L’Abandon de Vincent Garenq : critique

Publié par CineChronicle le 14 mai 2026

Synopsis : Tout le monde connaît le nom de Samuel Paty, mais peu de gens connaissent réellement son histoire. Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, est assassiné à la sortie de son collège. À la lumière des enquêtes et des procès, ce film revient sur ses onze derniers jours, et l’engrenage qui a conduit à sa mort tragique.

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LAbandon affiche

L’Abandon affiche

Présenté en sélection officielle hors compétition à Cannes, L’Abandon a été tourné dans la plus grande discrétion. La sœur de l’enseignant a collaboré au scénario, inspiré du livre-enquête de Stéphane Simon Les Derniers jours de Samuel Paty. Il faut dire que le sujet est ô combien périlleux et inflammable et la précocité du projet interroge au vu de sa proximité avec l’épilogue judiciaire de l’affaire… Celui-ci propose une chronique méticuleuse de ces onze jours de l’automne 2020 qui ont précédé la décapitation d’un professeur de la République, à quelques mètres de son collège, par un islamiste radicalisé. L’engrenage infernal se met en marche lors de ce fameux cours d’éducation civique consacré à la liberté de la presse, au cours duquel Samuel Paty prend la précaution de ne heurter aucune sensibilité lors de la projection des caricatures de Mahomet par Charlie Hebdo, mettant ainsi le feu aux poudres malgré lui. Un compte à rebours vertigineux s’enclenche alors jusqu’à l’acte de barbarie suprême, une horreur que le réalisateur a la pudeur de reléguer au hors champ. Adepte du film-dossier, Vincent Garenq a jusqu’à présent consacré l’essentiel de sa filmographie aux rouages de faillites judiciaires en tous genres : Présumé coupable se conscre au scandale d’Outreau, Au Nom de ma fille s’inspire du meurtre de Kalinka Bamberski et L’Enquête se dédie à l’affaire Clearstream. L’Abandon s’inscrit dans le prolongement d’une œuvre cohérente, avec un récit glaçant d’une tragédie collective.

 

Antoine Reinartz dans LAbandon de Vincent Garenq - Credit Guy Ferrandis

Antoine Reinartz dans L’Abandon de Vincent Garenq / Crédit photo Guy Ferrandis

 

Extrêmement documenté, il y cartographie cliniquement et sobrement le déroulé sidérant des événements, dans une tension narrative implacable. Il y fait surtout la démonstration des multiples défaillances qui ont mené à l’inconcevable. L’affabulation d’une élève immature, la délation inconsciente d’une poignée de camarades cupides, la cabale haineuse d’un parent d’élève, l’opportunisme d’un faux prédicateur islamiste, la lâcheté de certains membres du corps professoral, la poudrière des réseaux sociaux, le dédale kafkaïen des institutions qui se renvoient la balle… Tout y est didactiquement décortiqué.

 

Comme à son habitude, Antoine Reinartz se fond entièrement dans son personnage de professeur chétif, discret et cérébral, apprécié de ses élèves, qu’il a pour tradition de gratifier d’une blague consignée dans un carnet dédié à chaque fin de cours. Les valeurs républicaines chevillées au corps, il pêche par excès d’égard envers les obédiences de son auditoire. Traqué, la peur au ventre, il vit ses dernières heures à la manière d’une figure fantomatique, ne sortant plus qu’encapuchonné, en proie à des attaques de panique terrassantes, et partageant son lit avec un marteau tant son sommeil est agité.

 

Emmanuelle Bercot prête quant à elle son autorité et son humanité naturelles au rôle à la fois digne et épineux de la proviseure du collège, impuissamment écartelée entre sa solidarité envers son professeur et sa responsabilité de sécurité envers son collège.

 

Emmanuelle Bercot dans LAbandon de Vincent Garenq - Credit Guy Ferrandis

Emmanuelle Bercot dans L’Abandon de Vincent Garenq / Crédit photo Guy Ferrandis

 

Malgré la nécessité pédagogique indiscutable de l’œuvre, le malaise point à plusieurs endroits. À commencer par la séquence inaugurale, où une voix off prend la liberté de prêter à Samuel Paty des intentions de postérité qui n’ont aucun fondement. Le traitement légèrement décalé de la dénonciation de la lourdeur administrative paraît quant à lui assez malvenu, lors de l’énoncé interminable de la liste d’acronymes tous plus abscons les uns que les autres.

 

De la mise en image de la version calomnieuse des faits tels que narrés par l’élève accusatrice résulte un ressenti parodique franchement déplacé. Sans parler du choix de mise en scène douteux du bourreau fanatique, systématiquement filmé en contre-plongée dans la pénombre, à la façon d’un true crime de mauvais goût.

 

Mais surtout, derrière ces maladresses, on peine à identifier la vision d’auteur, à mille lieues d’un Elephant de Gus Van Sant, à titre de référence en matière de tragédie en milieu scolaire. Peut-être faudra-t-il chercher ce parti pris de cinéma chez Stéphan Strecker, qui s’apprête à sortir son projet concurrent Le Silence des Dieux dans les prochains mois, où Samuel Paty apparaîtra cette fois-ci sous les traits de Jean-Paul Rouve…

 

Justine Autissier

 

 

 

  • L’ABANDON
  • Sortie salle : 13 mai 2026
  • Réalisation : Vincent Garenq
  • Avec : Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot, Emma Boumali, Nedjim Bouizzoul, Azize Kabouche, Marie-Sohna Condé, Mounira Barbouch, Barbara Bolontner, Alexandre Blazy, Emmanuel Lemire
  • Scénario : Vincent Garenq et Alexis Kebbas
  • Production : Stéphane Simon, Marion de Blaÿ, François Kraus et Denis Pineau-Valencienne
  • Photographie : Renaud Chassaing
  • Montage : Aurique Delannoy
  • Décors : Isabelle Quillard
  • Costumes : Marie-Laure Lasson
  • Musique : Nicolas Errèra
  • Distribution : UGC
  • Durée : 1 h 40

 

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