Synopsis : Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les sœurs qui n’en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club.

 

♥♥♥♥♥

 

Tristesse Club - affiche officielle Haut et court

Tristesse Club – affiche officielle Haut et court

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages dont le dernier en date, Les Lézards, a reçu une nomination aux César cette année, Vincent Mariette signe ici son premier long métrage. Tristesse Club est de ces films construits essentiellement sur leurs personnages et les situations cocasses dans lesquelles ils évoluent. Le réalisateur s’entoure pour l’occasion d’un trio de vedettes, le classieux Laurent Lafitte de la Comédie-Française, Ludivine Sagnier à la moue toujours boudeuse et Vincent Macaigne au regard bienveillant et à la voix rassurante qu’il retrouve après Les Lézards. Tous trois incarnent des personnages esseulés, dépressifs et insatisfaits. Les deux premiers interprètent deux frères en discorde, contraints de revenir dans leur région natale pour la crémation de leur père, un homme à femmes qu’ils ont rejeté de leur vie depuis des années. L’un est un ancien tennisman professionnel devenu un pauvre type dans le déni, séparé de sa femme et de son fils et incapable de subvenir à ses propres besoins, mais circulant toujours avec sa vieille Porsche rouge cabossée. Elle est d’ailleurs l’un des objets-clés dans ce semblant de road-movie initiatique dont l’accessoire a son importance. L’autre est un célibataire, timide et refoulé, qui a créé son site de rencontres mais est incapable de se trouver et de séduire une femme. Quant à la dernière, elle apparaît dans leur vie subrepticement en prétendant être leur demi soeur avant de leur avouer que leur père n’est pas vraiment mort mais a disparu mystérieusement. Cette réunion devient alors le contexte mortuaire propice à les voir plonger au coeur des réminiscences, des secrets et des conflits du passé.

 

Laurent Laffite, Vincent Macaigne et Ludivine Sagnier - Tristesse Club  / Haut et Court

Laurent Laffite, Vincent Macaigne et Ludivine Sagnier – Tristesse Club / © Haut et Court

 

Si le traitement scénaristique n’a rien révolutionnaire arpentant ici les thématiques de la famille, l’enfance, la fratrie, l’abandon et du deuil, cette comédie mélancolique, décalée et acerbe, parvient à fonctionner malgré tout. Tristesse Club ne se base pas tant sur les surprises et les révélations, somme toute attendues, que sur les changements qu’il génère sur les personnages pour les faire aller de l’avant malgré eux. L’intrigue se trouve parfois décousue de son propre fonctionnement narratif, mais on apprécie cependant particulièrement ce mélange des genres entre drame, comédie et polar qui prend superbement son rythme grâce à l’excellente bande son de Robin Coudert alias Rob, compositeur du remake de MANIAC (notre critique) ou encore de Radiostars et de Belle Epine. Sa partition musicale imposante et variée transporte Tristesse Club dans une atmosphère hors du temps et de l’espace. Tantôt loufoque, dramatique et pleine de suspense, elle donne de la perspective, de l’intensité et du mouvement à tout le décor statique de cette campagne isolée et envahie de chiens errants à l’image de ces personnages totalement névrosés. Tout comme cette belle photographie aux couleurs désaturées et rétro.

 

Vincent Macaigne, Ludivine Sagnier et Laurent Laffite - Tristesse Club / Haut et Court

Vincent Macaigne, Ludivine Sagnier et Laurent Laffite – Tristesse Club / © Haut et Court

 

Si Vincent Mariette propose une mise en scène relativement classique, il s’adonne néanmoins à un certain sens du cadrage et de la profondeur de champ, fortement inspiré de l’esthétique visuelle typique chez Wes Anderson – de son propre aveu. On retiendra notamment cette séquence d’ouverture pêchue et colorée dans le supermarché de la station service, celle en trompe-l’oeil dans la chambre au cours du tête à tête entre Laurent Laffite et Ludivine Sagnier, et différents plans fixes immersifs et appréciables. A l’arrivée, Tristesse Club est certes un premier long métrage imparfait mais dénote toutefois tout le potentiel d’un jeune réalisateur trentenaire intéressant qui brosse le portrait d’individus qui tentent de trouver un sens à leur existence dans une quête identitaire absurde et sans queue ni tête.

 

 

  • TRISTESSE CLUB écrit et réalisé par Vincent Mariette en salles le 4 juin 2014.
  • Casting : Laurent Lafitte, Vincent Macaigne, Ludivine Sagnier, Noémie Lvovsky.
  • Scénario : Vincent Mariette, avec la participation à l’écriture de Vincent Poymiro.
  • Production : Amaury Ovise, Jean-Christophe Reymond de Kazak Productions.
  • Photographie : Julien Roux.
  • Montage : Nicolas Desmaison
  • Musique : Rob (Robin Coudert)
  • Décors : Youna de Peretti-Arda
  • Costumes : Sidney Dubois
  • Maquillage : Carole Gérard
  • Distribution : Haut et Court
  • Durée : 1h30

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