Synopsis : Nora, Thomas et leur fille Ida vivent dans une ferme isolée avec pour seule voisine Cristina, une peintre italienne. Alors que tout le monde prépare une soirée d’anniversaire surprise pour Nora, trois hommes rôdent autour de la maison et s’invitent à la fête, faisant surgir des secrets bien gardés…
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Lauréate du Prix SACD de la Semaine de la Critique en 2017 pour son premier long-métrage Ava, et sélectionnée à la Quinzaine des cinéastes en 2022 au titre des Cinq diables, Léa Mysius accède, avec Histoires de la nuit, à la consécration d’une sélection officielle. Aux côtés de Charline Bourgeois-Tacquet et Jeanne Herry, elle était l’une des trois réalisatrices à défendre les honneurs de la France en compétition au dernier Festival de Cannes. Pour sa troisième réalisation, elle fait fi des échecs des deux précédentes adaptations de Laurent Mauvignier (Continuer de Joachim Lafosse et Des Hommes de Lucas Belvaux), et défie la réputation d’inadaptabilité de son douzième roman, un thriller rural de home invasion crépusculaire. Dans un hameau reculé, comptant une artiste peintre pour unique voisine, un couple composé d’un éleveur bovin très épris et d’une fonctionnaire de mairie plus distante, mène une vie d’apparence sans histoire, avec sa fille insolente âgée d’une dizaine d’années. Bien qu’il peine à joindre les deux bouts, Thomas met les petits plats dans les grands pour surprendre sa femme, qui souffle ses quarante bougies. Mais voilà qu’à la tombée de la nuit, surgie du passé de Nora, une fratrie de visiteurs du soir patibulaires vient jouer les trouble-fête. Affectant des manières affables, ils séquestrent leur voisine dans la dépendance chic qui lui sert d’atelier, avant de prendre la famille en otage dans le corps de ferme rustique. Les spectres de Funny Games de Michael Haneke et de A History of Violence de David Cronenberg hantent ce double huis clos. Dans son exposition, la tension est latente, aidée par le score lancinant aux cordes stridentes de Florencia Di Concilio, autant que par les compositions en clair-obscur du chef opérateur Paul Guilhaume, qui convoque autant Goya que Soulages.
À contre-emploi, Monica Bellucci incarne une vamp énigmatique toute en intériorité. Elle semble par moment développer un syndrome de Stockholm au contact de son ravisseur, le benjamin psychotique au cœur tendre de la fratrie menaçante, campé par Alane Delhaye, le P’tit Quinquin de Bruno Dumont. L’alchimie ambiguë qui règne au sein de ce duo est très certainement l’arche la plus fascinante du récit.
Car de l’autre côté de la cour, malgré l’abattage de Benoît Magimel qui joue les Robert Mitchum dans La Nuit du chasseur, on peine à éprouver de l’empathie pour les Bergogne. Hafsia Herzi a beau prêter son aura sibylline à son personnage, on la sent d’emblée comme un poisson hors de l’eau au fin fond de ce Limousin paumé. Mais surtout, il n’existe aucune suspension d’incrédulité suffisamment puissante pour convaincre de son histoire passée avec Benoît Magimel. Effacé, Bastien Bouillon s’avère cruellement sous-exploité en dindon de la farce. Quant à la petite Ida, elle constitue davantage une clé de voûte narrative qu’un personnage à part entière : elle catalyse l’action, incarne l’enjeu de l’intrigue et sa résolution. Telles sont ses fonctions.
À l’exception d’une séquence en noir et blanc qui suspend le récit en figeant les protagonistes comme des statues de sel, Histoires de la nuit manque d’envergure, de prise de risque narrative. Le ressenti est celui d’une œuvre de commande sans éclat particulier, qui se garde bien de révolutionner le genre. À aucun moment, le film ne semble à la hauteur des standards de la compétition cannoise.
Justine Autissier
- HISTOIRES DE LA NUIT
- Sortie salle : 16 septembre 2026
- Réalisation et scénario : Léa Mysius
- Avec : Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon, Monica Bellucci, Tawba El Gharchi, Paul Hamy, Alane Delhaye, Servane Ducorps, Tatia Tsuladze…
- Production : Jean-Louis Livi
- Photographie : Paul Guilhaume
- Montage : Yorgos Lamprinos
- Décors : Esther Mysius
- Costumes : Judith de Luze
- Musique : Florencia Di Concilio
- Distribution : Le Pacte
- Durée : 1 h 54

