Synopsis : À une époque déchirée par la guerre, un pauvre bûcheron et sa femme vivent dans une grande forêt. Un jour, la femme trouve et sauve une petite fille, apportant un changement irrévocable dans la vie du couple.
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Celui qui a basé sa carrière sur l’humour et fait du détournement un art, comme La Classe américaine (1993), OSS 117 : Le Caire nid d’espion (2006) et OSS 117 : Rio ne répond plus (2009), ajoute ici une nouvelle corde à son arc. Par le biais de l’animation, Michel Hazanavicius évoque un sujet qui lui tient à cœur et avec lequel il a grandi durant son enfance : la Shoah. Adapté du livre de Jean-Claude Grumberg (2019), qui a perdu son père et ses grands-parents dans les camps d’extermination, La plus précieuse des marchandises est un conte qui retrace l’histoire d’une petite fille sauvée de la barbarie nazie par un couple de bûcherons. Cette approche nouvelle a poussé le réalisateur de The Artist (2011) à se lancer dans ce projet. Lui qui ne voulait pas traiter de l’holocauste en live action, est convaincu des bienfaits de la combinaison du conte et du cinéma d’animation pour évoquer le destin de cette jeune fille juive, jetée d’un train, recueillie et aidée par des Justes de la Seconde Guerre mondiale. Il s’est d’ailleurs impliqué lui-même dans l’animation, utilisant ses anciens dessins comme base à l’identité visuelle du film. Le résultat, sobre et minimaliste, colle parfaitement à la philosophie qu’il souhaite insuffler à son œuvre : celle où le dessin et l’animation lui permettent de suggérer sans trop montrer. Il se sert ainsi du conte pour exploiter les métaphores dans sa narration au moyen des codes de langage. Dès le titre, il parle de marchandises, terme utilisé par les nazis pour désigner les Juifs promis à l’industrie de la mort. Il est utilisé ici par la bûcheronne afin de désigner cette jeune fille qui “ressuscite” la vie de ce couple et apporte un twist bienvenu à cette déshumanisation. Pas de mention « Juifs », ni de « nazis » non plus, il utilise ici les termes “dieux du train”, “sans coeur”, “espèce” ou encore “race maudite”. Toute cette histoire est portée en plus par des voix marquantes, celle d’un pauvre bûcheron (Grégory Gadebois) et d’une pauvre bucheronne (Dominique Blanc), mais aussi et surtout par la narration du regretté Jean-Louis Trintignant (décédé en 2022, quelques jours après l’enregistrement du film) et dont la voix grave accompagne magnifiquement le récit de bout en bout.
Quelque peu sarcastique au début, le film n’en perd pas moins son sérieux et son émotion, traitant d’humanité et d’amour. C’est à travers l’histoire de ses personnages masculins qu’il nous le montre. Celle d’un père qui, dans un geste d’amour désespéré, jette sa fille d’un train en plein hiver face à un destin incertain. Celle d’un pauvre bûcheron, aveuglé par une idéologie falsifiée, qui va petit à petit retrouver son humanité perdue face à un amour pur et inconditionnel. Et enfin, celle de “gueule cassée”, brisé physiquement et psychologiquement par la guerre et les hommes, qui réapprend à s’ouvrir aux autres et a se découvrir une meilleure raison de se battre. Michel Hazanavicius crée d’ailleurs un parallèle intéressant entre ces évolutions de personnages et les saisons. De l’hiver hostile, sombre et sans fin, on passe au printemps chaleureux et lumineux, où les couleurs sont de retour et la vie reprend le pas sur le reste.
Car c’est bien cela dont parle Michel Hazanavicius dans La plus précieuse des marchandises : la vie humaine est la plus précieuse des choses. En évoquant à la fois les millions de vies humaines enlevées dans les camps et ces Justes qui ont permis à beaucoup de survivre, le réalisateur rend un hommage poignant à ceux qui ne sont plus là pour témoigner de cette période sombre de l’humanité. Il fait appel à notre devoir de mémoire et à la force des œuvres artistiques qui permettent de perpétuer l’histoire, à l’image de La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer ou encore de Lee Miller d’Ellen Kuras.
Florian Rouaud
- LA PLUS PRÉCIEUSE DES MARCHANDISES
- Sortie salles : Depuis le 20 novembre 2024
- Réalisation : Michel Hazanavicius
- Avec : Dominique Blanc, Grégory Gadebois, Denis Podalydès, Serge Hazanavicius, Antonin Maurel, Adam Carage, Matej Hofmann, Laurent Bateau, Simon Volodine, Oleg Imbert, Jean-Louis Trintignant, Aleksandr Petrov
- Scénario : Michel Hazanavicius
- Production : Michel Hazanavicius, Florence Gastaud, Robert Guédiguian, Riad Sattouf, Patrick Sobelman
- Direction artistique : Julien Grande, Michel Hazanavicius
- Montage : Laurent Pelé-Piovani
- Musique : Alexandre Desplat
- Distribution : StudioCanal
- Durée : 1 h 21


