Ressortie / Tommy de Ken Russell : critique

Publié par Philippe Descottes le 16 février 2019

Synopsis : A la suite d’un choc psychologique brutal, Tommy est devenu sourd, muet et aveugle. Sa mère et son beau-père font tout pour le guérir. Mais en dehors d’une fascination pour les miroirs et les flippers, Tommy ne veut rien entendre. Jusqu’au jour où sa mère le projette à travers un miroir. C’est le miracle, Tommy entend, voit, parle. C’est le nouveau Messie.

♥♥♥♥♥

 

Tommy - affiche

Tommy – affiche

En 1969, sort Tommy, le quatrième album studio du groupe rock britannique The Who. Si les experts et les puristes se sont longtemps divisés sur son appellation, il s’agit de l’un des tout premiers opéras-rock, voire même du premier. Il s’écarte du format habituel de chansons de trois minutes et raconte, du premier au dernier titre, l’histoire (imaginée et écrite par Pete Townshend guitariste, fondateur, leader et principal compositeur des Who) d’un enfant victime d’un traumatisme qui l’a rendu sourd, muet et aveugle. L’avis de la presse spécialisée est partagé mais Tommy ne tarde pas faire l’unanimité et à rencontrer le succès, tant critique que commercial. Quelques millions d’albums vendus plus tard, en 1975, sort l’adaptation cinématographique signée Ken Russell avec la collaboration du groupe. Rien de très étonnant à ce que le cinéaste s’y soit intéressé puisque ses documentaires d’art, notamment Song of Summer (1968), consacré au compositeur britannique Frederick Delius,et Dance of the Seven Veils (1970), sur Richard Strauss, et deux de ses précédents longs métrages, La Symphonie pathétique (The Music Lovers – 1969), sur Piotr Tchaïkovski, et Malher (1974), deux biographies fantasmées, ont déjà pour thème la musique ; cette musique qui lui aura permis de guérir d’une dépression nerveuse pendant sa jeunesse et qui inspirera son cinéma. Malgré la participation des Who, le réalisateur prendra quelques libertés par rapport à l’œuvre originale, notamment au niveau du scénario. Ainsi, Tommy (Barry Winch/Roger Daltrey) est toujours victime d’un traumatisme et renonce à voir, à entendre et à parler avant de devenir une vedette du billard électrique, mais le contexte est différent.

 

Tommy

Tommy

 

Le film démarre avec la Seconde Guerre mondiale, tandis que l’album évoque l’après 14-18. Dans celui-ci, le Capitaine Walker, officier de l’armée britannique et porté disparu, de retour chez lui, assassine Frank, l’amant de son épouse Nora. Dans l’adaptation cinématographique, l’amant (Oliver Reed) tue le père de Tommy (Robert Powell) sous les yeux de sa mère (Ann-Margret). Si Ken Russell est passionné par la musique classique, sa mise en scène est plutôt rock-pop… Le film est en grande partie basé sur les chansons de l’album, interprétées par les comédiens eux-mêmes. Le cinéaste et Pete Townshend en ont réécrits certaines et ajoutés d’autres. Il se présente comme une succession de clips musicaux quelques années avant leur avènement en 1981 avec le lancement de la chaîne de télévision MTV. Au même titre que le double album d’origine, Tommy est une œuvre à part, premier opéra-rock de l’histoire du cinéma, mais avant tout réalisée par un artiste atypique, « enfant terrible du cinéma britannique », alors dans sa période faste et qui s’autorise bien des audaces.

 

Tommy

Tommy

 


Le résultat est un délire visuel et sonore, aux couleurs flamboyantes, un long métrage baroque, kitsch, dont les excès le font flirter à l’occasion avec le cinéma expérimental, et parfois teinté d’un mauvais goût revendiqué par le cinéaste. Volontiers provocateur par sa forme, Tommy l’est autant sur le fond. Tant mieux pour le scandale. « Je frappe les gens au-dessous de la ceinture, déclarait Ken Russell, « J’éprouve un vif plaisir à bousculer les tabous et estourbir les vaches sacrées ». Comme dans d’autres de ses films, il fait s’entrechoquer sexualité et religion pour dénoncer ici les dérives de la société capitaliste et s’en prendre au star-system, aux « guides spirituels », gourous et messies, ainsi qu’à la société de consommation, notamment dans cette scène d’anthologie où la sensuelle Nora (Ann-Margret), ivre, zappe à n’en plus finir sur les images de publicités, puis brise l’écran de son poste de télévision et se voit submergée par un torrent de mousse de détergent, de haricots à la sauce tomate et un liquide visqueux de couleur chocolat dans lequel elle va se vautrer ! 

