Synopsis : Directrice d’un établissement pour personnes âgées, Marie-Lou tente d’y instaurer une philosophie de soins innovante basée sur l’écoute et la dignité des résidents, malgré la réticence d’une partie de ses équipes. Sa rencontre avec Mari, une metteuse en scène japonaise qui se bat contre un cancer, va bouleverser sa trajectoire. En nouant une amitié profonde, les deux femmes engagent ensemble un combat pour “rendre possible l’impossible”.
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Onzième long-métrage de Ryūsuke Hamaguchi, Soudain offre au cinéaste japonais sa troisième sélection officielle en compétition au Festival de Cannes après Asako I & II, reparti bredouille en 2018, et Drive My Car, Prix du scénario 2021 et Oscar du Meilleur film étranger 2022. Son scénario s’inspire librement d’un recueil de correspondances épistolaires échangées entre Makiko Miyano, philosophe luttant contre un cancer en phase terminale, et l’anthropologue médicale Maho Isono. C’est la toute première fois que Hamaguchi pose sa caméra dans l’Hexagone, et le metteur en scène signe également ici ses débuts en langue française. Le récit commence alors que Marie-Lou, directrice d’Ehpad hyperempathique animée d’une vision, est au bout du rouleau. Son implémentation d’une méthode de soin utopique, basée sur la relation humaine avec les soignants et le respect de la dignité des patients, se heurte au manque de moyens comme au scepticisme de son personnel historique. Le hasard de sa rencontre avec une dramaturge nippone condamnée par un cancer bouleverse sa perception du monde. En osmose instantanée et en état de grâce, Virginie Efira et Tao Okamoto n’ont pas volé leur Prix d’interprétation ex aequo. Sous les traits de la première, Marie-Lou re-naît sous nos yeux à mesure que la seconde nimbe Mari d’une aura spectrale qui ré-illumine son monde. Le coup de foudre amical dont on est témoin fait d’autant plus d’étincelles qu’il semble concerner les comédiennes au même titre que leurs personnages. Les deux complices sont allées jusqu’à apprendre la langue de l’autre dans un temps très limité pour les exigences de bilinguisme et de vérité du film.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Soudain passe le test de Bechdel haut la main. Ses deux protagonistes développent une connexion spirituelle profonde et puissante au fil de conversations de très haute altitude. Bien qu’issues de cultures distantes, ces deux-là partagent un bagage de pensée commun, en plus de la similarité troublante de leurs prénoms.
Leur amitié naissante se scelle dans un somptueux plan-séquence crépusculaire sur les quais de Seine, qui n’est pas sans rappeler les déambulations parisiennes bavardes du Before Sunset de Richard Linklater. Plus tard, au détour d’une parenthèse nippone enchantée, un lever de soleil sur les montagnes kyotoïtes y fait écho, et confirme au passage l’inspiration de la photographie d’Alan Guichaoua, collaborateur régulier de Guillaume Brac.
L’épaisseur des considérations d’ordre philosophique sur lesquelles devisent Marie-Lou et Mari contraste avec une communication plus sensorielle entre soignants et résidents de l’Ehpad. Lorsque les troubles neurologiques affectent les facultés verbales, le regard et le toucher prennent le relais. C’est ainsi que dans une scène d’une grande cocasserie, un atelier de stimulation cognitive tourne au massage plantaire collectif à même la pelouse de l’établissement, sous les yeux interloqués de cadres dirigeants en visite. L’alternance entre les longues séquences de dialogues didactiques et cette douceur lyrique s’avère salutaire et contribue largement au rythme hypnotique qui parcourt l’œuvre.
Malgré la démesure de la durée de ce film-fleuve de 3 h 16 (le plus long de la compétition), Soudain demeure une expérience de cinéma unique en son genre, qui bouleverse par sa sincérité.
Justine Autissier
- SOUDAIN
- Sortie salle : 12 août 2026
- Réalisation : Ryūsuke Hamaguchi
- Avec : Virginie Efira, Tao Okamoto, Kyozo Nagatsuka, Kodai Kurosaki, Jean-Charles Clichet, Marie Bunel, Romain Cottard, Gabriel Dahmani, Marie Denarnaud, Séphora Pondi
- Scénario : Ryūsuke Hamaguchi et Léa Le Dimna
- Production : David Gauquié & Julien Deris, Kosuke Oshida & Yuji Sadaï
- Photographie : Alan Guichaoua
- Montage : Azusa Yamazaki
- Décors : Mila Preli
- Costumes : Caroline Spieth
- Musique : Samuel Andreyev
- Distribution : Diaphana
- Durée : 3 h 16

