Prolifique et éclectique, le réalisateur britannique fut l’auteur d’une dizaine de fictions pour la télévision et d’une vingtaine de longs métrages en l’espace d’un demi-siècle de carrière. Il s’est éteint le 11 août dernier.
Né aux premières heures de la Seconde Guerre mondiale dans l’Angleterre septentrionale, John Irvin sort diplômé de la London Film School à la fin des années 1950. Il embrasse alors une carrière de documentariste, notamment auprès de la BBC et de son concurrent privé ITV. D’emblée, son premier court-métrage documentaire Inheritance, consacré aux séquelles de la Guerre d’Algérie, se distingue par son style cinéma-vérité et sa narration par la mélodieuse voix de baryton de Richard Burton. Il lui vaudra son premier BAFTA, remis des mains d’Audrey Hepburn.
Débriefé par le MI6 au retour du tournage d’un documentaire dédié à la Guerre civile du Yemen du Nord, ses convictions politiques fondamentalement ancrées à gauche et ses prises de position anti-apartheid, pacifistes et antinucléaires dissuaderont finalement les Renseignements britanniques de toutes velleités de recrutement d’Irvin en tant qu’espion.
À la fin des années 1960, il s’essaie au docu-fiction avec le court-métrage Medieval England: The Peasant Revolt, offrant à Anthony Hopkins son tout premier rôle à la télévision. Fort de cette expérience, le documentariste confirme alors son virage vers la fiction télévisée. Son adaptation pour la BBC du roman d’espionnage La Taupe de John Le Carré en mini-série de sept épisodes connaît un véritable succès d’audience et d’estime, comme en témoignent son BAFTA du Meilleur Acteur remporté par Alec Guinness et sa nomination à l’Emmy Award de la Meilleur minisérie.
John Irvin se fait un nom et Hollywood lui ouvre grand ses portes. “Faiseur” d’un certain nombre de séries B de commande, il ne brille pas particulièrement dans l’exercice. Le Contrat avec Arnold Schwarzenegger déçoit tant la critique que l’industrie. Instrumentalisé par la Fox, son Robin des bois avec la jeune Uma Thurman est diffusé précipitamment à la télévision un mois avant la sortie salle du projet concurrent de la Warner avec Kevin Costner, dans l’espoir bien mal avisé de lui couper l’herbe sous le pied…
Adepte du grand écart, Irvin s’épanouit davantage dans un pan plus ambitieux de sa filmographie. Il en est ainsi des Chiens de la guerre avec Christopher Walken, son premier long-métrage de fiction, dont il a hérité suite au désistement de Michael Cimino, alors embourbé dans la post-production des Portes du Paradis. Ultime rôle de Fred Astaire, Le Fantôme de Milburn sera quant à lui le troisième film d’horreur le plus lucratif de l’année 1981.
Mais c’est surtout à Hamburger Hill, film de guerre avec Don Cheadle et Dylan McDermott (dans son premier rôle), que John Irvin doit sa reconnaissance en tant que cinéaste. Sorti frileusement dans l’ombre de Platoon d’Oliver Stone et de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, il reste à ce jour considéré comme l’une des évocations les plus réalistes de la Guerre du Vietnam.
Dans les années 2000, John Irvin revient à un cinéma européen plus indépendant. Il n’achèvera jamais le montage final de son thriller politique Mandela’s Gun, biopic du leader de la lutte contre l’apartheid, auquel il avait consacré six années de tournage à travers sept pays différents. Une version festival avait toutefois été projetée au Parlement britannique en 2017, en l’honneur du premier président noir d’Afrique du Sud.
Justine Autissier
