Synopsis : L’histoire des Latinos dans le cinéma américain est aussi riche que longtemps ignorée. Dès les années 1920, Hollywood les enferme dans des représentations stéréotypées, avant que la communauté ne parvienne à conquérir une visibilité et une reconnaissance plus larges.
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Spécialistes reconnues de l’histoire hollywoodienne, Clara et Julia Kuperberg sont devenues, au fil des années et de leurs travaux, des documentaristes essentielles pour qui s’intéresse aux angles morts du cinéma américain et de son âge d’or. Après avoir exploré les figures féminines oubliées, la fabrique des mythes hollywoodiens ou encore la place du pouvoir dans l’industrie du cinéma, les deux sœurs poursuivent leur travail de décryptage en s’attaquant cette fois à la représentation des artistes d’origine sud-américaine à Hollywood. Leur démarche s’inscrit, comme toujours, dans une tradition documentaire rigoureuse, entre croisement d’archives, extraits de films, analyses historiques et paroles des concernés pour faire émerger une lecture critique du récit dominant. Avec ce nouveau film de 80 minutes, elles s’éloignent des biographies individuelles pour embrasser une histoire collective, longtemps marginalisée, mais pourtant indissociable de la construction du cinéma américain. Ce documentaire s’ouvre dans un contexte politique et culturel tendu, alors que le débat migratoire se durcit aux États-Unis et que les figures conservatrices multiplient les discours sécuritaires à la frontière mexicaine. Hollywood consacre paradoxalement certaines stars issues de la diversité latino-américaine. L’exemple de Zoe Saldaña, aujourd’hui l’une des actrices les plus prolifiques de l’histoire du box-office mondial, cristallise ce paradoxe : omniprésente dans des franchises planétaires, oscarisée, elle incarne une réussite individuelle éclatante dans une industrie qui continue pourtant de sous-représenter massivement les Latinos à l’écran.
C’est précisément cette contradiction qui est interrogée. En s’appuyant sur les études universitaires et des rapports d’associations professionnelles, les sœurs Kuperberg rappellent que les Latinos constituent une part importante du public américain et de la population du pays, tout en restant cantonnés à une portion minime des rôles principaux ou des récits qui leur sont dédiés. Une disproportion qui ne relève pas du hasard, mais d’une histoire longue, structurée par des choix industriels, politiques et idéologiques.
Les réalisatrices retracent ainsi un siècle de représentations, depuis les débuts du cinéma muet, où les travailleurs mexicains apparaissent comme une toile de fond anonyme, jusqu’à l’âge d’or des « Latin lovers » des années 1920. Ces figures glamour, rapidement mises en avant pour leur exotisme, sont tout aussi vite effacées avec l’arrivée du cinéma parlant, lorsque l’accent devient un marqueur d’exclusion. Le film montre avec finesse comment les studios ont préféré effacer ces identités plutôt que de les intégrer, allant jusqu’à produire des versions linguistiques parallèles destinées à l’exportation, sans jamais remettre en question le modèle dominant.
L’après-guerre n’inverse pas la tendance. Malgré quelques parenthèses plus légères dans la culture populaire, la figure du Latino se fige durablement dans des rôles négatifs : criminels, figures de menace ou personnages secondaires dénués de complexité. Le documentaire insiste sur l’impact profond de ces stéréotypes, non seulement sur la perception du public, mais aussi sur la construction identitaire des acteurs eux-mêmes, enfermés dans des archétypes qui conditionnent leurs carrières.
En donnant la parole à des artistes, réalisateurs et acteurs issus de différentes générations, le documentaire met en lumière les conséquences concrètes de cette invisibilisation : manque d’opportunités, auto-censure, intériorisation d’un sentiment de déclassement. Loin d’un discours simpliste, Les Latinos à Hollywood montre comment Hollywood a participé, volontairement ou non, à façonner un imaginaire collectif encore à l’œuvre aujourd’hui.
Les Kuperberg reconnaissent les évolutions récentes. L’émergence de récits plus inclusifs, notamment dans l’animation et les grandes productions populaires, témoigne d’un changement progressif des mentalités. L’émergence des acteurs comme Pedro Pascal ou Oscar Isaac, accédant à des rôles majeurs sans que leurs origines ne soient au cœur de la narration, est un pas supplémentaire vers une normalisation longtemps refusée.
Norane Chiali
- LES LATINOS A HOLLYWOOD, À LA FRONTIERE DU RÊVE AMERICAIN
- Sortie : Vendredi 23 janvier 2026 à 23 h 15
- Chaîne / Plateforme : TCM Cinéma
- Réalisation : Julia Kuperberg, Clara Kuperberg
- Avec : Jennifer Lopez, Sofia Vergara, Pedro Pascal, Oscar Isaac, Eva Longoria, Benicio Del Toro, Esai Morales, Zoe Saldaña, Gregory Nava, John Leguizamo, Jimmy Smits…
- Montage : Clara et Julia Kuperberg
- Production : Wichita Films
- Durée : 1 h 20


