Club Kid de Jordan Firstman : critique

Publié par CineChronicle le 7 novembre 2026

Synopsis : Peter, organisateur de soirées branchées à New York, mène une existence aussi effrénée qu’insouciante, rythmée par les nuits festives et les excès. Sa vie bascule lorsqu’Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l’existence, frappe à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu’il n’avait jamais envisagé, il est rapidement conquis par le charme et la spontanéité de l’enfant. Au fil du temps, un lien aussi inattendu que profond se tisse entre eux, et Peter découvre enfin qu’il existe une vie au-delà de la prochaine fête.

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Club Kid affiche

Club Kid affiche

Sur la Croisette lors du dernier Festival de Cannes, où il concourait dans la section Un Certain Regard, le premier long métrage de Jordan Firstman a fait sensation. Au festival du cinéma américain, il a fait craquer les Planches de Deauville, comme les cœurs du jury et des spectateurs, qui l’ont récompensé du Grand Prix et du Prix du Public. C’est un avènement pour le comique à l’humour irrévérencieux révélé par ses sketches satiriques et queer-coded devenus viraux pendant la pandémie de Covid. Promoteur de soirées underground, Peter est un clubber reconnu de la scène queer new yorkaise. Le trentenaire navigue à vue dans une existence interlope, dissolue et autodestructrice, bien préservée de toute responsabilité. Noctambule invétéré, il ondule au rythme des basses assourdissantes sur des dancefloors sous stroboscopes, deale dans des toilettes à l’hygiène douteuse, se livre à une débauche de chemsex dans les dark rooms les plus poisseuses, au prix d’inévitables gueules de bois quotidiennes. Mais voilà qu’un beau jour, alors qu’il est en train de perdre pied, le Brooklynite décuve brutalement : sur son palier, débarque le fruit insoupçonné d’un plan à trois sous substance commis une décennie plus tôt. Au contact du préadolescent orphelin de mère, il fait la découverte d’une paternité qui n’avait jamais fait partie de ses projets de vie, et pour laquelle il s’avère bien mal armé. C’est dans le tourbillon enivrant d’un trajet en VTC partagé par un groupe de party beasts que Jordan Firstman situe son prologue. Le temps d’un plan-séquence que ne renierait pas Sean Baker, sa caméra panote à 360° dans l’exiguïté d’un habitacle bondé, au son de Sex With Me de Rihanna. Mais si les ambiances frénétiques et euphoriques n’ont aucun secret pour le chef opérateur Adam Newport-Berra, habitué des séries Euphoria et The Bear, il sait tout aussi bien tirer le meilleur parti de la chaleur enveloppante du 35 mm.

 

Jordan Firstman et Reggie Absolom dans Club Kid de Jordan Firstman - Credit Metropolitan

Jordan Firstman et Reggie Absolom dans Club Kid de Jordan Firstman / Crédit photo Metropolitan FilmExport

 

De chaleur, Club Kid n’en manque pas. Entre Peter et Arlo, le coup de foudre est mutuel et instantané, et aucun conflit ne semble assombrir leur lune de miel. Il faut dire qu’avec sa frimousse angélique, sa coupe brocoli et son adorable accent britannique, le jeune Reggie Absolom est d’une irrésistible innocence. On pourrait presque lui reprocher un certain manque de dimensionnalité tant son attitude est accommodante et son deuil internalisé. Même ses goûts musicaux sont impeccables ! Finalement, c’est pour Peter que l’ajustement est le plus astreignant, son coming of age tardif est précipitée à marche forcée par cette paternité imprévue, qui donne enfin un sens salutaire à sa vie, lui inculque l’estime de lui-même, et le décentre… jusqu’à ce que la réalité de la bureaucratie ne le rattrape…

 

Club Kid amuse autant qu’il attendrit et bouleverse. On rit des inaptitudes de Peter à la parentalité (sa collection de t-shirts inconvenants, son réflexe nauséeux sympathique, ses bousculades mal dosées) et du sidekick comique hors sol qui squatte son canapé. On fond à l’évocation des deuils maternels respectifs du père et du fils, devant leur instant de complicité au piano ou à travers une playlist partagée. On s’émeut enfin face à la vulnérabilité de Peter, qui se confie à son love interest, se met à nu dans un discours à la barre désarmant, et entrevoit une lueur dans la nuit au détour d’un appel téléphonique qu’il n’espérait plus.

 

Club Kid touche en plein cœur, et propulse Jordan Firstman directement sur la liste des cinéastes (et acteurs) émergents à suivre !

 

Justine Autissier

 

 

 

  • CLUB  KID
  • Sortie cinéma : 4 novembre 2026
  • Réalisation et scénario : Jordan Firstman
  • Avec : Jordan Firstman, Reggie Absolom, Diego Calva, Cara Delevingne, Miss Benny, Colleen Camp, Kirby Howell-Baptiste, Vicki Pepperdine, Eldar Isgandarov, Saturn Risin9
  • Production : Alex Coco, Galen Core, Ryan Heller
  • Photographie : Adam Newport-Berra
  • Montage : Taylor Levy et Sofia Subercaseaux
  • Décors : Stephen Phelps
  • Costumes : Emily Costantino
  • Musique : Cristóbal Tapia de Veer
  • Distribution : Metropolitan FilmExport
  • Durée : 2 h 02

 

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