : Combo Blu-ray/DVD + livre
  • Édition vidéo : Carlotta Films
  • Tarif : 100,32 € 
  • Durée totale : 7h19

 

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Source: CBO Box office