L’actrice belge a succombé des suites d’un cancer des glandes surrénales, après avoir longuement lutté contre la maladie. Elle avait 43 ans.
C’est avec une profonde tristesse que le monde du cinéma a appris ce matin le décès de l’actrice belge Émilie Dequenne, la nuit dernière à l’hôpital Gustave-Roussy de Villejuif. Depuis l’annonce de son cancer en 2023, l’actrice partageait régulièrement des nouvelles sur son état de santé. Malgré une première rémission et une rechute survenue en 2024, elle n’a jamais cessé d’exprimer son envie de vivre. À l’occasion du Nouvel An, elle écrivait encore : « Nous souhaiter encore 20 ans de bonheur et plus encore ». Mais son immense force et détermination n’auront hélas pas suffi.
Révélée à seulement 18 ans dans Rosetta (1999) des frères Dardenne, Émilie Dequenne s’est rapidement imposée comme une actrice incontournable du cinéma francophone. Son interprétation bouleversante d’une jeune femme en détresse sociale lui a valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes, un exploit pour un premier rôle au cinéma. Ce début fulgurant marque le début d’une carrière à succès pour cette comédienne instinctive, capable d’incarner des personnages bruts, intenses et profondément humains.
Par la suite, elle alterne les rôles dans des registres variés et démontre sa polyvalence. Elle se tourne vers le cinéma populaire avec Le Pacte des loups (2001), film d’aventure fantastique qui rencontre un large succès en salle, avant de revenir à des œuvres plus intimistes. Elle incarne une jeune femme fragile et manipulatrice dans La Fille du RER (2009) d’André Téchiné.
C’est en 2012 qu’elle connaît une nouvelle consécration avec À perdre la raison de Joachim Lafosse. Dans ce drame tragique inspiré de faits réels, elle livre une performance glaçante et bouleversante pour laquelle elle obtient le Prix d’interprétation Un Certain Regard à Cannes, et le Magritte de la Meilleure actrice.
La suite de la carrière d’Émilie Dequenne est construite sur une alternance de films d’auteur et de productions plus grand public. Elle s’illustre notamment dans Pas son genre (2014) de Lucas Belvaux, où elle campe une coiffeuse spontanée et lumineuse face à Loïc Corbery. Son naturel et sa sincérité donnent à cette romance une authenticité rare, et son interprétation est largement saluée par la critique.
Plus récemment, elle est apparue dans le drame d’Emmanuel Mouret Les Choses qu’on dit, les Choses qu’on fait (2020), et dans le drame délicat et touchant Close (2022) de Lukas Dhont, traitant de l’amitié et de la perte. C’est l’année suivante que lui est diagnostiqué son cancer extrêmement rare et agressif, à l’âge de 42 ans. Elle s’éloigne alors des plateaux de tournage et livre un combat acharné contre son affection, soutenue par son époux, l’acteur Michel Ferracci, et sa fille unique Milla Saravese. Émilie Dequenne s’éteint le 16 mars 2025 à 43 ans.
Depuis l’annonce de son décès, les hommages à cette talentueuse actrice du cinéma francophone se multiplient sur les réseaux sociaux et dans la presse. Jean-Pierre Dardenne, Tahar Rahim, Leïla Bekhti, Alexandra Lamy, et bien d’autres ont partagé leur peine et honoré la mémoire de cette femme douce et généreuse.
Émilie Dequenne laisse derrière elle une filmographie marquée par l’authenticité et l’intensité de son jeu, ainsi que le souvenir d’une femme courageuse, dont la passion pour le cinéma et la vie auront été source d’inspiration pour beaucoup.
Norane Chiali
