
Robert Redford, de g. à dr. : Les Hommes du Président, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, Butch Cassidy et le Kid, Les Trois jours du Condor
Robert Redford s’est éteint à son domicile dans l’Utah. Acteur adulé, réalisateur oscarisé, producteur et militant convaincu, il aura traversé plus de six décennies de cinéma et marqué l’histoire par son charisme, ses combats et son héritage des plus inspirants.
Robert Redford est décédé paisiblement dans son sommeil à l’âge de 89 ans, dans sa demeure des montagnes de l’Utah. C’est à cet endroit qu’il a fondé le Festival du Film de Sundance en 1985, lieu rêvé pour un cinéma libre, affranchi des diktats d’Hollywood. La triste nouvelle a bouleversé le monde entier, tant sa silhouette, son regard clair et sa voix grave auront incarné une idée charismatique et unique du cinéma américain, mêlant élégance, profondeur et engagement. Avec lui disparaît non seulement un acteur de légende, mais aussi un réalisateur d’une grande finesse, un passeur de culture et un militant infatigable.
Né le 18 août 1936 à Santa Monica, en Californie, Charles Robert Redford Jr. a d’abord choisi de s’orienter vers les arts manuels. Après avoir fréquenté l’université, il réalise rapidement préférer la scène aux bancs d’école. Ses premiers pas en tant que comédien se font au théâtre, puis à la télévision, avant que le cinéma ne lui offre un tremplin vers la gloire.
Dès ses débuts, il est remarqué pour son charme solaire, son allure de jeune premier, blond et sportif. C’est notamment pour ces atouts qu’il décroche l’un de ses premiers grands rôles au cinéma dans Propriété interdite (1966) de Sydney Pollack, avec Natalie Wood, La Poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn, et Pieds nus dans le parc (1967) de Gene Saks, aux côtés de Jane Fonda. Cette dernière lui a rendu hommage hier, pleurant « une personne magnifique à tous égards ».
Redford refusera cependant de se laisser enfermer dans le cliché de ce personnage trop lisse et séducteur, pour chercher davantage de richesse et de profondeur dans ses rôles. En duo avec Paul Newman dans Butch Cassidy et le Kid (1969) de George Roy Hill, il s’impose alors comme un anti-héros à la grâce fine. Quelques années plus tard, il retrouve Newman dans L’Arnaque (1973) du même réalisateur. Le film est un immense succès populaire et critique, lui valant sa première, et seule, nomination à l’Oscar du Meilleur acteur.
Robert Redford va alors atteindre le sommet de sa carrière : il acquiert le statut de star avec des films tels que Jeremiah Johnson (1972) de Sydney Pollack, Votez McKay (1972) de Michael Ritchie, Gatsby le Magnifique (1974) de Jack Clayton, Les Hommes du Président (1976) d’Alan J. Pakula, Les Trois jours du Condor (1975), Le Cavalier électrique (1979), avec encore Jane Fonda, ou encore Nos plus belles années (1973) avec Barbra Streisand, tous trois réalisés également par Sydney Pollack. Celle-ci s’est remémorée avec tendresse un « tournage passionnant et intense » avec un homme « charismatique, intelligent, vibrant, toujours intéressant – et l’un des meilleurs acteurs de tous les temps ».
Mais derrière son statut d’icône, Robert Redford nourrissait déjà un autre désir, plus personnel : celui de passer de l’autre côté de la caméra et d’exprimer une forme de sensibilité jusque-là insoupçonnée par le public. Il se tourne ainsi vers la mise en scène et réalise Des gens comme les autres (1980), adaptation du roman Ordinary People de Judith Guest (1976).
Cette expérimentation signe un nouveau succès pour Redford, qui remporte les Oscars du meilleur réalisateur et du meilleur film. Suivront d’autres œuvres bien connues telles que Et au milieu coule une rivière (1992), mettant en vedette Brad Pitt, Quiz Show (1994) aux retours plus mitigés, et le classique L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998), où il est également acteur.
Au-delà de ses talents de comédien et de metteur en scène, Redford a su porter sa voix au profit de causes chères à son cœur. Grand amoureux de la nature, il s’est engagé à plusieurs reprises en faveur de l’environnement, soutenant les causes écologistes et utilisant sa notoriété pour alerter sur les dérèglements climatiques. C’est d’ailleurs dans le canyon de Provo, au cœur de l’État de l’Utah, que l’acteur a élu domicile dans les années 1970, et où il résidera jusqu’à sa mort.
C’est non loin de là, à Park City, qu’il fonde en 1981 le Sundance Institute, organisation à but non lucratif pour la promotion et la production du cinéma indépendant. « L’intention n’était pas de s’opposer aux gros studios. Il ne s’agissait pas d’aller à l’encontre de ce qui était populaire. Il s’agissait d’offrir une autre voie et davantage d’opportunités. » déclarait-il au Los Angeles Times en 2021. Le Sundance Institute devient rapidement l’organisateur du Utah/US Film Festival, renommé en 1991 « Festival du Film Sundance ».
De reconnaissance mondiale, le festival attire chaque année plusieurs milliers de cinéastes ambitieux et disruptifs. Les noms de certains d’entre eux sont aujourd’hui bien familiers : Quentin Tarantino, Paul Thomas Anderson, Damien Chazelle, Ryan Coogler, Darren Aronofsky… Des metteurs en scène talentueux, mis en lumière grâce l’élan d’un homme, qui croyait qu’un autre cinéma était possible.
Robert Redford n’a cessé de repousser les frontières de son art, jusqu’à devenir une figure respectée du cinéma, et au-delà. En 1994 et en 2002, il se voit respectivement remettre le prix Cecil B. DeMille et un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, consacrant à la fois l’acteur, le réalisateur et le visionnaire. Il reçoit également en 2016 la médaille présidentielle de la Liberté, plus haute distinction civile aux États-Unis, remise par Barack Obama pour son engagement artistique et environnemental.
Retiré progressivement de la vie publique après The Old Man and the Gun (2018) de David Lowery, et suite à plusieurs films réussis comme All is Lost (2013) de J.C. Condor, Redford s’était depuis consacré à ses proches et à son refuge. Sa disparition a suscité une vague de choc et de tristesse à travers le monde, notamment pour ses collègues ayant eu le privilège de le côtoyer, sur les plateaux ou dans la sphère intime.
Son alchimie avec ses partenaires, culminante avec Meryl Streep dans Out of Africa, la sincérité de son jeu, la délicatesse de ses œuvres, la création Sundance, devenu un sanctuaire pour les voix nouvelles, et sa discrétion d’homme ayant su rester fidèle à ses valeurs et à ses convictions, composent l’héritage indélébile que Robert Redford laisse au cinéma et à ceux qui l’ont aimé et admiré.
Norane Chiali