Ressortie/ French Connection de William Friedkin: critique

Publié par Thierry Carteret le 30 juillet 2015

Synopsis : Deux flics des stups, Buddy Russo et Jimmy Doyle, dit Popeye, se retrouvent sur la piste d’une grosse livraison d’héroïne en provenance de Marseille. De planques en filatures, d’arrestations en courses-poursuites dans les rues de New York, Popeye et Russo vont démanteler ce que les archives du crime appellent désormais… la French Connection.

 

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French Connection - affiche version restauree

French Connection – affiche version restaurée

William Friedkin est décidément à l’honneur en ce moment. Suite à la ressortie événement de SORCERER (notre critique) en version director’s cut restaurée le 15 juillet, voici la reprise en salle le 19 août prochain de French Connection. Thriller d’action surpuissant qui a valu au cinéaste la reconnaissance immédiate à l’international et de multiples récompenses (cinq Oscars, dont meilleurs film et réalisateur, et trois Golden Globes). Au même titre que Sorcerer ou L’Exorciste, son plus grand succès à ce jour, French Connection s’appuie sur un style filmique quasi documentaire. Le scénario, écrit par Ernest Tidyman (Shaft), repose entièrement sur des faits réels et des personnes existantes comme les vrais flics Eddie Egan et Sonny Grosso, ou encore le trafiquant Jean Jehan qui a inspiré Alain Charnier (Fernando Rey). L’histoire, qui s’apparente à une longue filature dérivant vers une poursuite haletante, raconte comment deux policiers américains de la brigade des stups ont réussi entre 1960 et 1970 à démanteler un puissant réseau de drogue (La French Connection) faisant transiter l’héroïne du sud de la France vers la côte Est des Etats-Unis. L’intérêt premier est de présenter un duo d’enquêteurs bien campé, attachant et crédible. Buddy Russo, interprété avec rigueur et sobriété par Roy Scheider (Sorcerer, Les Dents de la Mer), est un policier plutôt taciturne, totalement voué à son travail et dont on ne sait quasiment rien de sa vie privée. On ignore s’il est marié ou célibataire. Face à lui, Jimmy Doyle, surnommé « Popeye », joué par Gene Hackman en est l’exact opposé à tout niveau : bordélique, débonnaire, porté sur les femmes et ne pouvant s’empêcher de draguer toutes celles qu’il croise.

 

Roy Scheider (gauche) et Gene Hackman dans French Connection de William Friedkin

Roy Scheider (gauche) et Gene Hackman dans French Connection de William Friedkin

 

Ce duo de flics anticonformistes est pour beaucoup dans la fascination exercée par ce polar à l’atmosphère sombre, oscillant entre des décors poisseux des bas-fonds new-yorkais aux Docks de Marseille. Dans le moins réussi French Connection 2 de John Frankenheimer, sorti quatre ans plus tard, Gene Hackman a eu droit au rôle principal, enrichissant ainsi le personnage à la psychologie bien plus complexe qu’elle n’y paraît. Mais French Connection offre également de magnifiques seconds rôles. Le très bunuelien Fernando Rey, acteur d’origine espagnole, habite le personnage du trafiquant Alain Charnier d’un dandysme et d’une classe qui contraste avec son activité de malfrat. À ses côtés, le très Français Marcel Bozzuffi campe Pierre Nicoli, l’homme de main de Charnier, à l’apparence beaucoup plus brutale. On retient aussi la performance marquante de l’acteur Tony Lo Bianco (Les tueurs de la lune de miel) dans le rôle de Sal Boca, inspiration directe de Pasquale « Patsy » Fuca, membre principal d’une famille de trafiquants en cheville avec les équipes new-yorkaises. À l’image de Sorcerer, le casting féminin est quasi inexistant et seule la piquante Arlene Farber (Angie, la compagne de Sal Boca) tire son épingle du jeu avec talent et discrétion. Le contexte d’époque offrait rarement des rôles féminins de premier plan intéressants dans les polars, contrairement aux productions hollywoodiennes actuelles.

 

French Connection de William Friedkin

French Connection de William Friedkin

 

French Connection, c’est surtout sa longue course poursuite mémorable. Devenue mythique, cette séquence shootée à l’adrénaline a bâti la solide réputation de l’oeuvre et reste toujours aussi impressionnante aujourd’hui. Rappelons que William Friedkin a pris des risques incroyables pour la concevoir. Certains plans sont pris sur le vif et filmés sans quasiment aucune sécurité, comme les vues subjectives à l’intérieur du véhicule conduit par un cascadeur, dans Bensonhurst à Brooklyn, sous la rame du métro aérien BMT West End Line. Gene Hackman a cependant pris le volant lui-même pour certains passages de cette scène qui s’achève sur la mort de Pierre Nicoli (Marcel Bozzuffi) dans le métro. Revoir aujourd’hui French Connection dans de telles conditions est une véritable bénédiction. Un chef-d’œuvre du genre et l’une des dernières productions faites sans les effets spéciaux ni le numérique. Si George Miller a prouvé récemment que l’on pouvait encore offrir du spectacle authentique en terme de courses poursuites effrénées dans MAD MAX : FURY ROAD (notre critique), le classique de William Friedkin rappelle que le septième art n’est jamais aussi fort que lorsqu’il sonne vrai à l’image. En cela, French Connection reste un indépassable.

 

 

 

  • Ressortie de FRENCH CONNECTION (The French Connection) réalisé par William Friedkin en salles le 19 août 2015 en version restaurée.
  • Avec : Gene Hackman, Roy Scheider, Fernando Rey, Marcel Bozzuffi, Tony Lo Bianco, Patrick McDermott, Al Fann, Frédéric de Pasquale, Eddie Egan,Fred J. Lincoln, Arlene Farber, Filda Albertoni, Ann Rebbot…
  • Scénario : Ernest Tidyman
  • Production : Philip D’Antoni
  • Photographie : Owen Roizman
  • Montage : Gerald B. Greenberg
  • Son : Jean-Louis Ducarne
  • Décors : Edward Garzero
  • Costumes : Joseph Fretwell
  • Musique : Don Ellis
  • Distribution : Capricci Films
  • Durée : 1h44
  • Date de sortie : 14 janvier 1972 (France)
  • Studio initial :
  • Restauration : 20th Century Fox (studio initial) supervisé par William Friedkin et Owen Roizman

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