Synopsis : Elisabeth Sparkle, célèbre pour son spectacle d’aérobic, doit faire face à un coup dur le jour de ses 50 ans, quand son patron la licencie. Au milieu de sa détresse, un laboratoire lui propose une substance qui promet de la transformer en une version améliorée d’elle-même.
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“N’avez-vous jamais rêvé d’une meilleure version de vous-même ? Plus jeune, plus belle, plus parfaite”. Le second long-métrage de Coralie Fargeat, The Substance, marque un retour très attendu de la réalisatrice après le succès de Revenge (2017). Récompensé par le Prix du meilleur scénario au dernier Festival de Cannes, le film était, à n’en pas douter, l’une des attractions cinématographiques de cette fin d’année 2024. Le long-métrage aborde de façon percutante et viscérale les thèmes de la chirurgie, de la jeunesse éternelle et de la pression exercée sur les femmes dans une société portée sur l’apparence. Elisabeth Sparkle (Demi Moore), ex-star de télévision, se voit renvoyée brutalement le jour de son cinquantième anniversaire. Son patron (Dennis Quaid) la juge “finie”, trop âgée et inadaptée aux nouvelles attentes du public. Sa détresse la pousse vers un choix radical, celui de se laisser tenter par l’expérience Substance, afin de créer une version plus jeune et parfaite d’elle-même, Sue (Margaret Qualley). Cette quête de perfection physique, dictée par une société patriarcale, imposée par le regard masculin, est le principal message abordé dans le film. Coralie Fargeat met en lumière que les hommes fixent les standards de beauté, et principalement de pouvoir. Ils représentés comme des hommes blancs et vieillissants (directeurs de casting, patrons d’entreprise, actionnaires…). Le style adopté du body horror, poussé à l’extrême, va permettre à la réalisatrice de représenter visuellement cette pression, jusqu’à une scène finale marquante. La réalisatrice montre l’effritement physique et psychologique d’Elisabeth au fur et à mesure qu’elle tente de se conformer à ces normes oppressantes.
Même si peu subtile, la mise en scène n’en devient pas moins percutante. Elle touche exactement là où il faut et transmet de manière directe ses messages. Le montage, très fluide, permet également aux spectateurs de ne jamais décrocher des 2 h 20 du film. À travers des références à des classiques de l’horreur comme The Shining (1980) de Kubrick ou Carrie (1976) de De Palma, The Substance s’inscrit dans une série de longs métrages jouant sur le symbolisme pour exprimer ses idées. La mise en scène met également en avant des choix stylistiques forts de Fargeat, qui fait de chaque élément visuel et sonore une partie intégrante du film. Les bruits de bouche, de pas et une musique techno répétitive créent une ambiance anxiogène.
La caméra, en particulier dans les scènes mettant en avant Dennis Quaid (Midway, Le Jour d’après) et Margaret Qualley (Pauvres Créatures, Kind of Kindness), se concentre sur des détails corporels comme la bouche ou les fesses, renforçant l’aspect dérangeant du regard extérieur sur les corps. Ces gros plans mettent littéralement à nu ses personnages, qui dépeignent le premier comme sale et répugnant et la seconde comme un objet de consommation sexualisé, ce qui renforce le malaise.
La seconde force de The Substance réside dans le dilemme moral d’Elisabeth et du duel complexe qu’elle livre avec son double, Sue. La relation entre les deux femmes s’avère fascinante. Chacune dépend de l’autre pour exister et se nourrir physiquement et psychologiquement. Sue se nourrit de la détresse d’Elisabeth pour enfreindre les règles de l’expérience, tandis qu’Elisabeth, constamment confrontée à l’image de Sue (exposée en grand, devant la fenêtre dans son appartement), s’enfonce dans ses complexes et sa dépression. Ce lien entre elles symbolise l’illusion de jeunesse éternelle et du regard de soi que nous impose la société. Pour interpréter cette femme qui constate l’effritement du temps sur elle, Demi Moore, icône des années 90 (Ghost, G.I. Jane, Striptease), tient ici l’un de ses rôles les plus marquants de ces dernières années. Et malgré l’apparition de Sue, Elisabeth conserve un rôle central, car c’est à travers elle que nous ressentons toutes les émotions et de l’empathie.
The Substance ne se contente pas de dénoncer, il expose. À la fois sur les conséquences physiques et psychologiques sur ses personnages et sur les sacrifices que les femmes sont prêtes à faire pour se conformer aux normes. Pour cela, il n’hésite pas à prendre des risques visuels et narratifs pour aborder ses différents thèmes. The Substance est un exemple parfait d’un genre, ici le body horror, au service d’une critique sociale féministe. Le long-métrage de Fargeat s’impose comme une réelle expérience cinématographique unique et inoubliable, à vivre dans une salle de cinéma, en groupe, afin de ressentir ensemble l’ambiance que l’on souhaite nous imposer.
Florian Rouaud
- THE SUBSTANCE
- Sortie salles : depuis 6 novembre 2024
- Réalisation et Scénario : Coralie Fargeat
- Avec : Demi Moore, Margaret Qualley, Dennis Quaid, Edward Hamilton-Clark, Gore Abrams, Oscar Lesage, Christian Erickson, Robin Greer, Tom Morton, Hugo Diego Garcia, Daniel Knight, Jonathan Carley, Jiselle Henderkott, Akil Wingate…
- Production : Tim Bevan, Coralie Fargeat, Eric Fellner
- Photographie : Benjamin Kracun
- Montage : Coralie Fargeat, Jérôme Eltabet, Valentin Féron
- Décors : Stanislas Reydellet
- Costumes : Emmanuelle Youchnovski
- Musique : Raffertie
- Distribution : Metropolitan FilmExport
- Durée : 2 h 21


