Ressortie / La Maison de la mort de James Whale : critique 

Publié par Sévan Lesaffre le 27 août 2019

Synopsis : Alors qu’ils traversent une région isolée du pays de Galles, M. et Mme Waverton et leur ami Philip sont pris dans une terrible tempête. Ils trouvent refuge dans une vieille demeure habitée par Rebecca Femm et son frère Horace, secondés par Morgan, leur étrange majordome muet et défiguré. Un peu plus tard dans la soirée, deux autres visiteurs viennent à leur tour demander l’hospitalité : Sir William Porterhouse et son amie Gladys Duquesne. À mesure que la nuit s’installe, l’atmosphère se fait de plus en plus pesante entre les hôtes et leurs invités. Le terrible secret de cette demeure est alors sur le point d’être révélé..

 

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La maison de la mort - affiche

La maison de la mort – affiche

En 1931 se produit une véritable révolution dans le paysage cinématographique mondial avec la sortie de Frankenstein, produit par Universal, réalisé par James Whale (La Valse de l’ombre, Show Boat, L’Homme invisible) et interprété par l’immense Boris Karloff. Suite à cet énorme succès ayant durablement influencé le cinéma fantastique américain, l’équipe se reforme un an plus tard pour tourner un autre chef-d’œuvre de l’épouvante, La Maison de la mort (The Old Dark House), également connu en France sous le titre Une soirée étrange. Troquant cette fois le fantastique pour le gothique, ce classique d’Universal est un subtil mélange de drame, de frisson et d’humour noir, distillant une atmosphère d’angoisse, voire de folie. Un couple, surpris par un déluge et perdu dans une région isolée du Pays de Galles, cherche refuge dans un manoir étrangement hanté. Très vite, la présence de ces nouveaux venus ne tarde pas à troubler la sérénité des lieux, abritant un patriarche centenaire et un dangereux pyromane. L’atmosphère est tendue, macabre, lourde de menaces. Adapté du roman Benighted de John Boynton Priestley, le film, tourné durant la période pré-Code, introduit la plupart des conventions du genre. Whale, doué d’un sens aigu du cadrage, emprunte ici aux réalisateurs allemands, notamment à Murnau, l’éclairage expressionniste et la caméra mobile. Le directeur de la photographie Arthur Edeson (à qui l’on doit Casablanca ou Le Faucon Maltais), le chef décorateur Charles D. Hall (Le Fantôme de l’opéra, À l’Ouest rien de nouveau) et le génie du maquillage Jack Pierce (Dracula, Frankenstein) montrent quant à eux toute l’étendue de leur talent.

 

La maison de la mort

La maison de la mort

 

En plus de ses indéniables qualités esthétiques – le vent agitant des rideaux démesurés dans un couloir immense, le miroir déformant et la cheminée aux flammes crépitantes, les jeux d’ombres chinoises sur un mur révélant soudain une terrifiante silhouette, les gros plans du visage couturé de l’inquiétant domestique –, La Maison de la mort réunit un casting de premier ordre : le charismatique Boris Karloff est parfait dans le rôle de Morgan, étrange majordome défiguré et muet ; Charles Laughton – dans sa première apparition américaine avant ses rôles dans La Vie privée d’Henry VIII ou Les Révoltés du Bounty –  encore juvénile est remarquable en riche bourgeois désoeuvré ; Eva Moore, quant à elle, incarne avec brio Rebecca Femm, une fanatique religieuse et sourde. Sans oublier les stars de l’époque telles que Melvyn Douglas (Le Fantôme de Milburn, L’Enfant du diable), Ernest Thesiger (La Fiancée de Frankenstein) ou encore Lilian Bond (Le Portrait de Dorian Gray).

 

La maison de la mort

La maison de la mort

 

Le cinéaste, qui combine frayeurs, théâtralité et comique, sait faire progresser son intrigue en inspectant les différents versants de l’épouvante pour proposer une œuvre complète et merveilleusement mise en scène. Ainsi, La Maison de la mort alterne, suspense, épouvante et érotisme – le film s’achève d’ailleurs sur un typique baiser hollywoodien – entre la Belle Gloria Stuart et Karloff grimé en horrible Bête. Cinquième long-métrage de James Whale, La Maison de la mort a donné lieu à deux remakes, le premier réalisé en 1963 par William Castle et le second en 1975 par Freddie Francis sous le titre The Ghoul. Il inspirera notamment la famille de reclus de Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper ou les convives excentriques de The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman. Pour la première fois, le film a été entièrement restauré en qualité 4K par Roundabout Entertainment, en collaboration avec Universal pour Cohen Film Collection.

 

 

 

  • LA MAISON DE LA MORT (The Old Dark House)
  • Ressortie : 25 septembre 2019
  • Version restaurée 4K
  • Réalisation : James Whale
  • Avec : Boris Karloff, Melvyn Douglas, Charles Laughton, Raymond Massey, Gloria Stuart, Lillian Bond, Eva Moore…
  • Scénario : Benn W. Levy d’après le roman de J.B. Priestley
  • Production : Carl Laemmle Jr.
  • Photographie : Arthur Edeson
  • Montage : Clarence Kolster
  • Maquillage : Jack Pierce
  • Décors : Charles D. Hall
  • Musique : Bernhard Kaun
  • Distribution : Carlotta Films
  • Durée : 1h10
  • Sortie initiale : 20 octobre 1932 (États-Unis)  – 6 avril 1934 (France)

 

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