
Nathalie Baye dans La Nuit américaine, Vénus Beauté (Institut), Attrape-moi si tu peux, Le Petit lieutenant
C’est une véritable icône du Septième Art qui nous a quittés ce 17 avril au soir à son domicile parisien, emportée par une maladie neurodégénérative, dont elle souffrait discrètement depuis quelques années.
Le cinéma français est en deuil. Retirée de la vie publique depuis plusieurs mois, Nathalie Baye était atteinte de la maladie à corps de Lewy, qui présente une combinaison de troubles proches de ceux des maladies d’Alzheimer et Parkinson.
Adoubée par François Truffaut en 1973, qui la révèle en tant qu’éternelle scripte de La Nuit américaine, elle accède à la consécration d’un premier César du Meilleur Second rôle féminin dans Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard en 1981. Non contente de cette première statuette, elle en rafle deux autres les deux années suivantes pour Une Étrange affaire de Pierre Granier-Deferre et le polar La Balance de Bob Swaim, entérinant définitivement sa reconnaissance au sein de la profession.
Incarnation de l’élégance à la française, elle souffre à ses débuts d’une image de petite fille sage dont elle peine à se défaire. Son idylle hautement médiatisée avec l’idole des jeunes Johnny Hallyday dans la première moitié des années 80 reste à cet égard longtemps mécomprise.
Après une brève traversée du désert – qui coïncide avec les jeunes années de sa fille unique, Laura Smet, fruit de la plus rock’n’roll de ses aventures -, elle s’emploie dès la fin des années 90 à casser son image classique et conquérir le coeur du grand public, dont les suffrages viennent abonder ceux des cinéphiles. Son rôle d’esthéticienne dans le triomphe commercial Vénus Beauté (Institut) de Tonie Marshall marque à ce titre un tournant plus populaire dans sa carrière. Elle s’offre même le luxe d’une escapade hollywoodienne chez Steven Spielberg et incarne la mère de Leonardo DiCaprio dans Arrête-moi si tu peux.
Prolifique, son œuvre se fait dès lors résolument éclectique, et Nathalie Baye se taille une place de choix dans l’industrie, dont les portes du cinéma d’auteur comme celles de la comédie mainstream lui sont grandes ouvertes. Sa prestation à contre-emploi dans Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois lui vaut ainsi un quatrième et ultime César en 2005. Xavier Dolan en fait une figure maternelle fétiche de deux de ses films (Laurence Anyways et Juste la fin du monde) au cours de la décennie suivante.
Pour autant, elle ne s’interdit aucune incursion dans le cinéma commercial. Dès 2001, elle déploie tout son potentiel comique dans Absolument fabuleux de Gabriel Aghion, adaptation de la célèbre série télévisée britannique. Elle s’essaie ensuite à la comédie romantique dans Le Prix à payer d’Alexandra Leclère. Enfin, dans la franchise Alibi.com de Philippe Lacheau, elle s’illustre dans un registre plus potache. Rares sont les comédiens à pouvoir se targuer d’une telle polyvalence et d’une telle unanimité publique.
Avec cette triste disparition, c’est un demi-siècle de cinéma qui s’éteint.
Justine Autissier