Synopsis : Jamie Miller, un adolescent de 13 ans, est arrêté pour le meurtre d’une camarade de classe. La vie de sa famille bascule alors, les parents se retrouvant démunis face à ce terrible drame.
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Depuis sa sortie le 13 mars sur Netflix, la mini-série britannique Adolescence peut se targuer d’être rapidement devenu le phénomène du mois. La plateforme frappe souvent fort avec ce type de format et l’a prouvé récemment avec les succès de Cassandra et Zero Day ou encore Monstres : L’histoire de Lyle et Erik Menendez en septembre dernier. Ces mini-séries percutantes séduisent un public toujours plus friand d’histoires intenses et efficaces. Adolescence ne fait pas exception à la règle. Elle met en scène Owen Cooper, qui livre une performance impressionnante pour son tout premier rôle de comédien, et Stephen Graham, également scénariste. En quatre épisodes seulement, la série parvient à marquer les esprits par ses sujets brûlants et sa mise en scène impressionnante. Le premier épisode s’ouvre sur une scène choc. Jamie Miller, un adolescent de 13 ans, est arrêté brutalement à son domicile par une unité spéciale de la police. Il est accusé du meurtre d’une de ses camarades d’école, Katie Leonard. Ce qui s’apparente d’abord à un fait divers tragique prend vite une tournure bien plus sombre et profonde. L’histoire ne s’attarde pas sur l’enquête policière classique, mais sur les ramifications de ce drame : le chaos collatéral dans la famille de Jamie, les tensions qui explosent au sein du collège, les réseaux sociaux et le voisinage qui s’emparent de l’affaire, et les enquêteurs eux-mêmes confrontés à des questions éthiques troublantes.
Adolescence ne se limite justement pas à une reconstitution dramatique. À travers le meurtre de la jeune Katie, elle plonge au cœur de plusieurs problématiques on ne peut plus actuelles : le harcèlement scolaire, l’emprise des réseaux sociaux et, en particulier, l’influence grandissante des idéologies masculinistes et incels sur les jeunes générations. La série montre comment un garçon ordinaire a peu à peu sombré dans une spirale de comportements et états d’esprit haineux, encouragé par des idées toxiques ayant façonné sa vision du monde, et notamment des filles. Il est ainsi livré à lui-même et sa dérive progressive est renforcée par l’absence de repères familiaux solides et l’inconscience des adultes autour de lui.
Si Adolescence vise plutôt juste sur les dangers du harcèlement et d’Internet pour les jeunes, elle reste trop prudente sur le phénomène incel. Le sujet est effleuré plutôt qu’exploré en profondeur, sans un regard plus acéré sur la manière dont ces discours circulent, sur les mécanismes précis qui poussent un adolescent à s’y identifier, et surtout sur les solutions envisageables. La dangerosité est soulignée, mais le problème reste trop peu analysé, laissant un léger goût d’inachevé.
Un ou deux épisodes supplémentaires auraient permis de développer certains arcs narratifs abandonnés en cours de route. Plusieurs personnages, introduits avec potentiel, disparaissent soudainement ou sont laissés en suspens. La fin, brutale, laisse de nombreuses questions ouvertes. Un parti pris sans doute volontaire mais qui aurait gagné à être mieux équilibré.
Sur le plan technique, Adolescence impressionne par sa mise en scène audacieuse. Chaque épisode est tourné en un seul plan-séquence, sans aucune coupe apparente. Ce procédé, maîtrisé avec brio, permet une immersion totale, renforce la tension et donne cette impression d’urgence, d’inéluctabilité. Les événements sont vécus en temps réel, chaque seconde de malaise et d’effroi est clairement ressentie. Cette approche renforce également le côté oppressant de ce drame : il étouffe aussi bien les personnages que le spectateur.
La photographie accentue d’autant plus cette atmosphère glaciale. Les teintes froides dominent, la lumière est impersonnelle, presque clinique. Il n’y a aucune chaleur, tout semble figé, vidé de vie, à l’image de l’effondrement progressif de Jamie et de son entourage. L’environnement scolaire devient un lieu hostile et le foyer familial apparaît comme un espace déshumanisé.
L’impact d’Adolescence a dépassé le simple cadre du divertissement. Au Royaume-Uni, la série a suscité de vifs débats, au point d’être évoquée au Parlement. La série a été projetée devant plusieurs députés britanniques, soulevant des discussions sur la nécessité d’une régulation plus stricte des contenus en ligne. C’est ainsi une œuvre qui pose des questions essentielles sur notre société et sur l’avenir de la jeunesse. Sa mise en scène, son esthétique et ses performances d’acteurs en font l’une des séries les plus fortes et les plus nécessaires de ce début d’année.
Norane Chiali
- ADOLESCENCE
- Plateforme / Chaîne : sur Netflix depuis le 13 mars 2025
- Réalisation : Philip Barantini
- Avec : Owen Cooper, Stephen Graham, Christine Tremarco, Ashley Walters, Erin Doherty, Faye Marsay, Mark Stanley, Amélie Pease, Austin Haynes, Elodie Grace Walker…
- Scénario : Stephen Graham et Jack Thorne
- Production : Jo Johnson
- Photographie : Matthew Lewis
- Montage : Hannah Dunnell
- Décors : Adam Tomlinson
- Costumes : Jessica Schofield
- Musique : Aaron May et David Ridley
- Durée : 51 à 65 minutes


