À l’occasion des vingt ans de Marie-Antoinette, le château de Versailles ouvre les portes des coulisses du film de Sofia Coppola. Costumes, décors et archives, l’exposition révèle comment est née cette vision aussi moderne que décalée de l’une des reines les plus connues de l’Histoire de France.
Marie-Antoinette est sans doute l’un des films les plus marquants de Sofia Coppola. Costumes extravagants, couleurs pastel, coiffures dignes de pièces montées, histoire sulfureuse et bande-son pop-rock, la réalisatrice réinvente la figure de la dernière reine de France et fait naître un véritable « style Marie-Antoinette ». Vingt ans après sa sortie, son influence se ressent encore dans la mode, le design et la photographie.
Pour célébrer cet anniversaire, une exposition est présentée au château de Versailles jusqu’au 24 janvier 2027. Le choix du lieu n’a rien d’anodin : une partie du film y a été tournée, notamment dans le domaine du Petit Trianon. Au total, 19 jours de tournage ont eu lieu à Versailles, dont les décors deviennent presque un personnage à part entière du long-métrage.
Conçue en collaboration avec Sofia Coppola, l’exposition revient sur la naissance du projet, ses partis pris esthétiques et son influence culturelle. Elle dévoile également des costumes, accessoires, documents de travail rarement présentés au public.
Dans la tête de Sofia Coppola
Dès les premières salles, l’exposition invite à remonter aux origines du projet et à comprendre comment Sofia Coppola a construit sa vision de Marie-Antoinette. Tout commence au début des années 2000, lorsque la réalisatrice décide de revisiter la figure de la reine.
La lecture de la biographie publiée par Antonia Fraser en 2001 joue un rôle déterminant dans cette nouvelle approche. Coppola délaisse alors l’image de souveraine frivole et caricaturale véhiculée par l’Histoire et certaines biographies pour s’intéresser à l’adolescente derrière le mythe.
Arrivée à Versailles à seulement quatorze ans, Marie-Antoinette doit se plier aux règles strictes d’une cour dont elle ne connaît encore ni les usages ni les codes. L’exposition révèle également les inspirations de la réalisatrice, avec notamment des références aux Liaisons dangereuses de Stephen Frears ou encore à l’univers musical des New Romantics.
Un Versailles sur mesure
Obtenir l’autorisation de tourner à Versailles ne signifiait pas pour autant pouvoir investir librement le château. Certaines salles étaient interdites d’accès et plusieurs espaces, trop fragiles, ont dû être recréés ailleurs.
L’exposition permet de découvrir de nombreux dessins préparatoires qui témoignent de l’ampleur de ce travail de reconstitution. Ils détaillent les décors jusque dans leurs moindres éléments et permettent de mesurer le nombre d’heures nécessaires avant même que les caméras ne commencent à tourner.
Chaque boiserie, chaque meuble, chaque étoffe, chaque composition florale ou accessoire fait l’objet d’une réflexion et d’un travail minutieux. C’est le cas par exemple de la chambre du Grand Appartement de la Reine.
- Une garde robe royale © Château de Versailles T. Garnier
- Une garde robe royale © Château de Versailles T. Garnier
Une garde-robe royale
La partie la plus intéressante de l’exposition est sans doute celle consacrée aux costumes, véritable identité visuelle de Marie-Antoinette. Avec leurs couleurs pastel et leur allure très moderne, ils ont été imaginés par Milena Canonero, figure incontournable du cinéma et récompensée par un Oscar pour son travail sur le film.
Avec Sofia Coppola, elles forment un véritable duo et proposent des robes qui reprennent les formes du XVIIIe siècle tout en les transformant selon un principe de « stylisation ».
Le travail réalisé est considérable : plus de 170 costumes sont créés pour les personnages principaux, dont près d’une centaine pour Marie-Antoinette. Même si l’exposition ne permet malheureusement d’en découvrir qu’une vingtaine, ils restent un véritable plaisir pour les yeux. Les chaussures, notamment les célèbres converse violettes cachées quelque part dans le Trianon, les bijoux et les perruques sont également présentés.
Des gourmandises à gogo
La gastronomie occupe elle aussi une place centrale dans l’univers de Marie-Antoinette. L’exposition revient notamment sur le travail du chef français Marc Meneau, spécialiste de la cuisine du XVIIIe siècle. Les mets imaginés pour le film sont conçus comme de véritables compositions visuelles.
Leur abondance et leur raffinement participent à la représentation d’un monde où le plaisir, la beauté et l’excès deviennent omniprésents. Impossible également de passer à côté des célèbres macarons de Ladurée, devenus indissociables de l’imaginaire visuel du long-métrage.

Dans l’intimité du tournage – Sofia Coppola et Kirsten Dunst pendant le tournage de Marie Antoinette © Andrew Durham
Dans l’intimité du tournage
L’exposition permet enfin de pénétrer au cœur du tournage grâce à de nombreux documents issus des archives de Sofia Coppola : moodboards, croquis, dialogues manuscrits, scénarios annotés, découpages de scènes, plans de travail, feuilles de casting ou encore listes d’accessoires. Des vidéos inédites viennent compléter cet ensemble et montrent les coulisses d’une production où chaque détail est pensé avec précision. Une place particulière est accordée au photographe Andrew Durham, ami de longue date de Sofia Coppola. Avec son appareil Contax 35 mm, il documente le tournage au plus près des acteurs, capturant aussi bien les moments de travail que les instants de détente entre deux prises. On y découvre par exemple des figurants en costume lors d’une pause cigarette.
Accessible avec le billet d’entrée au château de Versailles ou un billet pour le domaine du Trianon, l’exposition offre ainsi une plongée dans les coulisses d’un film devenu culte. Au-delà des costumes et des décors, elle permet surtout de comprendre comment Sofia Coppola a construit une vision singulière de Marie-Antoinette, en faisant dialoguer histoire, mode, musique et culture pop. Des visites guidées sont également proposées pour approfondir cette découverte et revenir sur les nombreux secrets d’un tournage.
Emma Pauchont
- Marie-Antoinette de Sofia Coppola
- Du 22 septembre 2026 au 24 janvier 2027
- Petit Trianon au château de Versailles
- chateauversailles.fr





