Synopsis : En 1945, le psychiatre et officier des services de renseignement américains Douglas Kelley est chargé d’évaluer les prisonniers nazis en vue des procès de Nuremberg. Il se heurte à Hermann Göring, ancien bras droit d’Adolf Hitler.
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Parler des procès de Nuremberg au cinéma implique presque mécaniquement une promesse de vertige : celui de l’Histoire en train de s’écrire, de la justice confrontée à l’irreprésentable, et d’un monde cherchant à formuler, après la catastrophe, des principes moraux capables de survivre à l’horreur. C’est James Vanderbilt qui est le dernier à s’emparer de cet événement historique centré sur les jugements des principaux dirigeants nazis après la Seconde Guerre mondiale. Scénariste hollywoodien passé à la réalisation, il s’est fait connaître par des scénarios de films grand public comme The Amazing Spider-Man, La Chute de la Maison Blanche ou Zodiac, avant de réaliser Truth en 2015. Avec Nuremberg, il signe son deuxième long métrage en tant que réalisateur. Le film, solide et bien structuré, parvient à capter l’attention tout au long de son déroulé, même s’il hésite parfois entre fresque ambitieuse et thriller classique. Le terrain était pourtant riche : Vanderbilt suit les coulisses et les enjeux des procès de Nuremberg, moments fondateurs du droit international moderne, où les principaux responsables nazis sont jugés pour crimes contre l’humanité. Dans ce contexte, le psychiatre et officier des services de renseignement américains Douglas Kelley est chargé du suivi psychologique des prisonniers, et entretient une relation particulière avec Hermann Göring, ancien bras droit d’Adolf Hitler. Sur le plan formel, le film coche presque toutes les cases du drame historique hollywoodien bien huilé. La mise en scène est propre et lisible, le rythme est soutenu, et la narration suffisamment fluide pour maintenir l’intérêt sans jamais réellement s’enliser. Nuremberg avance comme un film parfaitement calibré, efficace et accessible, même si sa lisibilité vient quelque peu lisser la complexité morale et politique du sujet.
Cette clarté se retrouve également dans le traitement des personnages, à commencer par le docteur Kelley incarné par Rami Malek. L’acteur reste fidèle à son registre habituel, avec des intonations et des regards précis, mais certaines subtilités dans son jeu auraient pu être davantage exploitées pour renforcer la profondeur émotionnelle du personnage. Russell Crowe s’impose quant à lui dans le rôle d’Hermann Göring, incarnant une figure fascinante et inquiétante, à la fois narcissique et manipulatrice. Sa prestation apporte au film une réelle épaisseur psychologique et apporte une tension palpable.
Nuremberg se révèle plus limité dans son rapport à l’Histoire. Le film adopte un point de vue résolument américano-centré, présentant les États-Unis comme les principaux artisans moraux et politiques des procès. Si leur rôle fut indéniablement déterminant, la mise en scène en fait une œuvre héroïque, jusqu’à la glorification patriotique. Cette vision simplifiée, presque propagandiste, apparaît d’autant plus maladroite qu’elle est déployée sans recul critique. Ce type de point de vue manichéen semble non seulement daté, mais intellectuellement paresseux.
Plus frustrant encore, Nuremberg dit finalement très peu des procès de Nuremberg eux-mêmes. Les enjeux juridiques, les débats de fond, les implications historiques et philosophiques de ces procès fondateurs sont tout juste esquissés. Le fonctionnement de la justice internationale, les tensions entre vengeance et droit, ou encore la question de la responsabilité individuelle dans un système totalitaire restent en arrière-plan. À force de romantiser et de simplifier, Nuremberg vide son sujet de sa substance, transformant des événements et des figures historiques complexes en simples ressorts narratifs.
Au final, Nuremberg est une oeuvre maîtrisée, qui privilégie l’accessibilité et la clarté tout en offrant des moments de pure tension et d’émotion. S’il aurait largement gagné à approfondir certains aspects historiques ou psychologiques, il réussit à présenter un récit cohérent et respectueux de son sujet, permettant un suivi avec intérêt des enjeux des procès et des figures qui les ont incarnés. Une reconstitution élégante et prenante, qui, même si elle ne bouleverse pas, remplit son rôle de récit historique compréhensible et captivant.
Norane Chiali
- NUREMBERG
- Sortie salles : 28 janvier 2026
- Réalisation : James Vanderbilt
- Avec : Rami Malek, Russell Crowe, Leo Woodall, John Slattery, Mark O’Brien, Richard E. Grant, Michael Shannon, Colin Hanks, Peter Jordan…
- Scénario : James Vanderbilt, d’après The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai
- Production : Bradley J. Fischer, Istvan Major, Paul Neinstein, Richard Saperstein, William Sherak et James Vanderbilt
- Photographie : Dariusz Wolski
- Montage : Tom Eagles
- Décors : Eve Stewart
- Costumes : Bartholomew Cariss
- Musique : Brian Tyler
- Distribution : Nour Films
- Durée : 2 h 28


