Ressortie / Les Trois jours du Condor de Sydney Pollack : critique

Publié par Jacques Demange le 30 septembre 2020

Synopsis : Joseph Turner travaille dans une cellule clandestine de la CIA, à New York. Son emploi consiste à rechercher, au sein des écrits publiés dans le monde entier, aussi bien de nouvelles idées que d’éventuels complots, sens cachés et codes secrets. Un jour, alors qu’il est parti en pause déjeuner, tous ses collaborateurs sont froidement abattus. Après avoir dé- couvert le massacre, Turner, dont le nom de code est « Condor », contacte sa section dans l’espoir d’être rapidement mis en sécurité. Mais il ne tarde pas à comprendre qu’il ne peut pas se fier à tous les membres de l’organisation. Paniqué, il kidnappe une inconnue nommée Kathy Hall, et se réfugie chez elle en attendant d’y voir un peu plus clair. À l’aide de sa perspicacité et des connaissances accumulées à travers ses lectures, Turner va tenter de comprendre – et de survivre par la même occasion… 

 

♥♥♥♥♥

 

Les Trois jours du Condor - affiche ressortie

Les Trois jours du Condor – affiche ressortie

Fleuron du thriller paranoïaque des années 1970, Les Trois jours du Condor (1975) s’offre une nouvelle sortie au cinéma chapeautée par StudioCanal et Les Acacias. Le premier intérêt du film se trouve sans doute dans la collaboration de Robert Redford et du réalisateur Sydney Pollack qui signent ici leur troisième film en commun après Propriété interdite (1966) et Nos plus belles années (1973). Dans son rôle de Joseph Turner, intellectuel engagé par la CIA pour dénicher au sein de romans la présence de potentiels codes secrets, la vedette s’amuse à tourner en ridicule son image de jeune premier pour mieux y revenir par la suite en composant avec Faye Dunaway l’un des plus beaux duos amoureux de l’histoire du cinéma. On retrouve ici l’intérêt de Pollack pour le genre du mélodrame, magnifiant les corps des amants qu’il superpose à une série de photographies en noir et blanc représentant des monceaux de décors. Cet affect pour les personnages ne se limite pas au simple développement de la romance. La crédibilité de l’agent criminel interprété par le regretté Max Von Sydow se situe justement dans ce décalage entre une apparence froide et rigide et la chaleur qui anime son regard à la fin du film. L’ambiguïté émotionnelle qui anime les rapports entre les personnages est justement ce qui fonde la particularité du récit. Pris dans un engrenage infernal, le personnage de Redford fait de la méfiance sa principale stratégie de défense.

 

 

L’esprit post-Watergate affecte ainsi la représentation urbaine du film. New York se présente comme une ville tentaculaire, ses buildings brisant l’horizon pour incarner une menace à la symbolique évidente. La bande musicale composée par Dave Grusin fait la part belle aux mélodies lancinantes, frappements étouffés de notes qui affirment la présence d’une menace invisible mais bien réelle. De fait, c’est aux chemins de traverse que doit se fier Turner, privilégiant ruelles et sous-sols, se fondant dans la foule avant d’adresser un ultime regard à la caméra que se charge de figer Pollack pour l’éternité.

 

La restauration 4K proposée, et qui fut présentée en avant-première au Festival du cinéma américain de Deauville, atteste de la qualité visuelle du film, un aspect qu’avaient mis à mal les différentes versions DVD proposées jusqu’ici (mais qu’avait déjà contribué à réhabiliter la récente édition Blu-ray proposé par StudioCanal). C’est donc une riche redécouverte qui se propose au spectateur et un bel hommage à ce qu’on peut légitimement considérer comme l’un des meilleurs films américains de la décennie.

 

 

 

  • LES TROIS JOURS DU CONDOR (Three Days of the Condor)
  • Ressortie salles : 30 septembre 2020
  • Version restaurée 4K
  • Réalisateur : Sydney Pollack
  • Avec : Robert Redford, Faye Dunaway, Cliff Robertson, Max Von Sydow, John Houseman
  • Scénario : Lorenzo Semple Jr. et David Rayfiel (d’après le roman Les six jours du Condor de James Grady)
  • Producteurs : Stanley Schneider
  • Photographie : Owen Roizman
  • Montage : Don Guidice
  • Musique : Dave Grusin
  • Costumes : Theoni V. Aldredge et Joseph G. Aulisi
  • Distribution ressortie : Les Acacias
  • Durée : 1h57
  • Sortie initiale : 21 novembre 1975 (France)

 

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