 

Elton John - Tommy

Elton John – Tommy


Aux côtés de la prestation des trois comédiens principaux, Ann-Margret, sublime dans son rôle de mère possessive et de veuve (pas trop) éplorée (nommée à l’Oscar), et les charismatiques Roger Daltrey, alors acteur débutant, et Oliver Reed, parfait comme souvent dans la peau d’un salaud, on retiendra également le numéro mémorable que nous offrent quelques guest-stars, comme le pianiste et chanteur Paul Nicholas (le sadique cousin Kevin), le batteur déjanté et de génie du groupe, Keith Moon (le pervers oncle Ernie), Eric Clapton (le prêcheur), Tina Turner (l’envoûtante Acid Queen), Elton John (Pinball Wizard, le champion de flipper), sans oublier Jack Nicholson (le thérapeute) qui va même jusqu’à pousser la chansonnette !


Reflet d’une époque, les seventies, Tommy demeure pourtant d’une certaine actualité par son côté visionnaire et une curiosité à redécouvrir.

 

 

 

  • TOMMY
  • Ressortie salles : 13 février 2019
  • Réalisation : Ken Russell
  • Avec : Roger Daltrey, Ann-Margret, Robert Powell, Oliver Reed, Elton John, Eric Clapton, John Entwistle, Keith Moon, Paul Nicholas, Jack Nicholson, Tina Turner, Pete Townshend, Barry Winch, Victoria Russell.
  • Scénario : Ken Russell, Pete Townshend
  • Production : Ken Russell, Robert Stigwood
  • Photographie : Dick Bush, Ronnie Taylor
  • Montage : Stuart Baird
  • Décors :  John Clark
  • Costumes : Shirley Russell
  • Musique : The Who
  • Distribution : Solaris Distribution
  • Sortie originale : 26 mars 1975 (Royaume Uni) – 23 mai 1975 (France)
  • Durée : 1h51

 

A la Une

Eva Marie Saint, doyenne oscarisée des égéries hitchcockiennes, s’en est allée à l’âge de 102 ans

Légende de l’âge d’or du cinéma hollywoodien, l’incarnation de la “blonde glaciale” s’est éteinte hier au terme de sept décennies… Lire la suite >>

Expo / Marie-Antoinette de Sofia Coppola à Versailles : dans les coulisses d’un film devenu culte

À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia… Lire la suite >>

Oscars 2027 :  Minotaure d’Andreï Zviaguintsev choisi pour la représenter la France

Réalisé par le Russe Andreï Zviaguintsev et financé par des producteurs français, ce long-métrage engagé ancré dans la Russie contemporaine… Lire la suite >>

Catherine Ringer, voix déjantée des Rita Mitsouko, nous quitte à l’âge de 68 ans

“C’est la mort qui l’a assassinée.” Près de vingt ans après la disparition du guitariste Fred Chichin, son compagnon à… Lire la suite >>

I Play Rocky : une affiche triomphante pour la chronique biographique de la genèse contrariée du film de boxe culte par Peter Farrelly

Ovationnée lors de sa projection en avant-première au Festival International du Film de Toronto (TIFF), la success story entreprend son… Lire la suite >>

Nos vidéos

Box OFFICE France

Titre Cette sem. Nbr Sem. Cumul
1 HEART OF THE BEAST 502 865 1 502 865
2 RESIDENT EVIL 248 732 2 621 548
3 AVENGERS : ENDGAME EXTENDED 220 616 1 220 616
4 GARANCE 214 952 1 214 952
5 JUSTIN LE JUSTE 98 915 1 98 915
6 TOMBE DU CIEL 91 088 7 2 177 990
7 PRIMETIME 78 214 1 78 214
8 SPIDER-MAN : BRAND NEW DAY 76 403 9 8 388 607
9 L'ODYSSEE 76 278 11 8 012 314
10 LA VIE D'UNE FEMME 69 054 3 330 500

Source: CBO Box office

Nos Podcasts